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Plaidoyer pour célébrer le génie du peuple Togolais

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Le 27 avril 2017 a suscité beaucoup d’intérêt si l’on en juge non seulement par le traitement médiatique de ce 57e anniversaire, mais aussi par l’agenda politique qui lui a été consacré, notamment l’exposition consacrée à la visite du président Sylvanus Olympio aux Etats-Unis en 1962. Présentée comme un hommage au Président Sylvanus Olympio, cette exposition initiée et pilotée selon les médias par l’ambassade des USA à Lomé a été inaugurée par Faure Gnassingbé, en présence de Gilchrist Olympio. Comme il fallait s’y attendre cet hommage n’a pas manqué de susciter la polémique. Ainsi alors que monsieur Gilchrist Olympio se dit « heureux de voir que des efforts sont faits pour réintégrer la mémoire de Sylvanus Olympio dans l’histoire » du Togo, l’ANC par la voix de Éric Dupuy ne voit dans cette exposition photos qu’un folklore déguisé en hommage qu’il juge inopportun dans la mesure où la lumière n’est pas faite « sur l’assassinat de Sylvanus Olympio ». Pendant que les Togolais selon leurs bords politiques respectifs se chamaillent sur le sens à donner à cette exposition, les Etats-Unis d’Amérique par le biais de leur ambassade ont réussi le coup de maître de faire oublier qu’ils sont impliqués jusqu’au cou dans cet assassinat politique qui « marque le départ des malheurs du peuple togolais » (A. H. sur ici-lome.com). L’exposition dure jusqu’au 26 mai. Selon l’engouement ou le désintérêt qu’elles auront suscités auprès de la population on verra peut-être au soir du 26 mai si les photos exposées ont produit l’effet escompté. On aimerait bien partager l’optimisme de Gilchrist qui est convaincu que l’exposition est un acte dont l’enjeu est « de créer l’unité et de permettre à tous les Togolais de se sentir membres d’une communauté de destin ». A propos de communauté de destin, on peut, on doit même se réjouir du génie du peuple togolais qui a su résister aux sirènes de la guerre civile qu’on lui a tant promise et qui n’ont jamais eu lieu sur cette terre de nos aïeux malgré toutes les souffrances qu’a connues ce pays depuis l’intrusion par effraction du premier Européen sur le sol togolais.
 
Comme la plupart des pays africains, l’histoire du Togo a commencé par une escroquerie rocambolesque lorsque le sieur Nachtigal débarqua un jour de juillet 1884 pour imposer « amicalement » aux représentants supposé du roi Mlapa III de Togoville la signature d’un traité de protectorat dont le but était d’assurer à Bismarck et à l’Allemagne leur part du gâteau africain. L’aventure aura duré bon an, mal an 30 bonnes années, toute une génération. Pour mieux faire passer la pilule les Allemands avaient fait une trouvaille. Ils ont inventé la « Musterkolonie » qu’on traduit malicieusement dans les manuels d’histoire par « colonie-modèle ». Il ne s’agissait en aucun cas de modèle mais bien d’un laboratoire d’expériences coloniales avec les Togolais pour cobayes. Contrairement à la supercherie répandue par l’histoire écrite par les colons européens, les Togolais n’avaient aucun avantage dans la fameuse musterkolonie. Les Togolais n’avaient de toute façon rien demandé à personne. D’ailleurs le traitement réservé aux Togolais sous la colonisation allemande (humiliations de tous ordres, travaux forcés, liquidation pour exemple des récalcitrants, pillage des ressources, déplacement arbitraire des populations, etc.…) n’était en rien différent de celui subi par d’autres peuples sur le continent pendant cette orgie décrétée et exécutée froidement par ou au nom des Etats européens convaincus de la supériorité de leur civilisation. A la fin de leur démonstration de force dans toutes les régions qu’ils ont traversées et mises sous leur coupe, les Allemands ont créé de toutes pièces un espace géographique unitaire appelé à devenir le territoire d’un pays sous occupation dont les habitants sont désormais embarqués dans une aventure qu’ils n’ont pas choisie et dont ils ignorent la destinée.
 
Alors qu’ils n’avaient rien à y voir, les Togolais ont été les premiers à subir les effets de la première guerre mondiale qui, dès son déclenchement en Europe en été 1914 s’est soldée sur le sol togolais par la toute première défaite de l’Allemagne. Le départ en catastrophe des Allemands suite à cette défaite a vu l’arrivée des Britanniques et des Français marquant du même coup le début d’une période floue au cours de laquelle les Togolais seront une seconde fois confrontés à de terribles épreuves dans la marche vers l’émergence dune conscience nationale, base d’un destin commun. Ce qui ne sera pas une œuvre de tout repos. Désormais administré par deux puissances coloniales connues pour leur rivalité légendaire, la France et la Grande Bretagne, le Togo laissé par les Allemands va être très tôt confronté à un problème non seulement territorial, mais aussi et surtout identitaire, problème dont l’Osagyefo Kwame Nkrumah en complicité avec la Grande Bretagne va profiter pour amputer le Togo « allemand » d’un tiers de son territoire et d’environ autant de sa population. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les populations devaient se résoudre à accepter comme territoire du Togo le « Réduit » placé sous contrôle français que les Leaders vont conduire à l’indépendance en 1960. La marche vers l’indépendance a donné lieu au sein de l’élite politique, mais aussi au sein des populations à des querelles intestines interethniques faites d’accusations de trahison réciproques dont les effets ne vont pas tarder à se manifester de façon tragique en janvier 1963. Alors que des plaies laissées par la lutte pour l’indépendance sont encore saignantes, le peuple Togolais allait vivre une nième épreuve sans pareille dans sa dramaturgie et dans ses effets à court comme à long terme en Afrique. C’était le premier coup d’Etat sanglant sur le sol africain alors que plusieurs territoires étaient encore engagés dans des processus d’indépendance ou de reconnaissance de leur dignité. Quand Gnassingbé Eyadema avait fait irruption en deux temps sur la scène politique togolaise et africaine d’abord en 1963, puis en 1967, personne n’avait imaginé que son nom allait marquer aussi profondément l’histoire de notre pays. Pendant des décennies l’histoire du Togo se résumait à un seul homme élevé au rang de guide éclairé. Tout ce qui avait existé avant le guide éclairé devait disparaître de la scène politique. Même celui qui a conduit la lutte pour l’indépendance, en l’occurrence monsieur Sylvanus Olympio n’était au mieux qu’un détail dans les manuels scolaires. La chute du mur de Berlin en 1989 n’a pas suffi à déboulonner celui qu’on a fini par surnommer le baobab et qui va régner sur le peuple togolais jusqu’au bout avant de transmettre (!) le pouvoir à son fils après sa mort en 2005.
Comme on le voit bien, le peuple togolais a connu plus que tout autre peuple en Afrique des situations critiques qui, à tout moment auraient pu faire basculer le Togo dans un conflit interethnique, voire dans la guerre civile que d’ailleurs Eyadema brandissait comme « arme de division massive » pour faire peur et étouffer le soulèvement populaire des années 1990, notamment. Le miracle c’est que malgré tout ce parcours parsemé d’embûches de toutes sortes, le Togo, non le peuple togolais, en réalité les populations togolaises ne se sont pas laissé embarquer dans les chemins ténébreux qu’ont connus beaucoup de pays en Afrique.
 
L’idée de rédiger le billet que vous venez de lire m’est venue après avoir été sollicité par deux radios de la diaspora pour donner mon avis notamment sur les 57 années écoulées depuis l’indépendance du Togo et accessoirement ce que je retiens de la période des « 50 années de règne des Gnassingbé ». Au cours de chacune des deux interviews j’ai volontairement choisi de placer le génie du peuple togolais au centre de mes propos. Ce choix que j’assume fait une espèce de blackout sur les tragédies du « Togolais », élément unique d’un ensemble complexe qui cherche encore ses marques. Mais les Togolais méritent à mon avis que leur capacité de résilience face à l’adversité et la menace soit mise en exergue, ne serait-ce qu’une fois par an, à l’occasion de la célébration de l’indépendance. Car au-delà de toutes les difficultés rencontrées pour l’édification de la Nation Togolaise, la maturité précoce du peuple togolais vis-à-vis de l’élite est une raison d’espérer, en tout cas pour moi personnellement. Je suis convaincu que le Togo, pas plus que les Togolais, n’est nullement maudit ni frappé de quelque malédiction que ce soit comme on peut le lire parfois sous certaines plumes, lesquelles, je pense, expriment plutôt leur colère contre l’élite que nous sommes et non une insulte au brave peuple togolais qui mérite notre respect.
 
Je voudrais finir ce billet en citant les propos ci-dessous, tenus par maître Agboyibo dans Jeune Afrique en janvier 2017 alors qu’il était interrogé sur les raisons de la dislocation de son parti le CAR et son retour personnel aux affaires. La question que lui a posée le journaliste est la suivante « Vous avez été Premier ministre de Faure Gnassingbé entre 2006 et 2007. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur son action à la tête de l’État ? ». Et maître Agboyibo, alias bélier noir, alias caméléon de répondre, «Je considère qu’on lui a donné l’occasion de commencer à exercer un pouvoir qui risque d’être aussi long que celui de son père. Personne ne peut prédire quand ça va s’arrêter, si nous n’adoptons pas la meilleure méthode. Les choses ne vont pas bien. Il faut s’indigner. Mais il faut savoir gérer cette indignation. Si le peuple est dans l’état où il est aujourd’hui, c’est en partie de notre faute, nous leaders politiques. Le populisme haineux doit s’éclipser au profit d’une indignation raisonnable qu’il faudra savoir gérer ».
Edifiant, n’est-ce pas !!!!!
 
Moudassirou Katakpaou-Touré
Francfort, le 07 mai 2017
 
lomévi (www.togoactualite.com)
 

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Publié le 8 mai 2017 dans Envoyez cet article à un ami




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