Plus de 13,206 milliards consacrés à la seule Présidence de la République

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Loi des finances gestion 2015
 
Des rubriques fantaisistes pour justifier les dépenses

 
Depuis hier, la loi des finances gestion 2015 est à l’étude à l’Assemblée nationale. Plafonné à 803,72 milliards de FCFA, ce budget consacre plus de 13,206 milliards à la seule présidence de la République. Et presque 10% de ce montant demandent à être alloués à la seule facture d’électricité. Quelle étude exhaustive les autorités ont-elles conduite avant d’attribuer cette part léonine à la seule consommation de courant ?
 
Le gouvernement a toujours dérapé, mais tant que les élus ne mettront pas les doigts sur les pratiques peu orthodoxes qui ont cours dans le pays, c’est allègrement que l’amateurisme continuera de guider les gestionnaires actuels du Togo. Il y a un an, le budget 2014 consacrait 1,305511 milliard de FCFA à la consommation en électricité de la présidence du Togo. Nous nous en étions offusqués. Mais comme pour afficher leur indifférence à l’égard de la population dont les apports en taxes et autres redevances permettent à l’Etat de fonctionner, le budget 2015 a repris le même montant, sans ajouter un penny. Mais c’est justement cette faute qui montre qu’aucune étude préalable n’a été faite avant de parachuter ces chiffres dans le budget. Comment ?
 
Au Titre 5 (Dépenses d’investissement) à la présidence de la République, les concepteurs des budgets se fourvoient au gré de leur humeur et alignent les chiffres sans argumentaires. C’est ainsi que pour la « Construction d’un bâtiment annexe à la nouvelle présidence », le budget 2014 prévoyait déjà 450 millions, mais bizarrement en 2015, cette rubrique est encore pourvue d’un montant de 325 millions de FCFA. Les passants devant la nouvelle présidence doivent avoir remarqué que des travaux sont en exécution au sein de la clôture. Est-ce à dire que ce sont seulement 125 millions qui ont été mobilisés sur les 450 millions prévus dans le budget de l’année en cours ? Où est parti le reste de l’argent au point qu’on soit obligé un an plus tard d’affecter encore 325 millions à la même rubrique ? N’est-on pas tenté de dire que le coût total de la construction de ce bâtiment annexe est passé en un an de 450 millions à 775 millions ?
 
Idem pour « Projet d’études et de réhabilitation de la résidence présidentielle Château Vial à Kouma Konda » qui avait d’abord nécessité 100 millions en 2014 puis auquel on prévoit encore affecter 80 millions de FCFA l’année prochaine. Les « Travaux d’aménagement du plateau TV au Nouveau Palais de la Présidence de la République » ont aussi subi une « cure d’austérité dégressive » : 100 millions en 2014 et 80 millions dans le budget actuel à l’étude.
 
En plus, la présidence de la République exécute chaque année des « Travaux de réhabilitation résidence présidentielle Mango (Domaine Graviou) ou résidence Est Mono (Elavagnon) ». Cette rubrique passe de 100 millions à 80 millions. Tout comme on commande de nouveau des travaux d’études sur la « Construction de clôture de la Présidence de la République » à 36 millions. Les exemples sont légion et montrent qu’il y a une légèreté dans la conception du budget. « C’est un budget vulgaire où on reprend les mêmes rubriques auxquelles on affecte des dépenses », confie un analyste économique.
 
Mais la rubrique « Restauration et transformation de l’ancien palais de gouverneurs en centre d’arts et de culture » a vu la tendance inversée. En 2014, il lui était consacré 894,409 millions, mais en 2015, on parle d’1 milliard de FCFA. Les travaux n’ont pas encore démarré et on se demande pourquoi cette différence entre les deux montants. L’autre préoccupation, c’est de savoir ce qui a été fait des 894,409 millions prévus pour le compte de l’année en cours.
 
Autre chose, il est prévu dans le budget 2015 la « Construction d’un immeuble à usage d’un grand magasin et de bureaux à la nouvelle présidence » à 117 919 millions.
 
Et pourtant, les frais d’électricité n’ont pas varié d’un iota entre les deux budgets. Le montant est toujours de 1,305 milliard. Pour ceux qui n’ont pas connu son temps de splendeur, l’hôtel 2 Février fut un hôtel de prestige au Togo. Ouvert dans les années 80, il a vu ses perrons foulés par d’illustres hôtes. Sa stature imposante le prédisposait à recevoir sur son toit des installations électriques et technologiques nécessitant l’usage permanent du courant électrique. Nous avons approché un ancien responsable ayant fait les beaux jours des hôtels du Togo et appris que cet hôtel comportait 52 suites ministérielles, 52 suites présidentielles et 264 chambres. Et s’agissant de la facture d’électricité qui, on l’imagine, devrait être très allée, cet ancien fonctionnaire nous confia : « Au plus fort de son rayonnement, l’hôtel 2 Février recevait une facture quotidienne de 2,5 millions de frais d’électricité parce qu’en plus de la climatisation centrale, des installations sur son toit nécessitaient une alimentation permanente en courant électrique, et c’est l’hôtel qui endossait la facture ». 2,5 millions de frais d’électricité par jour, c’est 912,5 millions de FCFA par an. Autrement dit, pas même 1 milliard de FCFA. La question est de savoir si ce sont les seules demeures du chef de l’Etat dont l’addition dépasse 1,305 milliard ou si le budget de la présidence « supporte d’autres factures non dites ». Cette question est d’autant plus justifiée lorsqu’on s’amuse à comparer la consommation de ces demeures avec celle de l’hôtel 2 Février.
 
Ce matin encore, les députés se retrouvent pour « faire œuvre utile » dans l’étude du budget. Combien oseront-ils porter des critiques, même si en temps que députés, ils ne seront pas redevables vis-à-vis de leurs partis, mais seulement du peuple ? Et pourtant, l’exposé des motifs ayant conduit à l’établissement de ce budget a parlé d’« une activité économique mondiale fragile ». Mais nous doutons qu’avec aux commandes un obligé comme l’actuel président de l’Assemblée nationale qui a justifié que le chef de l’Etat s’octroie deux voitures de marque Maybach hors de prix – la fonction présidentielle étant un poste prestigieux – dans un pays admis il y a trois ans dans le cercle des pays pauvres très endettés.
 
Abbé Faria
 
source : Liberté Togo
 

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