MACRON S’EXPLIQUE SUR LE FRANC CFA : Du cosmétique et de la « Communication » !

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Lors de son voyage au Burkina-Faso, le 28 novembre 2017 et face à des étudiants présents dans l’amphithéâtre de l’université de Ouagadougou 1 – Professeur Joseph-Ki-Zerbo, le Président français Emmanuel Macron s’est dit, entre autres, « favorable à un changement du « nom » ou à un élargissement du « périmètre » du franc CFA 1 si les États africains le souhaitent 2 ». Nonobstant les critiques, la proposition de la France mérite respect 3.

Mais, nul n’est obligé de croire à ces affirmations surtout que cette monnaie, arrimée à l’Euro, mais garantit par les réserves africaines et contre-garantit par la France, demeure une monnaie sous tutelle du Trésor français, donc non-africaine mais administrée par des Africains. Le FCFA n’est donc pas une monnaie africaine mais un signe monétaire administré, dans le cadre d’une servitude monétaire volontaire, par les dirigeants africains signataires.

Le choix de la parité fixe avec une monnaie d’ancrage et des réserves de change sous-tutelle française avec un système de décision à la majorité simple au sein du conseil d’administration ne peut servir de pensée « monétaire » unique. L’appropriation de l’héritage coloniale d’un signe monétaire ne peut servir « d’ersatz » à une monnaie africaine. La disparition éventuelle de l’acronyme « Franc » devant le CFA 4 ne pourra pas évacuer la réalité des rapports de force. De toutes les façons, l’avenir des pays africains passera par une intégration réussie. Aussi, en Afrique de l’Ouest ou centrale, la monnaie ne pourra pas être oubliée. Aussi, la seule proposition courageuse et de fait sérieuse, est le départ volontaire de la France de la gestion du FCFA et donc du conseil d’administration de la zone franc.

1. FCFA ÉLARGI AVEC UN NOUVEAU NOM : DU COSMÉTIQUE ET UN MANQUE D’ORIGINALITE

En réalité, il s’agit de propositions cosmétiques de la part du Président Emmanuel Macron. Il aura du mal à convaincre sans une forme de coercition indirecte liée au poids militaire et financier de la France sur certains dirigeants de la zone franc. Toutefois, il bénéficie de soutien en la personne du Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Tiémoko Meyliet Kone 5.

A Ouagadougou, non seulement, la question de fond n’a pas été posée, mais en plus les questions provenaient d’étudiants qui ne maîtrisaient pas nécessairement les autres implications du dossier, à savoir, économiques, commerciales, stratégiques, culturelles et militaires. Alors, s’il était question de faire dans la « communication », c’est réussi pour le Président Macron. Mais la question de fond doit être posée.

Que fait la France dans une zone géographique africaine 57 ans après les années d’indépendance ? Si cette France était en conformité avec l’indépendance politique des Etats africains concernés et se faisaient le chantre de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Africains, la France, aurait volontairement proposée de soustraire de cet espace, ce qu’avait fait les anciens colonisateurs anglophones des pays africains. Il y a donc toujours un anachronisme. Alors est-ce que le Président Emmanuel Macron a peur ? Si oui, de qui ? Certainement des puissants lobbies financiers français opérant en zone franc et contrôlant les marchés au point d’empêcher toute concurrence saine et surtout bloquant les politiques d’industrialisation et de diversification de ces pays.

En effet entre 2004 et 2008, la croissance moyenne de la richesse (Produit intérieur brut) par habitant de l’Afrique subsaharienne était de 3,9 % dans la zone CEDEAO alors qu’elle n’était que de 2 % dans la zone franc, répartie comme suit : 3,4 % pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), et 0,6 % pour l’Union Economique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA).

En comparaison, en 2016, la croissance moyenne de la richesse (Produit intérieur brut) par habitant de l’Afrique subsaharienne a sérieusement chuté pour devenir négative, avec -1 %, -2,3 % en zone CEDEAO alors qu’elle n’était plus que de 0,7 % en zone franc, répartie comme suit : -2,9 % pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), et 3,5 % pour l’Union Economique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA). Les perspectives pour 2017 et 2018 projettent une stabilisation de la zone UEMOA avec une croissance moyenne de la richesse par habitant respectivement de 3,5 % les deux années. Des améliorations sont projetées en zone CEMAC avec cette croissance moyenne de la richesse par habitant estimée à -2,0 % en 2017 et -0,2 % en 2018. Bref, les matières premières en Afrique centrale ont attisé les convoitises tant des dirigeants africains que des puissances postcoloniales au point de favoriser des conflits inutiles permettant des accaparements sans contrôle et sans vergogne.

Aussi, pour ne pas dévaluer, il est question de faire peser le poids l’indiscipline monétaire des dirigeants africains de la zone franc, non plus sur la France, mais sur l’une des régions de la zone franc en meilleure santé économique, à savoir l’UEMOA. Une forme de péréquation pourrait même voire le jour avec un FCFA de l’UEMOA réévalué et un FCFA de la CEMAC déprécié. Autrement dit, la France ne veut pas faire jouer sa garantie et donc payer pour la mauvaise gestion des réserves de change dans la zone franc. Faut-il rappeler que le Président Emmanuel Macron a clarifié sa position sur le FCFA à savoir : « La France n’est pas le maître mais le garant du franc CFA 6 ». La réalité est tout autre. Une garantie signifie que la France paye lorsque la garantie doit jouer, à savoir des réserves de change inférieur à 20 %.

La réalité historique est que la garantie de la convertibilité de la France n’a pas fonctionné lors de la dévaluation du FCFA en 1993 du fait des réserves de change de la zone franc trop faibles. La France n’a rien payé alors qu’elle a déclenchée unilatéralement la dévaluation du FCFA avec le concours du Fonds monétaire international, dirigé à l’époque par un français, Michel Camdessus. Le seul pouvoir de coercition reste donc bien le poids la pénalité coloniale, héritée du nazisme monétaire appliqué par l’Allemagne à la France au cours de la 2e guerre mondiale et que la France a « perpétué » et « oublié » de supprimer pour les colonies françaises sous son contrôle, y compris après les indépendances 7. Aussi, il n’est pas possible de faire table rase du passé comme le promeut le Président Macron. Il s’agit en fait d’une véritable légitimation subtile d’une exploitation monétaire et consentie par les dirigeants africains membres de la Zone franc.

Alors, la seule question valable est de trouver pendant la période transitoire de construction de la monnaie commune régionale sans la France, un autre pays qui garantisse la convertibilité du FCFA et la garantie de découvert, en attendant que les réserves accumulées demeurent positives et la discipline et les convergences monétaires permettent de se passer de la garantie d’un pays étranger. Bref, si la France ne garantit rien, la France doit offrir la possibilité de sortir comme un « gentlemen », comme l’on fait les Britanniques avec le Ghana ou le Nigeria.

2. LE FCFA : DETOURNER LA TRAJECTOIRE DE L’INCLUSIVITÉ DES FRUITS DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE

Au lieu de contribuer à créer des richesses supplémentaires et surtout les rendre inclusives auprès de la grande majorité de la population, le FCFA a contribué surtout à faciliter les ponctions des ressources de la zone avec très peu de transformation locale, -notamment industrielle-, quasiment pas de transfert de technologies. La résultante est qu’il n’y a pas eu progression significative en termes d’emplois décents, d’où la défiance de la jeunesse africaine envers ce signe monétaire, car le Franc CFA n’est pas une monnaie, car elle n’est pas une nouvelle division de l’Euro, à la différence du Franc français aujourd’hui disparu.

C’est cela qui explique que l’appellation d’Euro FCFA n’a pas pu être adoptée, ce qui aurait permis à tous les membres de l’Union européenne d’entrer au conseil d’administration de la zone franc. La France n’en a pas voulu et les dirigeants africains de l’époque n’y ont vu que du feu. Aussi, il faut se demander pourquoi les dirigeants de cette zone continue à garder un système monétaire qui conduit les populations à les rejeter du pouvoir pour mauvaise gouvernance et corruption caractérisée dans un espace monétaire stable grâce au pouvoir de coercition des forces dites de sécurité.

En réalité, les pressions sont ailleurs. Les dirigeants de ces pays ont accepté une forme de servitude volontaire qui est indirectement payée par des avantages divers qu’ils obtiennent de la France. Le plus important de ces avantages se retrouve au niveau de la préservation des accords secrets de défense qui permettent à de nombreux dirigeants de la zone franc de se maintenir au pouvoir et d’orienter l’économie vers des formes « africaines » de la théorie économique du « ruissellement » où seuls les affidés des pouvoirs politiques, ésotériques, économiques et militaires de la France-Afrique (Françafrique ou Afrique-France, c’est selon) profitent.

Alors, l’élargissement du périmètre du Franc CFA proposé par le Président Macron, est-ce réaliste ? Oui, si la servitude volontaire voit son « périmètre » s’étendre aussi. Rappelons tout de même que la monnaie commune africaine doit d’abord être une monnaie sous-régionale. Aussi, en prenant l’exemple de l’Afrique de l’Ouest, les pays anglophones mais aussi le Maroc qui vient de rejoindre la CEDEAO devrait pouvoir en accepter le principe. Donc, en pratique, il s’agit de demander au Nigeria (Naira), la Guinée (Franc guinéen), le Maroc (Dirham marocain), le Ghana (Cedi) de rejoindre la zone franc. La réponse pour la plupart de ces pays est négative. Mais si la question est posée à l’envers à savoir si la France doit sortir de la CEDEAO afin de permettre l’émergence d’une monnaie commune, la réponse est massivement OUI ! Sauf qu’aucun des ministres de l’économie et des finances de ces pays n’a le courage de la dire tout haut lors des conseils d’administration de la zone franc.

D’ailleurs, le véto français, -car il y a un véto non-écrit et non-dit-, aura permis de les rabrouer rapidement, avec souvent à la clé, la perte du poste de ministre, accompagné d’humiliations diverses et même parfois du chantage à l’aide au développement. Aussi pour ne pas tous perdre, de vrais faux calculs électoralistes sont établis par certains chefs d’Etats africains qui s’évertuent à faire du dérapage contrôlé sur la fin du FCFA auprès des populations. Cette forme de populisme n’est qu’une forme moderne de l’hypocrisie. Cela permet de réhabiliter ceux qui ont d’importantes « casseroles économiques » à se reprocher et surtout à confirmer que le FCFA a servi principalement à détourner la trajectoire de l’inclusivité des fruits de la croissance économique aux dépens des populations africaines de la zone franc. Les politiques structures de développement doivent pouvoir être mise en place avec efficacité. Malheureusement, les retards et autres turpitudes posent aussi le problème de l’efficience de la gouvernance des dirigeants africains, notamment en matière de promotion de la production et de la productivité en Afrique.

3. LA FRANCE N’A PAS PROPOSÉ DE QUITTER VOLONTAIREMENT LA ZONE FRANC

Le Président français Emmanuel Macron ne se considère pas comme un promoteur de l’influence post-coloniale de la France puisqu’il a déclaré que le FCFA apportait la stabilité monétaire aux 14 pays d’Afrique subsaharienne. Rappelons au passage que les Comores qui un autre taux change est aussi sous le régime de la zone franc.

En réalité, Si la France de l’amitié « France-Afrique » que propose le Président Emmanuel Macron entre la zone franc et la France était sincère, la France apporterait son soutien par exemple à la création du Fonds monétaire africaine sous-régional. Cette institution soutiendrait les efforts de convergence monétaire dans les pays de la Zone franc, faciliterait les soutiens budgétaires en cas d’endettement passager, et permettrait une meilleure discipline monétaire au sein de la zone sans avoir besoin de la garantie de la France. Mais au demeurant, il n’y a pas de monnaie commune africaine sous-régionale si les dirigeants africains n’acceptent pas le principe de la période transitoire d’environ 3-5 ans où la monnaie commune serait en circulation et son pouvoir libératoire s’affirmera progressivement. Pour ce faire, il faudra commencer par le « commencement » et s’assurer que la monnaie commune sous-régionale ne soit pas produite en France, à Chamalières, un village français proche du fief de l’ex-Président Valéry Giscard d’Estaing où est produit les billets et pièces du FCFA. La délocalisation de la machine à imprimer les billets ne peut être confié à certains chefs d’Etat de la zone franc dont le niveau de corruption au profit d’eux-mêmes mais aussi de dignitaires et politiques français n’est plus qu’un secret de polichinelle.

La réalité est que le FCFA est in instrument de puissance et donc de « blocage » de l’autodétermination économique et financière, voire militaire et culturelle des pays qui subissent ou accepte le principe de la servitude volontaire. Les populations africaines commencent à s’interroger sur les priorités que se donnent leurs dirigeants : servir le peuple africain ou servir les intérêts français ? Si le Président Macron s’inscrit dans la logique de ses prédécesseurs et surtout des nombreux lobbies et entreprises multinationales françaises en Afrique qui l’ont soutenu et perpétuent le statu quo, alors il risque d’apprendre à ses dépens qu’en Afrique de 2017 et à fortiori, celle de 2025, 2030 et 2050, ce qui est bon pour la France n’est pas nécessairement bon pour le peuple africain, même si c’est « bon » pour certains dirigeants africains et leurs affidés zélés.

Cependant, il y a au moins une vraie question qui aurait permis de démontrer le courage politique du Président Emmanuel Macron sur la question du Franc CFA. En effet, si la France souhaitait véritablement que le débat sur le FCFA soit clos et son image en perdition en Afrique francophone change, il suffit pour le Président français de proposer de quitter volontairement la zone franc, si les pays africains le souhaitent ; ce qui veut dire que les deux représentants français de la zone franc qui ont un droit de véto acceptent de céder leur siège et que la garantie accordée par la France retourne à l’ensemble des membres de la zone, élargie ou pas. Cette question n’a pas été posée. Ce qui, avec le recul, conduit à penser que la plupart des questions, malgré parfois le côté des interpellations animées, intègrent une opération de communication bien orchestrée avec un Président Burkinabé Roch Marc Christian Kaboré bien muet lorsqu’il s’agit d’expliquer les défaillances économiques dans son pays. Il s’est même éclipsé quelques minutes bien longues lorsque des questions pertinentes relevaient de sa compétence… Le Président Macron ne s’est pas gêné de le faire remarquer… et de s’étonner de cette absence impromptue rapidement corrigée…

4. LE FRANC CFA CONTRARIE LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET INCLUSIF DES AFRICAINS

Au final, est-ce vrai que l’arrimage du FCFA à l’EURO handicape les économies des Etats qui utilisent cette monnaie ? La réponse est mal posée. En effet, la vraie question est de savoir si l’utilisation continue du FCFA comme par le passé permettra d’avoir d’ici 10 ans, des économies émergentes, industrialisées et intégrant les chaines de valeur en amont et en aval avec des créations d’emplois décents ? La réponse est NON ! Alors la vraie question, le FCFA a-t-il surtout servi à empêcher le développement industriel des pays de la zone France ? La réponse est malheureusement OUI.

La part de la valeur ajoutée manufacturière d’une économie devrait se situer au-delà de 18 % – 20 % dans le produit intérieur brut pour pouvoir atteindre un taux de croissance annuel moyen de 7 % comme suggéré par les Nations Unies. Malheureusement, la plupart des pays de la zone franc se situe largement en dessous. Pire, le Président du Burkina Faso aurait gagné à parler en rappelant au Président Emmanuel Macron que la part de la VAM de son pays dans la richesse produite du pays (Produit intérieur brut) est passé de 12 % en 2005 à 6 % en 2016.

La Côte d’Ivoire qui fait office de référence est passé pour les mêmes périodes, respectivement de 8 % à 15 %. La réponse est que la Côte d’Ivoire a pris conscience de l’urgence de transformer ses matières premières sur place tout en limitant la corruption. En effet, le Nigeria très actif et engagé sur l’industrialisation, est passé pour les mêmes périodes de 3 % à 9 %. La corruption semble avoir grignoté quelques points de croissance. Le Sénégal passant de 15 % à 13 %, le Togo de 9 % à 5 % viennent tous confirmé que le FCFA n’a pas été le moteur ou le catalyseur de l’industrialisation des pays de la zone franc, au contraire.

Alors, la question reste posée : faut-il adopter une monnaie commune de transition la faire vivre en parallèle avec le Franc CFA pendant un période variant entre 3-5 ans, en sachant que la parité de cette monnaie sera basée sur une pondération entre les principales devises internationales avec lesquelles l’Afrique échangent et commerce le plus, vraisemblablement le Dollar américain, l’Euro et le Yuan/Renminbi 8 de la Chine.

Ce n’est qu’à cette condition que le nouveau report de la CEDEAO de créer sa monnaie commune aux 15 pays membres dès 2020 pourrait ne pas se heurter à un nouveau report. Entretemps, la discipline monétaire et économique des dirigeants africains devra s’avérer effective. Le Franc CFA mourra alors de sa mort naturelle. Aucun Africain, non adepte de la servitude volontaire, ne voudra l’utiliser pour ses transactions financières. La nouvelle monnaie de compte, de paiement et de réserve, voire d’investissement, se sera imposée du fait de sa crédibilité. Personne ne songera à mettre alors

  • des activistes comme le militant Kémi Séba en prison au Sénégal pour avoir brûlé « son » billet de 5 000 FCFA 9 ;
  • ni « virer » un ex-ministre togolais chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques, Kako Nubukpo pour avoir tenté d’expliquer les contradictions d’un FCFA 10 ;
  • ni empêcher le Professeur Nicolas Agbohou, de continuer inlassablement et systématiquement à alerter et réveillé la conscience et le savoir des jeunes et moins-jeunes africains sur les formes modernes du « nazisme monétaire 11 » que constitue le FCFA.

5. FRANC CFA : RAPPEL HISTORIQUE POUR LA NOUVELLE GÉNÉRATION DE FRANÇAIS ET D’AFRICAINS

Un rappel historique est indispensable car justement, c’est cette usurpation de la richesse africaine que les historiens français ont savamment oublié dans les livres d’histoire. Normal, l’histoire de la gazelle racontée par un lion à ses lionceaux ne peut être la même que celle racontée par celle-ci à ses faons.

Créé le 25 décembre 1945 à la fin de la 2e guerre mondiale, le Franc des Colonies Françaises d’Afrique (FCFA) est une réminiscence douloureuse pour les citoyens français des cinq années de domination de l’Allemagne nazie dirigée par Adolf Hitler. La France de 1940, sous la direction du Maréchal Philippe Pétain avait capitulé en acceptant l’occupation nazie qui s’est accompagnée d’un transfert de richesses de la France vers l’Allemagne sous la forme du nazisme monétaire, un système conçu par Herman Goering, ministre de l’économie d’Adolf Hitler, en réponse à l’imposition unilatérale de réparations de guerre « mal digérées ».

Il suffit de faire référence à la Convention d’armistice signée le 22 juin 1940 pour en comprendre les termes iniques 12. Tous les territoires conquis par l’armée allemande y compris les colonies africaines devaient contribuer sous toutes les formes à enrichir l’Allemagne. La soumission forcée accompagnée de la servitude volontaire a permis de piller littéralement une partie importante des richesses françaises au profit de l’Allemagne.

Pourtant, c’est bien la France de l’après-première guerre mondiale qui, en signant le traité de Versailles le 28 juin 1919, semble avoir initiée la pratique de la ponction monétaire unilatérale d’un pays suite à une défaite militaire. Le peuple allemand s’est vu imposer le versement estimé à 269 milliards de Reich Marks de l’époque. Ces réparations de guerre avaient pour objet en 1919 d’abord de compenser les pertes subies par la France et la Belgique suite à la 1e guerre mondiale et puis de rembourser, au moins partiellement, le coût de l’assistance militaire fournies par les pays alliés. Indirectement et suite à des crises économiques financières et boursières dont celle de 1929, la ponction monétaire demandée à l’Allemagne de Weimar entre 1920 et 1933 a conduit à une impasse.

Les difficultés à honorer les engagements imposés lors du traité de Versailles de 1919, Hitler dans sa logique d’impérialisme larvé a choisi de rejeter le paiement de cette dette à la France et en a profité pour instrumentaliser tout ceci comme une « usurpation » de la France envers le peuple allemand, ce qui par les temps de chômage massif de l’époque, non seulement a facilitée l’ascension d’Hitler, mais a conduit entre autres à la 2e guerre mondiale. Aussi, il faut s’étonner que ce système de servitude monétaire imposé par la France et ses alliés en 1919 à l’Allemagne, puis imposé par l’Allemagne de Hitler à la France entre 1940 et 1945 sous la forme d’un nazisme monétaire ait pu être préservé dans les colonies alors que le principe avait été aboli par les deux parties.

Si le peuple allemand avait eu du ressentiment envers le système de pénalité de la France, puis le peuple français envers le nazisme monétaire, il ne faut pas s’étonner que les peuples africains, notamment les jeunes, aient du ressentiment envers le Franc CFA, un système intégré de ponction, puis de contrôle partiel de l’autodétermination économique des peuples africains membres de la zone franc. La subtilité consistait simplement dans la manipulation du taux de change avec en 1940, le mark sous Adolf Hitler a été fixé à 20 francs français 13. Une exploitation inacceptable stoppée avec la défaite de l’Allemagne et perpétuée sous d’autres conditions avec le Franc CFA. Alors, faire l’amnésie sur l’histoire monétaire de la France en Afrique parce que l’on appartient à une nouvelle génération apparaît comme un anachronisme qui dans le cas du Franc CFA relève de l’imposture.

La fixation de la parité fixe de ce signe monétaire qu’est le FCFA, les formes diverses de dévaluation unilatérale, l’obligation de déposer en garantie une partie des réserves de change de la zone franc forment les principaux éléments d’un système monétaire subtil de dépendance assurée, imposée par les uns, assumée par les autres, qui ne peut fonctionner que sur la base d’un renouveau relationnel fondé sur une amnésie historique et une servitude volontaire des dirigeants africains. C’est d’ailleurs la même technique qui avait été utilisée pour faire oublier l’esclavage, l’exploitation gratuite de la force de travail du peuple africain, la colonisation et aujourd’hui la post-colonisation. Les experts du groupe d’influence et d’action Afrocentricity Think Tank ne pouvait ne pas exercer leur droit de réponse.

CONCLUSION

Le constat des statistiques économiques mais aussi les actes de violences et d’interventionnisme en Afrique posées par la France en Libye ou en Côte d’Ivoire n’ont pas contrebalancé celles posées au Mali ou plus discrètes de légitimation continue du système militaro-civil de la famille Eyadéma au Togo. Les populations africaines, bien mieux informées avec les réseaux sociaux, sont devenus insensibles à la politique de communication ou les opérations de « charme » qui n’apportent pas d’améliorations dans leur quotidien. C’est cette crise de défiance qui contrecarre l’espérance annoncée et promise du Président Emmanuel Macron en l’avenir d’une nouvelle « amitié France-Afrique ».

La célèbre formule de Thomas Sankara, à savoir « la construction de l’avenir que vous osez inventer », utilisée par Mr Macron en guise d’introduction ne s’applique pas au Franc CFA telle que proposée par le Président Français. Il s’agit au mieux de perpétuer le nazisme monétaire que constitue le Franc CFA en 2017 avec un nouveau nom et si possible l’élargir à d’autres pays qui souscrivent à la servitude volontaire, ou alors le Président Macron doit accepter de confronter ses propositions avec les spécialistes africains de la question FCFA, spécialistes qui ne sont pas alignées sur ses positions manquant singulièrement d’originalité et surtout d’audace et de courage. Bref, sur le Franc CFA, le Président Macron n’a convaincu que ses affidés, et encore car ceux qui n’osent pas lui faire un affront se sont aussi tus de peur de représailles dont la France a le secret pour faire perdurer ses intérêts en Afrique. Il faut espérer qu’une crise de confiance ne viendra pas s’installer du fait justement des positions bien conformistes et ambiguës de la France sur l’avenir du Franc CFA.

La réalité est que le FCFA a plutôt empêché, voire contrarié, le développement économique et inclusif des Africains de la zone franc. Il faut se demander comment les pays membres de la zone peuvent accepter de constater la détérioration continue et persistant de leur balance commerciale entre 2004 et 2017. La France est-elle en définitive le bon partenaire pour les pays de la zone franc ? Le graphique ci-dessous portant sur la part de plus en plus émoussée du solde (exportations moins importations) de la balance commerciale dans la richesse créée (Produit intérieur brut) au sein de la zone franc ne permet pas de s’en convaincre.

Graph Zone Franc 2004-2018

Toutefois, à la lumière de ces échecs stratégiques et de gouvernance publique de mauvais aloi, les responsabilités des dirigeants politiques et économiques africains ne peuvent être exclues. Alors peut-on tenter d’avancer ensemble vers une avenir gagnant-gagnant avec le même FCFA qui a donné le résultat que chacun connaît ? Mais tant que les dirigeants africains de la zone croiront ou seront contraints de croire que dès lors que leurs réserves de change collectives accumulées resteront supérieures à 20 % auprès du compte d’opération du Trésor français, la dévaluation imminente du Franc CFA ne sera pas à l’ordre du jour. Mais une dévaluation est aussi d’abord une décision politique qui risque de dépendre de celui des membres du Conseil d’administration de la zone franc qui a une voix prépondérante, voire un véto, même si les textes officiels n’en font mention.

En défintive et suite à la mission du Président Macron en Afrique, il faudra faire attention à l’approche de la France qui pourrait, en fait, avancer masquée sur les nouvelles relations France-Afrique et plus particulièrement sur le Franc CFA, tant il est vrai qu’il n’y avait « jamais » eu, selon le Président Macron 14, de politique africaine de la France.  C’est pourtant cette politique dite « inexistante » de la France en Afrique qui crée le malaise et occasionne des jets de pierres lors du passage du convoi présidentiel du Président Macron à Ouagadougou. Cela risque de créer un nouvel espace pour le double langage à savoir que le masque blanc peut aussi se cacher non plus uniquement dans une peau noire 15, mais aussi dans une peau blanche. YEA.

Dr Yves Ekoué AMAÏZO.

Directeur Afrocentricity Think Tank

29 novembre 2017

© Afrocentricity Think Tank.

I : www.afrocentricity.info

Ecouter ci-après les échanges sur le FCFA sur BBC Afrique

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ECOUTER AUSSI LES ECHANGES SUR LA RADIO BBC AFRIQUE AVEC :

BBC Afrique – Dakar

Mr Souleymane Issa MAÏGA, Journaliste BBC Afrique

Invité : Dr Yves Ekoué AMAÏZO, Directeur Afrocentricity Think Tank

Invité du Journal de Midi : page économique du 29 novembre 2017

Ecouter l’échange : Le Président Macron sur le FCFA à Ouagadougou, le 28 novembre 2017

Résumé :

Lors de son intervention du mardi 28 novembre 2017 mardi à l’université de Ouagadougou 1, le Président français Emmanuel Macron s’est déclaré « favorable à un changement du nom…. ou à un élargissement… du “périmètre” du franc CFA si les Etats africains le souhaitent ».

Ecoutez la réaction de Yves Ekoué Amaïzo Economiste, Spécialiste du Franc CFA, Directeur du groupe de réflexion et d’influence Afrocentricity Think Tank…

Au micro de Souleymane Issa Maiga

ECOUTER :

Liens : http://www.bbc.com/afrique/region-42162377

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