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L’impossible combat contre la misère au Togo : Faure Gnassingbé trop souillé pour faire un miracle

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Notre pays est une terre des paradoxes. Depuis la dévaluation du franc CFA, les salaires des fonctionnaires n’ont pas bougé, mais les prix des produits de première nécessité ont flambé. Même les secteurs tels que l’électricité, l’eau, la communication, l’essence, que l’Etat pouvait subventionner, coûtent les yeux de la tête sans compter les autres produits laissés à la merci des spéculateurs.
 
Le Togolais se débat avec un niveau de vie à la lisière de la misère. Tout le monde se plaint, la paupérisation continue à faire des dégâts dans le bas peuple pourtant le Togo est loin d’être un pays pauvre. Même si la terre de nos aïeux n’est pas encore officiellement exploiteurs de l’or et du pétrole, dame nature a prévu de quoi faire des sept millions de Togolais un peuple heureux. Le port en eau profonde, le phosphate, le clinker, le fer, à cela s’ajoute une situation géographique très propice à l’aménagement urbain, aux entrées douanières, le potentiel humain, puis un climat idoine aux cultures vivrières et aux cultures de rente, café-cacao, coton, etc… Les atouts économiques sont en tout cas inestimables.
 
Mais le Togo est un pays où la classe dirigeante s’enrichit pendant que l’Etat s’appauvrit. Cette gestion tronquée à dessein n’est pas le fait d’un hasard, c’est la phase exécutoire d’une entente parfaite entre une race de personnes. Les secteurs juteux de l’économie ne sont pas dirigés par qui veut. Il faut être d’une certaine appartenance : ethnie, camaraderie de classe, famille politique, autant de paramètres qui peuvent faire de vous un élu ou un damné. Les individus du même cercle se partagent les maillons clefs de l’économie et se passent les marchés. Toutes les directions et départements juteux, la LONATO, le Phosphate, la Douane, la DGI, le Port, la SAZOF, ce n’est la que quelques exemples, sont de leur ressort. Pendant qu’une classe de privilégies compte des milliards, le reste des Togolais est surveillé comme du lait sur le feu. En exemple, à compter de ce qui s’est passé dans le bras de fer entre ReDéMaRe et l’Etat togolais, nous savons désormais qu’à partir d’un certain montant, les comptes bancaires des Togolais sont surveillés. Avec 500 000 000 FCFA dans votre compte bancaire, vous devenez une menace à suivre. Cette tâche est dévolue à un service qui s’appelle CENTIF. Ce service aura joué un grand rôle dans les déboires de ReDéMaRe. On doit chercher à savoir quelles sont vos sources de revenu, pour qui vous roulez… A plusieurs reprises, il a été demandé à des Togolais de s’expliquer sur leurs réalisations surtout dans l’immobilier. Et pourtant, une catégorie de citoyens a la carte blanche. Elle peut détourner les biens publics à volonté, rouler dans des grosses cylindrées, s’acheter toutes les maisons et terrains les mieux placés de la capitale, ouvrir des comptes dans des paradis fiscaux.
 
Pour peu qu’ils soient des gens du sérail, il n’y a pas d’inconvénients. Au finish, toutes les richesses du pays se retrouvent confinées entre les mains d’une catégorie d’énergumènes. On pouvait tout de même s’en réjouir car ce sont après tout des Togolais. Mais ici, contrairement aux expatriés qui utilisent leur argent pour créer de l’emploi et des richesses, les riches Togolais ont deux types de peur qui ne leur permettent pas de réaliser des projets pour faire tourner leur avoir et en faire profiter leurs concitoyens. D’abord ceux qui sont riches et qui ne sont pas du sérail ont peur d’investir car on va très vite leur prêter des intentions politiques. ”Telle personne a fait tel projet de société pour s’attirer l’admiration publique à des fins politiciennes”. C’est ce qui a plombé par exemple ReDéMaRe. Pour qu’un Togolais réussisse sans escarmouche dans les affaires, il doit être du mouvement des alignés ; un non aligné a beau être un génie, il rencontrera sur sa route soit la fougue des services des impôts, soit des services de renseignement, et quant il ose se montrer trop indépendant, on lui collera des étiquettes pour l’enliser. Même les voleurs de la République qui peuvent détourner les fonds des Togolais en toute impunité ne sont pas à l’abri. Eux aussi ont peur d’investir parce qu’on peut leur prêter des intentions politiques et s’interroger sur la provenance de leur avoir. Ils peuvent voler, se permettre toutes les escapades mais quand ils décident d’investir pour juguler le chômage et faire des bénéfices, ils doivent avancer avec prudence. Au finish, une minorité de Togolais a de l’argent qui ne tourne pas. Cette richesse dort soit sur des comptes bloqués soit à l’extérieur voire dans des maisons. Il y a tout de même une catégorie d’hommes et de femmes d’affaires qui naît à partir de ces fonds volé aux Togolais. Ils sont dans les BTP, dans l’import-export, dans les entreprises de publicité, dans les activités portuaires, bref tout ce qui peut leur servir d’activités-vitrines pour expliquer le fait qu’ils soient des milliardaires. Leur montée en puissance pouvait être un plus contre le chômage et la faim mais c’est souvent des gens qui ont sauté du coq à l’âne. Ils ne maitrisent pas tellement le secteur où ils évoluent. Bien qu’ils profitent très souvent des faveurs fiscales, leurs entreprises ne font pas long feu.
 
Pourtant leur arrivée est en train de jouer contre la survie des traditionnels professionnels du secteur qui sont mis en difficulté par une concurrence déloyale des nouveaux riches. Les anciennes entreprises finissent par tomber une à une et les nouvelles aussi ne sont pas assez expérimentées pour garder longtemps le cap. Au finish, ce sont les entreprises et sociétés de tous genres qui se créent et s’éteignent. Ceux qui ont eu de l’argent de leur propre sueur ne peuvent pas investir ; ceux qui ont volé ne peuvent pas non plus investir et ceux qui arrivent à s’essayer, le font trop mal pour résister au temps et aux exigences du monde des affaires.
 
De l’autre côté, les recettes publiques qui devaient permettre à l’Etat de relever la pente se portent mal. Pour cause,….Revenons par exemple sur le seul cas de la centralisation des recettes douanières, dont nous vous en parlions dans une de nos parutions de l’année passée. En effet, pour parler de la mauvaise gestion et des habitudes qui ont la peau dure avec Faure et qui sont caractéristiques d’une usure dont Faure ne pourra jamais se défaire, nous prendrons l’exemple de la douane togolaise. En effet, aux premières années d’Eyadema au pouvoir, quand la douane de Cinkassé par exemple boucle la journée, elle verse en même temps ses recettes à l’agence spéciale de Cinkassé. Donc l’argent rentre dans le budget général où il commence par être utilisé. En contrepartie, après cette opération, une fiche de versement est délivrée au poste de douane. Celui-ci l’envoie au trésor public accompagné de la déclaration de recette. Au trésor, ces documents ainsi envoyés sont confrontés aux pièces comptables envoyées par l’agence qui a encaissé l’argent. De cette façon, l’économie se construit, la gestion est plus ou moins limpide. Mais depuis les derniers moments d’Eyadema, tout a changé. La centralisation des recettes a pris une autre allure. Après chaque recette journalière ou hebdomadaire, tous les postes de douane remontent leur recette jusqu’à la direction générale. L’argent est rassemblé comme de petits tubercules. Ainsi, cette liquidité venant des différents postes douaniers du pays est transportée à la BECEAO. D’une main à l’autre, les fonds sont altérés et donc naturellement l’argent gardé à la BCEAO n’est pas forcement accompagné de fiches comptables adéquates. La BCEAO délivre un bordereau de versement souvent en déphasage avec les déclarations de recette faite à la base. Les déclarations de recettes sont archivées par le trésor central pendant que l’argent se manipule ailleurs. Ce système mafieux a plusieurs inconvénients mais il a été institué pour les besoins de la cause depuis le vivant d’Eyadema. Pour la douane précisément, cette façon de faire a commencé quand SOGOYOU était DG. L’objectif était de pouvoir mettre facilement la main sur la liquidité pour les besoins courants loin des longues et indiscrètes formalités bancaires qui laisseraient des traces. Le financement des marches de soutien, l’activité des liseurs de motions, voire les funérailles et autres fêtes traditionnelles et politiques ne sont pas budgétisés. Pourtant ces activités essentiellement limitées à la vie du parti au pouvoir ont mobilisé de fortes sommes au frais du contribuable. Etant donné que les DG ne sont que des hommes du sérail, quand le besoin se fait sentir, n’importe quel DG de n’importe quelle société peut être sollicité. Ils alimentent ainsi la caisse noire de la présidence et y trouvent eux-mêmes leur compte étant donné que ce sont des opérations financières qui ne laissent aucune trace à la comptabilité. Les gens ont profité de ce système pour s’enrichir. Ils servent Lomé II et se servent. Mais le père s’en est allé, le fils est venu et se réclame de l’esprit nouveau. Mais en réalité, le système de centralisation des recettes publiques a-t-il changé ? Tout porte à croire que non. Des DG souvent partis de rien se retrouvent aisément milliardaires. A la base, les petits exécutants continuent par se servir, les intermédiaires prennent leur part et les tout puissants Directeurs se taillent la part du lion avant que l’argent n’arrive au grenier collectif. Nous n’avons rien contre nos frères douaniers, ce n’est qu’un exemple. Le port, les impôts, l’IFG,… les choses se font de la même façon.
 
A tout ceci s’ajoute la gestion scabreuse des aides des bailleurs de fonds. A plusieurs reprises, les institutions financières internationales ont vu leurs fonds détournés par les responsables chargés de l’exécution des projets au détriment du peuple. Mordus plusieurs fois, ils ont changé de stratégie. Les fonds arrivent en tranches et on suit l’exécution des projets au fur à mesure. Mais là encore, la situation n’est pas rose. Le dernier exemple le plus éloquent est le scandale financier que l’ex ministre de l’agriculture a laissé en héritage à son successeur. On parle de 8 milliards de CFA détournés. Quand un agent a commencé par être trop loquace, on l’a envoyé en prison en prenant soins de l’étiqueter pour détournement de 400 millions. Si on s’en tient à cela et qu’il est vrai que ce monsieur se soit ainsi fait coupable, c’est normal qu’il subisse ce sort. Mais le hic est que les bailleurs ne se sont pas plaints seulement de 400 millions FCFA, il est question de 8 milliards 400 millions FCFA. Personne ne se demande qui a détourné les 8 milliards. Voilà pourquoi les dirigeants, assurés de l’impunité, s’enrichissent, le peuple s’appauvrit, et la faim gagne le terrain.
 
Faure GNASSINGBE lui-même ayant été nourri à la source de biens détournés, il a gardé les reflexes et ne pourra ni aujourd’hui ni demain lutter contre les crimes économiques, car pour bien mener un tel combat, il va falloir que lui-même s’explique sur ses avoir dans les paradis fiscaux, sur le grand héritage paternel qui est tellement immense qu’il a du mal à faire le partage avec ses frères, sur cette fortune qui lui permet d’être une caverne d’Ali Baba pour les mille et une maitresses qu’il entretient. Voilà un éléphant avec un pied cassé. Il nous a été annoncé comme un économiste qui est arrivé pour corriger les erreurs du père, et le grand mal dont souffre le Togo est la mauvaise gestion. Que vaut un président économiste qui ne peut pas assainir l’économie de son pays ? Voilà une des raisons pour lesquelles Faure GNASSINGBE partira de gré ou de force. Le Togolais ne peut pas moisir dans cette situation pendant que monsieur le Président continue à arroser son entourage de billets, d’entretenir les journalistes à sa solde. ” A partir d’aujourd’hui moi-même je m’occupe de vous, les autres ont choisi l’autre camp, vous, vous avez choisi d’être avec moi, vous n’allez pas regretter ” scandait le président à des confrères lors d’un voyage avant d’arroser chacun d’eux de cinq millions de nos francs sans compter les frais de mission.
 
Le nécessaire avant l’agréable. Avant le paradis que vous êtes en train de construire, à crédit d’ailleurs, le Togolais veut un salaire acceptable, un niveau de vie moins avilissant. Pour y parvenir, il vous faut lutter contre les crimes économiques. Mais si vous n’avez pas de miracle, abandonner le pouvoir avant qu’il ne vous abandonne.
 
Abi-Alfa
 
Le Rendez-vous N° 175 du 09 octobre 2012
 

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Publié le 11 octobre 2012


Catégorie(s) : SOCIETE
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