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« Compaoré ne mesurait pas le degré de la colère populaire qui est fermentée dans l’opinion et qui a explosé le 30 octobre »

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Zephirin_Diabre


Interview de Zephirin Diabré, chef de file de l’opposition burkinabé
 
Après avoir réussi le tour de mobiliser le peuple burkinabé pour déloger le locataire du Palais de Kosyam, le chef de file de l’opposition Zéphirin Diabré a bien voulu se livrer à deux journalistes togolais soucieux de remonter le fil des événements ayant conduit à la fuite de Blaise Compaoré.
 
le président, il y a deux semaines, l’histoire s’est accélérée ici au Burkina Faso et elle a conduit au départ de Blaise Compaoré. Que s’est-il réellement passé ?
 
Il est difficile de répondre à cette question de cette stature puisqu’il y a eu un enchainement d’événements. Ça fait quand même un certain nombre de temps que la tension est montée autour de la question de la révision de l’article 37 de la Constitution et vous avez pu suivre les différentes marches et les meetings organisés par l’opposition, ponctués de rassemblements de plus en plus importants et qui montraient bien qu’il y avait des colères populaires. Il se trouve que le 30 octobre était une date particulière parce que c’était le jour où l’Assemblée nationale devrait examiner le projet de loi soumis par l’ancien régime. Et c’est la où on a eu ce qu’il convient d’appeler un soulèvement populaire, une véritable insurrection de la population sortie dans la rue massivement pour brûler le parlement, un certain nombre d’institution et réclamer le départ du président.
 
Bien avant vous avez eu des entretiens avec le président Blaise Compaoré. Quel a été son état d’esprit en ce moment quand vous lui disiez qu’il ne pouvait pas aller dans ce sens ?
 
L’état d’esprit, il l’a montré lorsqu’il a décidé d’aller, c’est-à-dire qu’il n’a pas écouté l’opposition. Il a plutôt écouté ses conseillers, ses laudateurs et les scieurs de pompes qui gravitent toujours autour des chefs d’Etats, qui, je crois, lui donnaient une image qui ne correspondait pas à la réalité.
 
Vous avez l’impression qu’il était autiste ou qu’il était entouré des aventuriers ?
 
Il était coupé de la réalité. Il ne mesurait pas le degré de la colère populaire qui est fermentée dans l’opinion et qui a explosé le 30 octobre.
 
Finalement – on ne va pas revenir sur les événements – il est parti dans les conditions que nous connaissons, l’armée a pris le pouvoir après quelques temps de flottements. Vous êtes en discussions, où en êtes-vous exactement ?
 
Les choses avancent. Nous sommes en train de discuter autour d’un document qui s’appelle « La Charte de la transition ». Nous avons, nous partis politiques, société civile, autorités coutumières et religieuses, rédigé un premier document que nous avons envoyé aux nouvelles autorités militaires du pays. Lesquelles nous ont fait le retour avec leurs observations. Les composantes que j’ai citées plus haut vont réexaminer les conclusions avec les observations et nous aurons une plénière pour voir si peut s’accorder sur un document final qu’on va leur soumettre.
 
Est-ce que vous arrivez à dégager un consensus au niveau de la classe politique ou il y a quelques soucis ?
 
Il y a toujours des divergences, des différences, mais nous sommes obligés d’avoir le consensus. C’est un pays à nous tous et nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de tirailler trop en longueur. L’essentiel pour nous est qu’on ait un consensus minimal, que l a transition se mette en place et qu’on organise de manière consensuelle le retour à vie constitutionnelle normale.
 
Depuis le 03 janvier 1966, le pouvoir a été toujours militaire au Burkina. Vous pensez qu’aujourd’hui, il faut que l’armée se mette de côté pour permettre aux civiles de diriger le pays ?
 
Votre affirmation est gérable de différentes manières. C’est vrai qu’on a eu une succession de coups d’Etats jusqu’à ce que l’actuel chef d’Etat qui était militaire devenu un civil en quittant l’armée. Nous, on ne pose pas la question d’antagonisme entre civil et militaire. L’essentiel pour nous est que ce soit un pouvoir constitutionnel normal auquel les militaires peuvent être candidats s’ils le veulent puisqu’il y a des conditions posées, en ce sens qu’ils doivent quitter l’armée. C’est comme ça que nous voyons les choses.
 
Il y a depuis un certain temps un ballet diplomatique à Ouagadougou. L’Union Africaine, la CEDEAO, toutes ces institutions on ne les avait pas entendues quand Blaise Compaoré voulait faire son coup de force. Vous les avez rencontrées. Est-ce que vous pensez que la solution peut venir d’elles ou elle est d’abord interne ?
 
La solution aux problèmes d’un pays est d’abord interne, mais elle ne peut prospérer que si elle a l’appui de tous, y compris de la communauté internationale et aussi de la communauté sous régionale. Qu’il s’agisse de la CEDEAO, l’Union africaine, les Nations Unies, ce sont des partenaires incontournables même dans le succès de la transition à venir. Donc, nous sommes très heureux qu’ils aient pris rapidement la mesure de la situation, qu’ils aient dépêché des équipes et qu’ils soient à l’écoute des parties pour nous aider à réussir notre exercice.
 
Est-ce que vous n’avez pas l’impression qu’il y a une espèce de concurrence entre les organisations, la CEDEAO, l’Union africaine et après les chefs d’Etats ? On a l’impression que le leadership de Blaise qui n’est plus là aujourd’hui a laissé un vide que les gens veulent occuper.
 
Non, je ne vois pas les choses de cette nature-là. D’abord, la CEDEAO et l’Union Africaine sont à deux niveaux différents. Dans ce genre de crise, par application du principe de subsidiarité, c’est l’organisation sous-régionale donc la CEDEAO qui est en tête, qui a le leadership des choses. C’est elle qui a désigné le président du groupe de contact en la personne du président Macky Sall et désigné un envoyé spécial. Donc tous ces groupes vont se mettre à notre disposition pour qu’on puisse travailler. L’Union Africaine aussi dont nous faisons partie a un rôle important à jouer et sa présence ici se justifie, les Nations Unies aussi.
 
Combien de temps pensez-vous que la transition doit durer ?
 
Tout le monde souhaite qu’elle ne dépasse pas 12 mois. Si on peut le faire en moins de temps, c’est bon. On ne veut pas que ça dépasse 12 mois. On estime qu’en douze mois maximum, on a le temps de remettre en place de nouvelles institutions, de désigner de nouvelles autorités et que le pays redémarre normalement.
 
Ça veut dire qu’il faudra reprendre toutes les élections depuis les locales ?
 
Non, pas forcément puisque les conseils municipaux n’ont pas été dissouts. Les deux principales élections à faire, ce sont les présidentielles et les législatives.
 
Les responsables de l’ancien régime ne sont plus là, Blaise Compaoré est en exil, son frère aussi. Qu’est-ce que vous pensez de tous ces gens-là qui ont défié le peuple du Burkina Faso et dont certains sont encore présents aujourd’hui dans le pays ?
 
Nous avons déjà tourné la page. La question n’est pas d’être vindicatifs vis-à-vis de qui que ce soit pour s’engager dans je ne sais quel genre de chasse aux sorcières. Ce qui est sûr, c’est que l’impunité ne passera pas. Le moment venu, s’il y a des responsabilités à situer elles le seront. Dans le cadre de notre transition, nous parlons d’une transition inclusive. D’une manière ou d’une autre, mais c’est une manière qu’il faut étudier soigneusement, on ne peut pas éviter les anciennes forces politiques. Et c’est de manière consensuelle que nous définirons le rôle qui devra être leur.
 
Les attentes de la jeunesse sont nombreuses au Burkina Faso. Est-ce que vous êtes confiant pour l’avenir ?
 
Disons que j’ai conscience de ces attentes. En fait nous sommes entrés dans une phase où il va falloir que le gouvernement qui va être issu des élections soit un gouvernement capable de répondre aux aspirations de la jeunesse et ce n’est pas si évident que ça. On a des aspirations qui portent sur l’accès à l’emploi, sur un certain mal de vie et sur la participation aux affaires de l’Etat. Et pour le faire, ils ont besoin de gérer l’économie d’une certaine manière. C’est un gros défi que va devoir affronter le gouvernement
 
Avec le discours de la Gaulle, on a eu le vent de l’Est. Est-ce qu’on peut dire qu’une génération après, 25 ans plus tard, on a le vent d’Israël ?
 
C’est à vous de dire ça. Nous, nous sommes des acteurs. C’est vous les observateurs qui peuvent dire ça. Le Burkina Faso était face à un problème donné : la question de la limitation du mandat. Nous avons cherché par tous les voies et moyens de convaincre Blaise Compaoré de ne pas faire la révision. Il n’a pas voulu. Nous avons dû trouver nous-mêmes la solution, c’est une solution burkinabé. Pour nous, c’est fini. Désormais, personne ne peut rêver être président du Faso pendant plus de dix ans. Est-ce que c’est une leçon que l’on peut appliquer ailleurs ? C’est aux peuples africains de voir en fonction de leurs situations locales.
 
Interview réalisée par Ferdinand Ayité « L’Alternative » & Idelphonse Akpaki « Gazette du Golfe »
 

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Publié le 20 novembre 2014 dans Envoyez cet article à un ami

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