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Présidentielle du 25 avril 2015 : Top 23 des techniques et stratégies de fraudes électorales au Togo

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Caractère non indélébile de l’encre dans certaines localités, votes abusifs par procuration et dérogation, corruption des représentants de l’opposition, etc.
 
Le 25 avril prochain, les Togolais iront aux urnes pour élire leur président de la République. Mais en attendant, il sied de revenir sur les stratégies de fraudes qui ont souvent mis en péril la vérité des urnes.
 
1-L’achat de consciences. Il consiste en la distribution massive de vivres et de gadgets, de matériels payés avec l’argent de l’Etat et présentés comme des cadeaux personnels du candidat du parti. Dans le cadre de cette élection présidentielle, il est distribué de l’argent, des motos, des engrais, des pagnes, du riz et autres gadgets à l’effigie de Faure Gnassingbé. L’inauguration de certains édifices publics et les nombreux coups de pioche annonçant la réfection des routes participent de cette stratégie. Sont aussi mises à contribution l’ONG Aimes Afrique et la Fondation Général Gnassingbé Eyadema pour la santé et l’éducation financées par la Directrice générale des impôts et qui opèrent des patients contre leurs voix pour l’UNIR. Tous les moyens de l’Etat sont aussi monopolisés par le parti au pouvoir. Le Fonds national de la Finance inclusive (FNFI) et ses dérivés pourtant financés par les partenaires au développement et les nombreuses mutuelles lancées par l’ancienne Directrice des impôts participent de l’achat massif de consciences. C’est donc « la minorité qui a accaparé les richesses du pays », qui est à l’œuvre et poursuit l’achat de consciences le jour du vote.
 
2-Retrait des cartes d’électeurs des corps habillés et vote par anticipation. Le retrait des cartes d’électeurs des éléments des forces de défense et de sécurité est courant. Cette information de retrait des cartes d’électeur des militaires par leurs chefs a été aussi évoquée par Kofi Yamgnane à la veille des législatives du 25 juillet 2013. A l’époque, les rumeurs sur le retrait des cartes dans le camp de Niprouma au Nord du Togo avaient fait le buzz sur la toile.
 
Le vote par anticipation des forces de sécurité est aussi une bonne occasion pour les fraudes. « En plus de pouvoir voter régulièrement dans le bureau où ils étaient inscrits, les membres des forces de l’ordre étaient également autorisés à voter par anticipation, par dérogation et par procuration. Le vote par dérogation a ouvert la possibilité des votes multiples. En effet, lorsqu’il était fait usage de cette option, les noms des personnes ayant voté n’ont pas été retranchés des listes électorales de leurs bureaux de vote de rattachement. Les observateurs de la Mission d’observation de l’Union européenne (MOE UE) ont noté que dans plus d’un tiers des bureaux de vote observés, les traces d’encre indélébile sur le doigt des votants n’étaient pas vérifiées. Sur les 50 bureaux de vote visités, les observateurs ont noté 4 132 votants ayant voté par dérogation et 628 procurations sur un total de 6 018 observés. La conduite des opérations électorales a été évaluée négativement dans plus de 15% des bureaux observés. Les problèmes ont été concentrés dans les régions des Savanes et de la Kara où les procédures encadrant le vote par dérogation et le vote par procuration n’ont pas toujours été respectées. A titre d’exemple, dans le bureau de vote 3-07-03-04-D (préfecture la Kozah), les électeurs ont, en grande majorité, voté par dérogation, tout en étant porteurs d’une procuration. Aucun des membres des forces armées togolaises votant par dérogation n’a présenté d’ordre de mission. Par ailleurs, la majorité des procurations étaient incomplètes puisque le nom du mandant et sa signature manquaient, de même que le numéro du bureau de vote du mandant et du mandataire. Sur 322 votants, 245 étaient porteurs de procuration », précise le Rapport de la MOE UE sur l’élection présidentielle de 2010. Chose curieuse, la plupart de ces hommes en tenue reviennent voter tranquillement le jour même du scrutin. C’est pourquoi dans certains bureaux de vote, le nombre de votants dépasse largement celui des inscrits. « Au Togo en 2010, tout membre des forces de sécurité ayant voté par dérogation le 1er mars, c’est-à-dire dans un bureau autre que son bureau de vote d’affectation, a pu librement, le 4 mars, voter une seconde fois dans son bureau de vote d’affectation. (…) Dans les bureaux de vote observés par la MOE UE, de nouvelles listes d’émargement ont été utilisées, effaçant ainsi toute trace de vote par les membres des forces de sécurité », poursuit le Rapport. La vigilance s’impose à tous les niveaux.
 
3-Erections des bureaux de vote fictifs. Après le travail effectué par les experts de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ce sont 3.509.258 électeurs qui vont prendre d’assaut 8.994 Bureaux de vote disséminés dans 4.112 centres de vote. Mais lors des scrutins précédents, il avait toujours existé des bureaux de vote fictifs et donc sans localisation physique. Là, les urnes sont souvent bourrées au profit du candidat du pouvoir.
 
4- Maintien de mineurs et d’étrangers sur les listes électorales. L’enregistrement des mineurs tend à être la mode au Togo. Le dernier rapport publié par CAP 2015 sur la reconnaissance faciale des électeurs en est une illustration parfaite. Des enfants qui n’auraient même pas 15 ans, mais qu’on met sur les listes électorales. Selon le Rapport 2010 de la MOE, « Dans 10% des bureaux de vote visités, les observateurs européens ont remarqué des cas de votants dont l’apparence indiquait manifestement qu’ils étaient mineurs ». Lisez cette histoire contenue dans une réflexion d’un huissier de justice que nous avons publiée le 11 juillet 2013 (Liberté N°1492) : « A Bassar, courant 2007 également, un jeune homme est déposé à la prison civile de ladite ville pour avoir exercé son droit de cuissage sur une « mineure ». Pour sa défense, le jeune homme présente la carte d’électeur de sa copine pour prouver qu’elle était majeure. Mal lui en prit parce que c’était une façon de léser la majesté du Juge d’Instruction Komi Soumdina. Car c’était une façon d’accuser les magistrats parce que c’est eux qui président les CELI ; donc c’est eux qui font voter des mineurs dans leur pays. Comment peut-on comprendre qu’un juge puisse au nom de loi déclarer une personne majeure, et dire protéger la même personne avec le code des mineurs ? ». En outre, des responsables de l’UNIR-Kozah ont, dans le cadre de la dernière opération de révision des listes électorales, porté plainte contre un membre de la CENI et deux de la CELI pour avoir refusé d’enregistrer des mineurs.

Les étrangers aussi continuent de voter au Togo. Souvent confrontés aux problèmes de carte de séjour, ces étrangers se sont fait délivrer des cartes d’électeurs qui leur permettent de voter le jour du scrutin. A ceux-ci s’ajoutent ces étrangers qui traversent la frontière pour voter. Dans un article publié dans le N°1857 du jeudi 8 janvier 2015, nous avons justement rapporté : « Lors de la dernière présidentielle, des foules d’étrangers avaient franchi les frontières pour venir voter au Togo. Et des soi-disant responsables qui, aujourd’hui, se prennent pour des parangons de vertu, ont participé à ces bassesses. Il en est ainsi par exemple de l’huissier H. Komlan Michael et de l’inspecteur vérificateur des douanes au Port, S. Koffi, actuellement fonctionnaire à l’Office togolais des recettes (OTR). Il nous revient de témoins rencontrés tant à Kpetoe qu’à Vakpo qu’en 2010, lors de la présidentielle, ces deux membres du Rpt/Unir avaient joué les rôles de « passeurs » entre le village de Kpetoe au Ghana et celui de Vakpo, situé sur la piste menant au Ghana à partir d’Amoussoukopé, agglomération située sur la route Lomé-Kpalimé. Des centaines, voire de milliers de Ghanéens de Kpetoe s’étaient vu ouvrir la frontière pour venir voter contre 5.000 FCFA chacun en 2010 ». Le phénomène est très fréquent dans toutes les localités frontalières au Ghana, au Bénin et au Burkina.
 
5-Retards dans l’ouverture des bureaux de vote et insuffisance de matériels dans les zones jugées favorables à l’opposition. C’est une nouvelle stratégie de fraudes qui a prospéré lors des législatives du 25 juillet 2013. Dans les zones réputées favorables à l’opposition, les bureaux de vote ont été ouverts avec plusieurs heures de retard. Ce qu’aborde la Mission d’expertise électorale de l’UE dans son rapport sur les législatives du 25 juillet 2013 « En particulier, le centre de vote d’Hedzranawoe a été le théâtre de dysfonctionnements majeurs. Le matériel électoral n’a été distribué qu’en milieu de matinée, avec plus de trois heures de retard. Sur vingt-huit bureaux de vote annoncés, représentant près de 14 000 électeurs rassemblés dans un seul centre, seulement dix-huit ont finalement été ouverts. De très nombreux électeurs arrivés tôt le matin ont cherché en vain où voter ».
 
Dans le cas où ils sont ouverts, on assiste à l’absence de matériels. Il arrive parfois qu’on crée des pénuries artificielles. Des manœuvres destinées à démobiliser les électeurs. « Dans l’ensemble, si le matériel essentiel a été livré en quantité suffisante (urne, isoloirs, bulletins de votes, encre indélébile, hologramme et liste d’électeurs), la consolidation des documents remis aux bureaux de vote a laissé à désirer. Plusieurs documents ont manqué le jour du scrutin ou n’étaient simplement pas disponibles en quantité suffisante. Les observateurs ont ainsi rapporté que dans de nombreux bureaux de vote, les feuilles d’émargement des votants, des votes par procuration, des votes par anticipation, et des votes des omis, mais aussi les feuilles de dépouillement, les procès-verbaux des opérations électorales, et les fiches de relevés des résultats n’étaient toujours pas disponibles », poursuit la Mission d’expertise électorale de l’UE.
 
6-Utilisation de plusieurs procurations et dérogations le jour du scrutin (Cf N°2). Le vote par procuration est souvent excessif au Togo. « Le nombre de procurations relevé par les équipes le jour du scrutin anticipé du 1er mars dans les 50 bureaux de vote observés par la MOE s’est élevé à 628, ce qui, rapporté aux 126 bureaux de vote, reviendrait à un nombre total d’environ 1 600. Dans la majorité des cas observés, les formulaires de procuration n’ont pas été remplis correctement. Par contraste, le 4 mars, les votes par procuration dans 576 bureaux observés par la MOE UE se sont limités à 257. Ce chiffre du 4 mars, modeste, est indicateur d’un recours excessif aux votes par procuration lors du scrutin anticipé du 1er mars, compte tenu de leur nombre et des irrégularités constatées dans le remplissage des formulaires de procuration », souligne le rapport 2010 de la MOE UE.
 
La situation est encore catastrophique avec le vote par dérogation. Selon la MOE UE, il y aurait eu lors de la présidentielle plus de 30 000 votes par dérogation : « Le nombre de votes par dérogation s’est élevé à 4 015 dans les 50 bureaux dans lesquels les observateurs de l’UE ont été présents sans discontinuer de l’ouverture jusqu’à la fermeture. Rapporté aux 126 bureaux de vote ayant fonctionné le 1er mars, chiffre total pourrait être supérieur à 11 000 dérogations. Le 4 mars, les documents justifiant du droit au vote par dérogation n’ont été vérifiés que dans un faible nombre des cas. Le nombre de votes par dérogation relevés dans les 576 bureaux de vote observés par les équipes d’observateurs s’étant élevé à 3 015, une simple extrapolation au total des 5 930 bureaux de vote du pays, porterait le nombre de votes par dérogation non soumis à un contrôle préalable à environ 31 000. Si l’on considère que les chiffres rapportés par les observateurs ne correspondent pas à la somme des dérogations enregistrées dans les bureaux de vote visités (puisque les visites de la MOE UE ont eu lieu tout au long de la journée et non simplement à la fin du scrutin), le nombre total en fin de journée a été nettement plus élevé ».
 
7- Absence ou mauvaise gestion de listes d’émargement. « Outre les excès liés à la possibilité pour les forces de sécurité de voter par dérogation et par procuration, une question essentielle a résidé dans la gestion des listes d’émargement. Celles-ci, comportant le nom et la photo de chaque électeur inscrit dans le bureau de vote correspondant, devaient être systématiquement marquées par l’électeur au moment du vote. Il s’agit d’un garde-fou standard devant rendre impossible le vote multiple. Il est cependant fragilisé dans toute élection où le vote par dérogation et/ou par procuration, ainsi que les votes sur listes d’omis, sont autorisés. Dans de tels cas, seule une vérification rigoureuse de la présence d’encre sur les doigts des électeurs peut limiter le vote multiple », relève la MOE UE dans son rapport de 2010. Ainsi, tout agent des forces de défense et de sécurité qui a voté par dérogation lors du vote anticipé, c’est-à-dire dans un bureau autre que son bureau de vote d’affectation, a pu librement, le 4 mars, voter une seconde fois dans son bureau de vote d’affectation. Une pratique qui a été rendue possible par l’absence de tout recoupement des listes d’émargement, techniquement irréalisable dans ces conditions. « Plus généralement, les militaires, gendarmes ou policiers ayant voté dans leurs bureaux d’affectation le 1er mars (c’est-à-dire sans faire usage de dérogation) et ayant marqué du doigt la case de la liste d’émargement correspondant à leurs nom et photo, ont été en mesure, s’ils le souhaitaient, de voter une seconde fois le 4 mars dans les mêmes bureaux. En effet, en violation des directives de la CENI, les listes d’émargement utilisées le 1er mars n’ont le plus souvent pas été réutilisées le 4 mars. Dans les bureaux de vote observés par la MOE UE, de nouvelles listes d’émargement ont été utilisées, effaçant ainsi toute trace du vote par les membres des forces de sécurité le 1er mars », précise le rapport 2010.
 
8-Caractère non indélébile de l’encre dans certaines localités. Cette semaine, des expériences effectuées à l’Université de Lomé ont révélé que l’encre qui sera utilisée le 25 juin, est indélébile. Mais on constate le jour du scrutin que l’encre perd son « indébilité » dans les localités acquises au pouvoir. En 2007 tout comme en 2010, la MOE UE a indiqué que l’encre indélébile était de qualité médiocre à certains endroits. C’est pourquoi les observations et suggestions faites par les représentants du Collectif « Sauvons le Togo » (CST) à la CENI dans le cadre des législatives du 25 juillet 2013 : « Si on s’en tient à la présentation de l’expert de l’Université de Lomé, le test est concluant par rapport aux échantillons qui ont été prélevés et mis à la disposition du laboratoire. En termes de prélèvement d’échantillonnage, on peut discuter. Là n’est pas le problème parce que ce n’est pas l’expert qui a fait ces prélèvements. Ce qui est important et qu’il faut relever, c’est la problématique de traçabilité en termes d’utilisation de l’encre. Et d’aucuns, des membres de la CENI s’étonnaient mais c’est un véritable problème, le problème qui se pose dans l’utilisation des encres au Togo, c’est que, en cours de livraison des encres, toutes les probabilités sont réunies pour qu’on change l’encre. Et l’encre est changée en cours de route. Et nous ne sommes pas nouveaux dans le processus électoral. Il faut une fiche de traçabilité partant du principe du magasin de la CENI, des livreurs au niveau de la CENI, du chauffeur qui a convoyé avec celui qui était à la tête du convoi, de celui qui l’a réceptionné dans le bureau de vote, là où l’encre sera utilisé et que tout le monde soit quitte. Ainsi, au cas où il y a un problème, la traçabilité est là ».
 
9- Chasse aux délégués de l’opposition dans les bureaux de vote avant le décompte des voix. C’est une stratégie qui marche à quelques heures avant le début du dépouillement. Des voies de fait sont exercées sur les représentants pour les obliger à vider le bureau de vote. A défaut, on les intimide. Une opération bien organisée et à laquelle participent certains hauts gradés qui menacent parfois avec leur arme.
 
10- Substitution d’urnes déjà bourrées. En 2010, les observateurs européens ont « relevé quelques cas ponctuels de bourrages d’urnes, ainsi qu’une centaine de bureaux de vote (sur la base des procès-verbaux de bureaux de vote observés dans les CELI le soir du vote) affichant des taux de participation de plus de 100% ».
 
11- Remise aux électeurs dans les zones réputées favorables à l’opposition des bulletins pré-marqués devant le logo du parti au pouvoir. Lors des dernières législatives, cette méthode a bien fonctionné dans les localités où le taux d’analphabétisme est très élevé. Dans le village de Dialia-Begbe dans le Haho-Sud par exemple, des bulletins pré-marqués ont été remis aux électeurs qui, sans rendre compte, ont voté devant le candidat de l’opposition. Conséquence, ces bulletins ont été déclarés nuls.
 
12- Présence de chefs de village dans les isoloirs pour influencer le choix des électeurs. Au Togo, les garants des us et coutumes ne font pas preuve de neutralité lors d’une compétition électorale. Ce sont des militants du parti au pouvoir qui font faire feu de tout bois pour que leur champion passe.
 
13-Corruption des représentants de l’opposition dans les bureaux de vote. Le jour du scrutin, les représentants du pouvoir ont tout à leur disposition alors que ceux de l’opposition manquent du minimum. Et ce sont souvent les délégués du pouvoir qui leur donnent parfois à manger. Il arrive aussi que les représentants sortent carrément du bureau avant d’aller chercher quelque chose à mettre sous la dent. Le temps de revenir, les autres ont déjà introduit plusieurs bulletins prévotés dans l’urne. Ayant profité de ces largesses, ils ne sont plus exigeants lors du dépouillement et assistent au travestissement des résultats. En cas de résistance, quelques billets craquants ou la promesse de leur offrir une moto suffisent qu’ils se ravisent. Ils sont même prêts à signer les procès-verbaux préétablis accordant la victoire au candidat du pouvoir.
 
13-Trucage des bureaux de vote (absence de scellés) pour donner lieu à invalidation dans certaines localités jugées hostiles au pouvoir.
 
14-Annulation des bulletins en faveur de l’opposition. Le « Yombo », cette teinture venue du Ghana tient son nom du fait que les premières teinturières criaient à la volée: « Yombo bê Gan », traduction: « il n’y a pas de vieilles femmes chez les Gan », entendez pas de cheveux blancs. Sachez que de petits malins délégués de bureaux de vote lors des élections au Togo se teintent les cheveux et lors des décomptes des bulletins font semblant de se gratter la tête, se l’étalent ainsi sur le pouce et le collent sur les bulletins. Résultat, le bulletin se retrouve avec deux voire des empreintes et est annulé. Une scène qui est récurrente dans les bureaux de vote favorables à l’opposition. L’autre stratégie consiste pour certains membres de BV à cacher la mine d’un stylo derrière l’oreille, et pour rendre nuls des bulletins favorables aux partis d’opposition, ils touchent la mine cachée avec leur index et apposent subtilement l’empreinte sur le bulletin. Conséquence, celui-ci est déclaré nul.
 
15-Obtention sous pression et payement de signature avant le vote. Ici, les représentants de l’opposition sont contraints de signer les procès verbaux avant le début du dépouillement. Des PV qui sont souvent utilisés ailleurs. Ces représentants de l’opposition, doivent être très vigilants et éviter d’éparpiller leur signature.
 
16-Instauration d’un climat de peur et d’incertitude qui dissuade les populations de suivre le dépouillement. Quoique le dépouillement soit public, il est parfois créé des situations de tension qui obligent les électeurs à se terrer chez eux.
 
17-Enlèvement et destruction des urnes. Au Togo, on parle de « sécurisation de l’urne ». Mais in fine, le contenu de l’urne « sécurisée » devient un mystère.
 
18- Perturbation des communications téléphoniques et de l’Internet pendant et après le dépouillement. Cette perturbation a commencé depuis quelques mois et rien n’est fait pour rectifier le tir. A l’allure où vont les choses, il faut aussi prévoir la coupure du courant électrique.
 
19-Arrestation et immobilisation des représentants et délégués de l’opposition à l’intérieur du pays.
 
20-Complicité des délégués de l’opposition dans les CELI dans le traficotage des résultats. Les représentants de l’opposition dans les Commissions électorales locales indépendantes (CELI) acceptent aussi de tronquer les résultats issus des urnes contre ceux issus du laboratoire de la fraude. On leur donne une partie de l’argent convenu dans un premier temps, quitte à prendre le reste après avoir contribué à l’échec des partis qui les a délégués. C’est ainsi que l’ex-UFC qui était en avance lors des législatives du 14 octobre 2007 dans plusieurs circonscriptions électorales, a fini par tout perdre pour se retrouver seulement avec 27 députés. Depuis, cette méthode est rééditée à chaque scrutin. Mais il arrive que cette promesse se révèle une promesse de Gascon. Et étant dans le faux, ils ne peuvent rien revendiquer. Voici ce qui s’est passé à Tandjouare lors de la présidentielle de 2010, le mea culpa d’un représentant de l’opposition : « A la veille de l’élection présidentielle de 2010, nous avions échangé avec les répondants du CAR et du PDR à la CELI respectivement Lamboni Falaton et MIDY Makilaouyali. Ils avaient accepté donner des consignes à leurs répondants membres des BV à œuvrer en faveur de son Excellence Faure Gnassingbé. Ceci avait été l’objet d’un mini-projet d’un montant de un million vingt mille francs CFA (1.020.000). Pour que chacun des deux membres de la CELI aient cent mille francs (100.000) chacun comme intéressement et les membres de BV à dix mille francs (10.000) chacun. Madame l’Honorable Bakali Yobaté en sa qualité de coordonnatrice de la campagne avait salué l’initiative. Mais, le scrutin aussitôt passé et les résultats provisoires donnés, au lieu de remettre la somme pour les bénéficiaires, dit au préfet de gérer après, la situation ».
 
21- Empêchement des Etats-majors de l’opposition de centraliser les résultats. En 2005, les forces de sécurité ont fait une descente le jour du scrutin à l’Etat-major de centralisation, molesté les techniciens et saisi tous les matériels. La même chose s’est passée après le scrutin présidentiel de 2010.
 
22- Centralisation des résultats. Beaucoup de magouilles sont à relever lors de la centralisation des résultats. « Du fait de l’engorgement produit par la sous-estimation des besoins organisationnels et par le réexamen de bulletins nuls dans plusieurs cas (notamment à Lomé Commune), des retards considérables ont été enregistrés dans les circonscriptions dotées d’un nombre important de bureaux de vote. La centralisation s’est ainsi étendue au mardi (16 octobre) dans les circonscriptions de Tône et des Lacs, au-delà dans celles de Golfe et de Lomé Commune. Pour réduire les temps d’attente devenus ingérables, les postes de réception et d’enregistrement des résultats ont été démultipliés mais selon une procédure improvisée ayant laissé de l’espace pour la production de données erronées et au prix d’une érosion de la transparence du processus qui a été relevée par les équipes d’observateurs présentes », indique le Rapport 2010 de la MOE UE.
 
Mais lors des législatives du 25 juillet 2013, le pouvoir a opté pour une autre méthode classique de fraudes. Il s’agit du système de centralisation et de traitement électronique des résultats (SUCCES) mis en place par Clément Aganahi, un expert en fraude électorale chassé du Tchad. Grâce à ce système, des résultats ont été publiés pendant que les CELI compilaient les résultats. Voici ce qu’écrit la Mission d’expertise de l’UE dans son rapport : « La CENI a organisé une soirée électorale le 25 juillet 2013 en marquant, par un exercice de relations publiques très protocolaire, la diffusion en temps réel de « résultats » parfois appelés tels, parfois appelés « tendances ». Cet exercice était le premier du genre au Togo. Ainsi, le jeu sur l’ambiguïté sémantique entre « des résultats » ou « les résultats » ou même les « tendances », a été entretenu, accentuant la confusion entre les chiffres des tendances obtenus par le système SUCCES (hors du cadre du Code électoral mais néanmoins annoncés par l’administration dans l’enceinte de la CENI) et les chiffres légalement reconnus, basés sur la remontée d’information par procès-verbaux. Il s’est agi d’occuper le terrain médiatique et politique sans être défié par des sources concurrentes (médias, partis politiques) et de présenter les premiers « résultats » uniques et « crédibles ». Il est préférable que l’administration électorale soit la seule source d’annonce des résultats partiels puis provisoires. En cela, elle peut éviter d’ouvrir des débats inflammatoires autour des chiffres. Mais encore faudrait-il que cette administration soit en mesure de révéler les résultats partiels et leur mode de collecte en toute transparence et crédibilité, pour éviter les débats autour de la collecte même des résultats et ouvrir la porte aux suspicions déjà existantes dans le public et l’opposition. Au-delà du flou légal entourant l’exercice SUCCES, son existence même n’a été révélée au public par la CENI que le jour suivant la veille du scrutin, et n’a été ni expliqué aux électeurs, ni n’a été développé de manière participative, notamment avec les partis d’opposition. Cet exemple illustre le fonctionnement de la communication externe de la CENI qui tend à confondre « transparence » et donc renforcement de sa crédibilité, et relations publiques à visée politique ». C’est pourquoi les partis de l’opposition ainsi que les organisations de la société civile doivent s’opposer par tous les moyens à ce système. Les partenaires du Togo ne doivent pas rester indifférents. La transparence et l’apaisement en dépendent.
 
23- L’utilisation d’un logiciel pour pomper les voix de l’opposition. Les experts en fraude électorales qui travaillent au sein de la CENI officieuse qui impose ses vues à la CENI officielle, ont confectionné un logiciel qui sert à ponctionner les voix de l’opposition. Il est le plus souvent utilisé dans les zones acquises à l’opposition. Avec ce logiciel, on peut demander à la machine de faire -15 000 voix au candidat de l’opposition contre +15 000 voix pour le candidat du pouvoir.
 
Voilà les quelque méthodes de fraudes qui doivent interpeller tout Togolais. La liste n’est pas exhaustive et il faut de la vigilance à tous les niveaux.
 
Zeus AZIADOUVO Liberté Togo
 
Sources : Rapports 2007 et 2010 de la MOE UE, Rapport de la Mission d’expertise de l’UE sur les législatives de 2013, Le Regard, témoignages, etc.
 

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Publié le 15 avril 2015


Catégorie(s) : Politique
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