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Le problème du Togo vient de ses intellectuels

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C’est avec un grave sentiment de pitié et en même temps de révolte que l’on a vu samedi soir au journal, le Prince se présenter devant les paysans à Atakpamé pour leur dire combien il est disposé à entériner leurs projets et à œuvrer pour la relance effective du secteur agricole au Togo.Ôh pauvres paysans, ils ne comprennent rien au jeu de ses dirigeants !
 
Quel jour le peuple togolais arrêtera-t-il de se laisser bluffer, endormir, embobiner, intoxiquer contre son vote ou contre sa tolérance, sa faveur ou autre avantage que l’on tire chez lui ?
 
L’on peut juste rappeler que depuis 2010, le Prince ne s’était plus présenté à aucun des forums nationaux du paysan togolais. Or justement, au lancement de ce programme en 2008 à Kara, le Prince avait juré qu’il serait aux côtés des paysans tous les ans pour recueillir leurs doléances, encourager les plus méritants et initier de nouvelles perspectives pour le monde agricole.
 
Mais tout de suite, il a suffi qu’il soit « réélu » en 2010, pour que Faure Gnassingbé foule aux pieds toutes ces promesses faites au monde paysan et se recroqueville dans sa tour d’ivoire à Lomé II ou dans ses villégiatures très loin du Togo.
 
Plus grave, le prix du sac d’engrais est allé crescendo, les stocks de maïs produits en grande quantité ont pourri dans des magasins par faute de débouchés convenables. Tout cela dans une effarante indifférence du Prince et de son pouvoir.
 
C’est juste à se demander comment on pouvait raisonnablement initier un forum des paysans, développer des programmes alléchants comme le PNIASA sans penser à une foire agricole pour écouler les produits que la dynamisation du secteur allait générer ?
 
Bon, passons sans trop creuser sur les ratés de ces programmes ainsi que les scandales financiers qui s’en sont suivis. Mais au-delà de ce coq à l’âne truffé de mensonges et de fausses promesses faites aux paysans, il y a justement ce facteur de bluff qui est particulièrement intrigant.
 
Le Prince agit de la manière suivante : J’ai besoin de toi, je te fais appel, je t’amadoue, te flatte pour de donner l’impression que tu es au cœur de mes préoccupations…tu me rends le service et puis terminer, tu fous le camp jusqu’au jour où j’aurai encore besoin de toi.
 

Jamais la démarche inverse qui consisterait à avoir accès à moi au moment où tu as besoin de moi, ne peut être possible.
 
Voilà le principe de fonctionnement du Prince, fils bien-aimé du père, héritier des héritiers aussi bien des biens que du fauteuil laissés par le baobab défunt.
 
Qu’une telle formule marche avec des paysans naïfs ou la population analphabète, l’on comprend et même tolère. Car ceux-ci n’ont aucun moment de réflexion, aucune capacité acceptable d’analyse des faits et gestes des gouvernants.
 
Mais, que la même stratégie soit employée à l’égard des prétendus cadres, intellectuels de leur état, qui se comportent pratiquement comme des moutons de panurge, prêts à courir dans tous les sens et à applaudir avec frénésie rien que pour charmer le Prince et flatter son égo, l’on doit nécessairement conclure à un drame.
 
C’est exactement ce qui s’est passé mercredi dernier à Kara où il nous a été pompeusement dit que le parti du Prince faisait sa fameuse convention.
 
Toute l’administration publique s’est d’emblée vidée créant ainsi une grève de fait. Ministres, cadres, directeurs généraux et centraux de services y compris certains du privée …se sont rués vers le palais des congrès de Kara, pour disent-ils, prendre part à la convention de UNIR. Mon Dieu !
 
A quel titre tous ces intellectuels, tous ces directeurs et chefs de services se sont-ils amenés au palais des congrès de Kara ? Personne d’entre eux ne peut objectivement répondre à une telle question tout aussi banale que basique.
 
Unir, cette vraie nébuleuse qui n’a ni tête ni queue depuis sa création en avril 2012 à Atakpamé, est utilisée comme un épouvantail dans lequel, de gré ou de force, tout cadre de l’administration publique se doit d’être. Incroyable !
 
Voilà donc un parti qui, à cause des graves divisions et dissensions qui le minent, n’est pas en mesure de faire un congrès en bonne et due forme pour se structurer et responsabiliser dignement des gens.
 
Voilà un parti qui ne dispose d’aucune ramification légale sur le terrain et pour lequel tout le monde se sent, par pur intérêt matériel de courir. C’est hallucinant !
 
Comment des gens sensés peuvent-ils se bousculer aux portes d’un parti avorton comme de véritables guignols alors qu’au même moment, dans les coulisses, ils bourdonnent et croassent comme des crapauds des ruisseaux ?
 
Qui a invité tous ces cadres qui se sont retrouvés à Kara pour la convention de UNIR ? En quoi a consisté leur participation ?
 
Quel a été le débat au cours de cette convention ? Pourquoi n’ont-ils pas exigé la tenue d’un congrès en bonne et due forme et ils se sont contentés d’avaliser un dictat décrété par le Prince lui-même concernant sa candidature ?
 
Quel cadre intelligent et lucide ne souhaiterait pas avoir de débat franc, direct et honnête sur les perspectives qu’offre le fameux parti et ce qu’il faut réellement envisager pour le Togo et les togolais ? Quelle est la vision de UNIR ? Quel est son but et qui de tous ces cadres agglutinés au palais des congrès de Kara s’y retrouve vraiment ?
 
C’est parfaitement le monde à l’envers. Quelle fierté ces fameux cadres qui ont laissé leur sacré boulot pour lequel ils sont payés aux frais du contribuable togolais, peuvent tirer de se planter au palais de congrès de Kara comme d’ignobles figurants rien que pour applaudir le Prince au cours de son discours flatteur et ensuite ânonner des slogans dithyrambiques comme des laquais du palais ?
 
Ailleurs, ces genres de dérives n’atteignent pas ce niveau avant que des gens ne décident de prendre leur responsabilité.
 
Pas plus que samedi, l’ancien ministre d’Omar Bongo et membre influent du PDG, René Démézo Obiang a quitté ce parti. La raison qu’il évoque est simple, Ali Bongo s’est érigé en autocrate qui, au lieu de promouvoir les réformes dans ce parti, navigue à vue et tient tout avec rigidité et force brute. Voilà un acte d’homme de conviction qui sait où il veut aller.
 
Ici, au Togo, nos plaisantins d’intellectuels sont prêts à se faire embarquer naïvement dans un navire dont ils ne connaissant ni le trajet, ni la destination. Dès lors que l’initiative est prise par le Prince qu’ils confondent finalement à un Dieu, ils s’y embarquent sans raison ni raisonnement.
 
Supposons simplement alors que demain, par la force des choses, le Prince bien-aimé ne se retrouvait plus au pouvoir, que devra UNIR ? Que deviendront ces abrutis de cadres qui se réclament sans honte de UNIR alors même qu’ils n’ont aucune position légale et défendable dans ce parti ?
 
C’est affreux, le niveau actuel de lâcheté de nos fameux intellectuels au Togo. Parmi tous ces cadres qui ont pointé leur nez au palais des congrès de Kara, lequel d’entre eux est prêt à valider et défendre ce fait curieux qu’une même famille régente une supposée République pendant plus de 50 ans ?
 
Pourquoi eux ont-ils alors été à l’école ? Juste pour servir de figurants dans un système aussi stéréotypé que vieillot ?
 
Et c’est avec ce genre de preuves que l’on comprend aisément Jean Baptiste Placca lorsqu’il disait samedi sur RFI que c’est par pure Charité Chrétienne que l’on qualifie un pays comme le Togo de démocratique.
 
La dictature du Prince est plus qu’implacable et manifeste au Togo. Mais elle ne prospère réellement que grâce à l’autocensure des fameux intellectuels qui lâchement, s’abrutissent et se réduisent en de simples coursiers de celui-ci.
 
Ils prennent plaisir à se faire peur et à agir par pure hypocrisie oubliant qu’ils ont cette responsabilité et ce devoir historiques d’éclairer le peuple et de le tirer vers le haut en lui ouvrant les yeux sur les zones de ténèbres qui jonchent l’activité politique de ses dirigeants.
 
Malheureusement, tant que ce beau monde continuera de s’oublier dans ces faux-fuyants sans jamais se donner le courage et l’audace de s’assumer et d’assumer ses conviction, il est clair que l’escroquerie politico-intellectuelle dont le Prince est passé maître, battra allègrement son temps sous les tropiques et le mal du Togo ne fera que se pérenniser au grand désarroi de l’écrasante majorité des togolais.
 
Le départ de Compaoré au Burkina Faso a été provoqué et entretenu par les intellectuels burkinabè qui ont su développer un débat sain et porteur sur l’impérieuse nécessité de doter ce pays d’une démocratie affranchie.
 
Cela a naturellement participé à affûter le peuple et sa jeunesse qui, le moment venu, n’ont fait que valider ce qui est murement et intelligemment construit par l’élite intellectuelle.
 
Le problème du Togo, c’est donc rien d’autre que ces intellectuels qui ont complètement démissionné de leur vocation pour se réduire en de véritables larbins qui, au lieu de raisonner, ânonnent, bourdonnent et grincent les dents dans les coulisses et jamais à la place publique.
 
Quelle honte de voir tant d’intellectuels raser les murs du palais alors qu’ils ont tout le champ du savoir et de la connaissance pour se faire valoir, pour s’assumer et tracer leurs propres sillons !!!
 
Que vont-ils laisser à leur progéniture et au peuple togolais à la fin de leurs jours sur terre ? C’est triste.
 
source : togoinfos
 

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Publié le 2 mars 2015


Catégorie(s) : Chroniques, Politique
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"Je suis Jean-Pierre FABRE, je ne suis pas à vendre ni à acheter. Je ne vénère pas l'argent."



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