Encore une radio indésirable ?

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«Personne ne peut transférer à autrui son droit naturel, c’est-à-dire sa faculté de raisonner librement et de juger librement de toutes choses ; et personne ne peut y être contraint. C’est pourquoi l’on considère qu’un État est violent quand il s’en prend aux âmes » (Baruch Spinoza)
 
Journalistes et organes de presse mis au ban ou contraints à « s’exprimer dans le silence », la catégorie des « hommes et des médias de trop » prolifère de nouveau avec le durcissement de ton de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) envers une radio privée à Lomé. Va-t-on vers le même scénario que celui qui a conduit au bâillonnement de radio X-Solaire, de radio Légende FM, ou de radio Métropolys, fermée puis rouverte plusieurs années plus tard? Une autre purge en préparation dans les médias?
 
Bien de Togolais se posent déjà des questions à la suite de l’injonction que la HAAC vient d’envoyer à radio Victoire FM, lui demandant la cessation de la diffusion sur ses antennes de l’émission « fenêtre ouverte sur l’Afrique de la radio Kanal K, basée en Suisse et de diffuser le plus tôt, le droit de réponse de Togbui Domon Komi, chef coutumier d’Agoudja-Kévé qui accuse radio Victoire de diffamation et d’atteinte à son honneur ».
 
Rien de plus facile que d’invoquer pêle-mêle des articles des arrêtés pour signifier des mises en demeure aux organes audiovisuels. Puis de se retrouver en porte-à-faux avec soi-même. Très curieux ! La HAAC, dans le cas d’espèce, parle de violation des dispositions de l’article 35 de l’arrêté du 22 juillet 2013 portant Cahiers des charges et obligations générales des sociétés de radiodiffusion sonores et télévisions privées et commerciales. Et comme un cheveu sur la soupe, la même institution parle d’« un manque de respect des règles professionnelles de déontologie et d’éthique dans les deux cas soulevés ». Flagrante contradiction !
 
Voilà qui n’est qu’une pure trahison de l’institution dirigée par le sieur Kokou Tozoun, elle-même et l’occasion de rappeler le sacro-saint principe de la liberté d’expression. Il ne sert à rien de proclamer à tout va des arrêtés, déjà taillés sur mesure, pour justifier les abus en tout genre. Y-a-t-il besoin de rappeler que sur certaines questions, comme l’affaire du droit de réponse du chef coutumier d’Agoudja-Kévé, l’Observatoire togolais média (OTM) est plus compétent à agir ?
 
Dans le classement mondial de la liberté de la presse 2014 de Reporters Sans Frontières (RSF), le Togo a progressé de 7 places. Mais au vu de ce bond, beaucoup d’analystes ont estimé qu’il reste beaucoup à faire. Et la HAAC en donne les preuves. Il faudra rappeller à Kokou Tozoun et les siens que la meilleure manière de ne pas gâcher ce récent palmarès ô combien controversé est de se garder de lancer des campagnes de répression tous azimuts contre les médias.
 
La HAAC doit être plus cohérente avec elle-même. Faire planer un couperet sur la tête des médias, comme elle prend plaisir à le faire, c’est mettre dangereusement en péril la liberté d’expression, socle d’émancipation, de stabilité et de développement des Etats modernes.
 
Ivan Xavier Pereira
 
Liberté Togo
 

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