Le Point de Kodjo Epou : On ne naît pas peuple, on le devient !

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kodjo-epou_10mai2015


Les lignes qui vont suivre auront, peut-être, une résonance fâcheuse. Comme si on jetait, avec fracas et sans discernement, tous les Togolais dans un même panier.
 
Quel peuple sommes-nous? Une question douloureuse, mais qui touche une réalité qui ne l’est pas moins: il y a besoin de commencer à questionner sérieusement le peuple du Togo, à le tutoyer, et soulever à son sujet les vrais débats qui l’interpellent, d’autant que les coups fourrés et les trahisons du passé ne justifient plus, à eux seuls, ce “low profile” que font les Togolais aujourd’hui. Y a-t-il, parmi nous, des connaisseurs pour nous éclairer un peu plus sur le type de peuple qu’est le nôtre?
 
Pourquoi toutes ces ethnies qui composent le Togo n’arrivent-elles pas à se (sou)lever pour redresser la courbe tragique de leur destin, à se fédérer, à s’entendre sur les valeurs fondatrices d’une nation qui veut exister en harmonie avec elle-même ou agir en tant que peuple souverain et fort? Pourquoi, alors que dans leur immense majorité, sinon toutes, ces ethnies acceptent-elles si longtemps de souffrir, profondément, du même mal qui a hypothéqué leur vaillance d’antan, de la même absence, glaçante, de leur droits élémentaires: sécurité, école publique, santé publique, gouvernance, services publics?
 
Pourquoi toutes ces ethnies acceptent-elles, à chaque fois, d’être empêchées, bloquées, littéralement stérilisées? Pourquoi les Togolais échouent-ils aussi régulièrement, lorsqu’il s’agit de revendiquer leur place de peuple souverain? Pourquoi n’arrivent ils pas à sauter les verrous qui les empêchent d’accomplir leur devoir civique, à passer du statut d’individus pour devenir des citoyens à part entière, à exiger des comptes de leurs dirigeants pour, éventuellement, parvenir à les sanctionner? Pourquoi la résilience de toutes ces ethnies a-t-elle fini par devenir ce qui apparaît comme une résignation générale, pure et simple? Sont-elles irrémédiablement maudites, toutes nos ethnies, par l’histoire, la géographie, l’ADN? Comment se fait-il que les Togolais, en Afrique de l’ouest, sont les seuls dans l’incapacité totale de venir à bout d’un régime suranné, redondant et pourri faisant a sciemment du Togo un pays unique qui a constamment problème de textes légaux et d’hommes légitimes? Ou, les Togolais sont-ils juste congénitalement des incapables, collectivement incompétents ?
 
Il est sans doute temps que nous Togolais comprenions que nous ne sommes pas encore un peuple de citoyens. Mais, à la limite, une multiplication d’ethnies, même pas structurées; des conglomérats caractérisés par, au choix, l’appartenance à un même niveau de vie social, à une même culture – culture du peu – et à un même mode de (sur)vie. Des ethnies limitées au partage d’un même drapeau, une même pièce d’identité et une même langue officielle, mais foncièrement incapables de dicter leur loi à ceux qui les dirigent et le courage de regarder droit dans les yeux son armée, la source du mal. Finalement, on se sait plus si c’est qu’elles ne le veulent pas ou ne le peuvent pas.
 
Quand des partis politiques et des associations de la société civile mal cimentés par un même objectif ou que tout sépare investissent la rue pour protester contre l’oppresseur, cela finit fréquemment dans l’impasse. Parce qu’à chaque fois, ce sont: le système oppressant que nous avons nous-mêmes toléré, les mentalités que, décennie après décennie, nous avons acceptées d’ancrer dans nos habitudes et cette monarchie aux raclures totalitaires que beaucoup trop de gens, confusément, appellent république togolaise qui ont droit de cité. Les vampires domineront aussi longtemps que nous refuserons d’entreprendre, collectivement, au-delà du service minimum, de nous transformer en un peuple de citoyens libérés. Les mêmes feront royalement main basse sur l’État et ses ressources aussi longtemps que nous Togolais continueront de rester les bras ballants, de chercher à privilégier, dans l’ordre, l’argent gratuit, la famille, l’ethnie et de vouloir, chaque fois, connaître d’abord le sexe des saints avant de prendre tout engagement au profit de l’intérêt général.
 
C’est le peuple qui a le dernier mot, c’est lui qui marque la fin de la récréation et des errements, lorsque des groupes organisés, de son sein, usent de demi-vérités, de mensonges, de dilatoires et de crimes systématiques pour l’asservir. C’est là et uniquement là que ce peuple pourra accomplir tout ce dont rêvent ses filles et ses fils; là et uniquement là qu’il sera simplement sublime. Pourquoi n’arrivons-nous pas à devenir un peuple sublime? “Un peuple qui a faim de liberté et de pain mange le pouvoir”, dit-on. Les Togolais ont-ils réellement faim? On ne naît pas peuple. On le devient.
 
Kodjo Epou
Washington DC
USA
 

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