Interview exclusive/Agbéyomé KODJO : « Le pouvoir en place ne me paraît raisonnablement pas en mesure de conduire le dialogue… »

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Ancien Premier Ministre du Togo, Ancien Président de l’Assemblée Nationale, Agbéyomé Messan KODJO, le Président National de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS) se prononce sur la crise sociopolitique qui secoue le pays depuis plus de cinq mois. L’ancien Directeur du Port Autonome de Lomé pense que pour sortir de la situation désespérante que vivent les Togolais, les protagonistes de la crise doivent éviter de « faire preuve de radicalisme et d’ostracisme, (et) s’engager dans la voie de l’armistice ». À ses collègues de l’opposition qui mobilisent des milliers de Togolais dans la rue comme au temps du CST, le patron de l’OBUTS les invite dès à présent à identifier la cause des échecs répétés de l’opposition dans le combat pour l’alternance, sinon, prévient-il : « les mêmes causes produisent les mêmes effets ; sauf impondérables majeurs ».

LA MANCHETTE : Le dialogue est dans l’impasse, la crise perdure, l’économie nationale, dans des passes difficiles. Comment se sortir de ces situations ?

Agbéyomé Messan KODJO : Au Togo, s’il est une constante en la pratique politique de l’opposition, c’est bien hélas les erreurs stratégiques ! L’opposition politique au Togo est coutumière des erreurs qui l’éloignent (sans doute) inconsciemment, des objectifs qu’elle préconise.

Dans les rangs de l’opposition politique togolaise, tout semble procéder d’un raisonnement par l’absurde qui indubitablement évoque le mythe de Sisyphe.

Songez donc ! Comment se peut-il que des femmes et des hommes issus des rangs de l’opposition politique, qui prétendent être pourvus de savoir-faire politique, d’intelligence politique, et d’habilité politique soient condamnés à s’égarer à un éternel recommencement ?

Pour sa réussite, la résolution de tout conflit requiert de chaque protagoniste en la cause : de la méthode, une évaluation pragmatique des enjeux, une appréciation des problématiques négociables, la perception non rigide d’un dialogue, l’ouverture à un compromis aux idées qui s’affrontent, et le respect mutuel. Pareilles règles transcendent les calculs partisans et préservent les intérêts de la Nation.

Faire preuve de radicalisme et d’ostracisme n’a jamais été une solution dans la quête de la résolution définitive d’une crispation politique qui s’éternise et fait perdre le Togo.

LM : Depuis 5 mois, c’est le statu quo. Quel peut être le rôle de chaque acteur politique pour circonscrire la crise ?

Les raisons profondes qui justifient depuis plusieurs mois, les manifestations de rue au Togo auraient pu trouver un exutoire si nous avions eu la sagesse de répondre au rendez-vous du suffrage universel de mars 1999, d’octobre 2002, et pris la mesure de la teneur de la proposition que nous avions formulée lors des débats à la Chambre des députés, en décembre 2014 s’agissant du premier projet de loi de portant révision constitutionnelle introduite par le Gouvernement.

Aujourd’hui, je pense que pour sortir de la persistance de la crispation politique dont les conséquences sont néfastes pour l’avenir du pays, l’ensemble de la classe politique doit s’engager dans la voie de l’armistice ; car le fait que chaque protagoniste refuse d’assumer sa part de responsabilité dans ce qui se joue dans le pays, plombe la dynamique de sortie de crise pacifique à même de préserver un meilleur vivre-ensemble et l’avenir des générations présente et à venir.

LM : En 2012, OBUTS était au CST ; Collectif Sauvons le Togo, et vous avez aussi mobilisé des milliers de Togolais dans les rues en vue du changement, mais sans résultats. Ne craignez-vous pas que la coalition des 14 partis de l’opposition subisse le sort du CST ?

AMK : Les mêmes causes produisent les mêmes effets ; sauf impondérables majeurs. Il faut dès lors, identifier la cause des échecs répétés de l’opposition dans son combat pour l’alternance.

LM : Des indiscrétions font état de ce que le Chef de file de l’opposition, Jean-Pierre FABRE a rencontré tous les leaders de l’opposition en vue de rejoindre la coalition. Avez-vous été approché, M. KODJO ?

AMK : Jean Pierre Fabre est le Chef de file de l’opposition, il gère ses responsabilités comme bon lui semble, en fonction de sa vision et des intérêts de la Nation.
Relativement à votre question, il ne me souvient pas avoir été approché et M. Jean-Pierre Fabre est mieux indiqué pour vous répondre.

LM : Vous déclariez en juillet 2017 que « si l’opposition veut conquérir le pouvoir, il va falloir qu’elle s’en donne les moyens ». Pouvez-vous être plus explicite ?

AMK : En matière de conquête du pouvoir par le suffrage universel, il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. Le corps sain et vigoureux de notre pays le Togo est atteint par un mal purement politique qui entrave l’accomplissement des grandes tâches de l’État. Or, la politique est l’art du possible !

LM : OBUTS est-il pour ou contre une médiation internationale dans la tenue du dialogue ?

AMK : Je pense que le niveau de la défiance entre les acteurs politiques est tel que le pouvoir en place ne me paraît raisonnablement pas en mesure de conduire ce dialogue avec toute la sérénité nécessaire et toute l’impartialité requise pour emporter la confiance de tous.

Il faut donc un sage, peut-on le trouver à l’intérieur de notre pays ? Je doute qu’un tel profil puisse recueillir l’adhésion de tous, ce qui me conduit naturellement à recommander le recours à une médiation internationale, si et seulement si le parlement n’est pas en mesure de s’entendre sur l’essentiel des réformes constitutionnelles souhaitées par le peuple.

LM : Les Togolais ont-ils une raison d’espérer mieux de ce dialogue si le passé les oblige au pessimisme ?

AMK : Tous les acteurs politiques doivent faire le deuil des considérations partisanes, et faire preuve de pragmatisme en privilégiant l’intérêt supérieur de la Nation. Les Togolais doivent accepter de signer un armistice avec leur passé !

LM : Le Togo a perdu près de 50 milliards de francs CFA à cause des manifestations politiques si l’on s’en tient aux estimations du gouvernement au début de la crise. Quelle analyse faites-vous de la situation économique actuelle du pays ?

AMK : La situation économique du pays est désastreuse. Le FMI a exprimé de sérieuses craintes ; pour autant, je crois qu’il serait bon que nous sachions raison garder, et trouver vite les portes de sortie de crise heureuse et pacifique afin de limiter au mieux les dégâts. À ce jour, les pertes incidentes en termes économiques, peuvent être estimées à plusieurs centaines de milliards de FCFA.

LM : Comment se prépare OBUTS pour les élections locales et législatives prochaines ?

AMK : Avec méthode, espérant que les prochains scrutins se dérouleront dans la paix et la transparence afin que nous nous attelions plus efficacement à l’œuvre de redressement national.

Gabriel Messan Agbéyomé KODJO : merci

AMK : C’est plutôt moi, qui apprécie l’opportunité que vous m’offrez de m’exprimer sur l’actualité brulante de notre pays.

Interview Réalisée par Sylvestre K. BENI/La Manchette

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