François Hollande appelle Faure Gnassingbé à faire les réformes et à éviter le sort de Blaise Compaoré

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Tête-à-tête en marge du sommet de la Francophonie
 
Une sortie du président français en fin de semaine dernière a été promptement récupérée par le pouvoir et ses caisses de résonance. Certains griots l’ont même brandie comme une victoire sur l’opposition qui réclame les réformes et le retrait de Faure Gnassingbé du pouvoir en 2015. Mais il nous revient qu’en marge du sommet de la Francophonie à Dakar, le numéro 1 français a flashé sur le cas togolais et a appelé son homologue togolais à éviter le sort de…Blaise Compaoré.
 
Le pouvoir crie victoire
 
Depuis les événements du Burkina Faso, dossier dans lequel il a été reproché à Paris le manque de fermeté et de clarté pour éviter la triste issue soldée par la mort d’une trentaine de Burkinabé, François Hollande a semblé prendre ses responsabilités et une position claire par rapport aux tripatouillages constitutionnels entrepris par les chefs d’Etat africains pour s’accrocher au pouvoir. A l’occasion d’une cérémonie de remise de prix dans le cadre de la Fondation Chirac, avant son voyage en Guinée, le président français a fait une sortie dans ce sens. « On ne change pas l’ordre constitutionnel par intérêt personnel », a-t-il dardé, répondant à une question sur le départ du pouvoir de Blaise Compaoré, dans une interview accordée jeudi dernier aux chaînes de télévision France 24, TV5 Monde et à Radio France Internationale, estimant que cette destitution devrait « servir de leçon à beaucoup de chefs d’État, et pas seulement en Afrique ». Et concernant les pays où le mandat présidentiel n’est pas limité, François Hollande a recommandé (simplement) des élections « libres, plurielles et démocratiques ».
 
Les observateurs avisés redoutaient que cette sortie ne dope le régime en place au Togo et n’enhardisse particulièrement Faure Gnassingbé qui a envie de s’offrir un 3e mandat au pouvoir. Et les caisses de résonance du régime et griots du Prince n’ont pas tardé à apporter de l’eau à leur moulin. Les déclarations de François Hollande sont récupérées et brandies, à juste titre, comme une victoire sur l’opposition, même s’il n’a cité que la Tunisie en appui à son assertion. Car le président français offrait par ces propos une perche à leur champion qui va prétendre organiser un scrutin libre, pluriel et démocratique en contrepartie du fait que la Constitution en son état actuel ne limite pas le mandat présidentiel. Et pourtant chacun sait que la transparence des élections est le tendon d’Achille du clan Gnassingbé. Et d’ailleurs les conditions dans lesquelles le scrutin de 2015 s’organise, n’annoncent rien de bon. Faut-il le rappeler, le processus est préparé de façon sectaire par le pouvoir, avec une immixtion forte du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Gilbert Bawara. Les représentants de l’opposition au sein de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ont récemment relevé ses manœuvres. Les institutions électorales, la Céni justement et la Cour constitutionnelle sont caporalisées, l’achat des consciences bat son plein, l’armée est instrumentalisée et embarquée dans l’aventure, certains opposants ou concurrents potentiels privés de liberté ou harcelés…Au sein du sérail, on se frotte simplement les mains.
 
Hollande appelle Faure à éviter le sort de Compaoré
 
Les peuples africains assoiffés d’alternance s’attendaient à ce que le sommet de la Francophonie qui s’est tenu les samedi 29 et dimanche 30 novembre 2014, serve encore de tribune à François Hollande pour réitérer ses conseils de respect de l’ordre constitutionnel et de la volonté des peuples. Et le président français n’a pas manqué de le faire.
 
« La Francophonie, elle est soucieuse des règles de la démocratie, de la liberté du vote, du respect des ordres constitutionnels et de l’aspiration des peuples, de tous les peuples, à des élections libres. C’est ce qui vient de s’accomplir en Tunisie. C’est une belle illustration que ce soit dans un pays francophone qu’il y ait eu la réussite d’un Printemps Arabe. Cet accomplissement, cette transition doivent également servir de leçon », a-t-il déclaré dans son discours de circonstance. Et de relever : « Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, j’affirme ici que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver dans l’espace francophone le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie. Il y a quelques semaines, le peuple burkinabè a fait une belle démonstration. A lui aussi de maitriser ce processus, de faire en sorte que les règles puissent être posées, et encore une fois respectées, que la réconciliation vienne et que l’on évite tout règlement de compte inutile. Mais aussi ce qu’a fait le peuple burkinabè, doit faire réfléchir ceux qui voudraient se maintenir à la tête de leur pays en violant l’ordre constitutionnel. Parce que ce sont les peuples qui décident. Ce sont les élections qui permettent de savoir qui est légitime et qui ne l’est pas ».
 
Il s’adressait ainsi à tous les dirigeants tentés par des envies de s’accrocher au pouvoir – ils étaient nombreux à cette rencontre – et qui doivent forcément se retrouver dans ces mots. Mais il nous revient qu’en marge de cette rencontre de la communauté francophone, le président français a flashé sur le cas togolais. Les sources officielles annonçaient d’ailleurs une rencontre entre François Hollande et Faure Gnassingbé, sur l’épidémie d’Ebola, mettant en avant le rôle de coordonnateur de la lutte contre la maladie que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) lui aurait confié. Mais selon les retours, l’entretien a bien eu lieu entre les deux hommes, mais n’a nullement porté sur Ebola, comme annoncé. Selon les informations de sources diplomatiques, François Hollande a attiré l’attention de Faure Gnassingbé sur la nécessité de mettre en œuvre les réformes constitutionnelles et institutionnelles et d’organiser une élection transparente et démocratique en 2015. « Le président français lui a bien signifié qu’il ne lui souhaite pas de subir le sort de Blaise Compaoré », confie notre source.
 
Au demeurant, les pressions continuent sur le Prince, loin des yeux et des oreilles indiscrets. Mais va-t-il entendre raison, opérer les réformes et s’éclipser en 2015 ; ou voudra-t-il rester dans sa logique de la force, content sur le soutien de l’armée ?
 
Les réformes dans l’impasse
 
Le vendredi 28 novembre dernier, les Organisations de défense des droits de l’Homme (Oddh) ont organisé une marche à travers la ville de Lomé, afin de réclamer les réformes constitutionnelles et institutionnelles recommandées par l’Apg. Elles prenaient le relais du Combat pour l’alternance politique en 2015 (2015) qui était dans les rues une semaine plus tôt pour les mêmes raisons. Même si le pouvoir jouait au dur à cuire, ces manifestations constituent des pressions exercées sur lui.
 
De l’autre côté, il y a une proposition de loi faite par les députés de l’opposition et qui se trouve à la Commission des lois et devrait être transmise sous peu en plénière. Lesquelles réformes devraient toucher la question du mandat présidentiel et précisément du sort de Faure Gnassingbé qui veut rempiler. Le samedi 22 novembre, lors de la rencontre avec le chef de file de l’opposition, il a souhaité, comme le citoyen lambda, un consensus lors des discussions autour de cette proposition de loi. Alors qu’on attendait plus de lui, en tant que président du parti qui a rejeté le 30 juin 2014, le projet de loi introduit par le gouvernement et bloque simplement les réformes. L’Union pour la République (Unir) n’a même pas officiellement une position fixe. Il existe deux courants au sein du parti. A certains qui déclarent un penchant pour ces réformes, s’opposent d’autres qui ne voudraient pas du tout en entendre parler. Et visiblement, c’est cette dernière tendance qui semble prendre le dessus. « Ma Constitution est sacrée », « Touche pas à ma Constitution », tel est le message suprême qu’on a tenu à passer lors de la marche import-export organisée par le parti ou plutôt les supporting clubs du Prince, c’est selon. La dernière, c’est Faure Gnassingbé himself qui fermait tacitement le mardi 25 novembre 2014 depuis Accra, la porte aux réformes, en déclarant que « La Constitution en vigueur sera rigoureusement respectée », faisant allusion à celle sodomisée en décembre 2002 par son défunt père qui a sauté le verrou de la limitation du mandat présidentiel. Dans ce méli-mélo, bien inspiré qui pourrait parier sur un bien meilleur sort à la proposition de loi introduite par l’opposition, surtout que déjà, les bouches parlantes du parti au pouvoir laissent entendre qu’ « il n’y a rien de nouveau » là dedans par rapport au projet rejeté.
 
Tino Kossi
 
source : Liberté Togo
 

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