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Togo : comprendre l’Emiratigate et le Blocus de Agba en Grèce en cinq questions réponses

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Sow Bertin Agba est bloqué à Athènes depuis le début du mois d’août. Alors que son audition d’extradition est prévue pour la semaine prochaine, Afrikaexpress vous explique en quelques questions le fond de l’affaire et les perspectives qui l’attendent. Si la probabilité qu’il revienne au Togo est faible, rien n’est exclu dans le cas qui est le sien. L’auteur de cet article a vu Agba en prison, a rencontré Gbikpi, Bodjona, Yusef et a échangé avec l’avocat de Le Floch-Prigent.
 
Abbas Yusef, Emirati et homme d’affaires vivant à Dubaï a été victime, il y a 5 ans d’une vaste escroquerie. Alors qu’il espérait pouvoir rendre service au Togo et se gaver de milliards en aidant Mounira Awa Bocoum, épouse Geï, femme supposée de l’ex général ivoirien, à sortir de la Banque centrale du Togo la somme d’un demi-millier de milliards de Cfa (1 milliards de dollars), il est victime d’un guet-apens où, au fil des semaines, il a mis plusieurs dizaines de millions de dollars. Dans une affaire à la nigériane, il devrait, pour gagner quelques centaines de milliards de Cfa, investir une demi-centaine de millions de dollars pour aider à la libération d’une somme gardée au secret par une personne décédée, notamment l’ancien président de la Côte d’ Ivoire. Sauf que dans le cas actuel, le compte n’existe pas, l’intéressé n’a aucune relation avec le Togo et l’argent n’est nulle part. L’Emirati, ancien colonel de l’air, né d’une famille modeste et ayant fait fortune en rencontrant par hasard un ex colon britannique qui l’a fait recruter dans l’armée alors qu’il était postier estime avoir perdu 48 millions de dollars. Les personnes accusées rejettent la somme, la moitié selon Gbikpi, complice et intermédiaire, à peine le tiers selon le Floch-Prigent, conseiller de la victime et fin manipulateur dans l’affaire, et moins du dixième selon Agba Bertin, le présumé escroc et instigateur du montage. Pascal Bodjona, ex ministre d’Etat togolais est inculpé dans la même affaire alors que sa culpabilité n’a jamais pu être formellement établie. Depuis cette affaire est devenue une saga d’Etat où Faure Gnassingbé tire les ficelles, entre officiers et conseillers interposés, Agba corrompt en jonglant avec les milliards, Loïc Le floch-Prigent écrit et dénonce, Gbikpi Benissan se cache et Abbas Yusef tente de sauver ce qui peut l’être sans y parvenir. Notre rédaction explique de fond en comble l’affaire et vous dit tout et tout de suite.
 
1) Que s’est-il passé exactement ?
 
En 2009, Sow Bertin Agba, homme d’affaire kabyè (ethnie du chef de l’Etat) et directeur d’une société de sécurité à Lomé aurait monté une affaire avec l’ex directeur général de la société pétrolière française Elf. Le Floch-Prigent amène à Dubaï un couple sulfureux, Awa Bocoum Mounira, supposé être l’épouse du Général Geï et Mamadou Keïta, son frère et complice, présenté comme le fils de l’ex homme fort d’Abidjan. Le fils supplie Abbas Yusef, un homme d’affaires Emirati de l’aider à sortir d’une banque centrale togolaise une somme d’argent importante. Entre 275 et 700 milliards selon diverses sources. L’ex patron de Elf a affirmé à Abbas Yusef, selon la déposition qu’il a faite lors de leur confrontation, avoir » vu lui-même l’argent en espèce dans une banque au Togo« . Il dira, pour s’excuser, » je me suis fait avoir, je suis victime comme Yusef » dans la même déposition dont nous avons copie. Yusef s’engage et y met, en 10 mois, près de 50 millions de dollars selon sa déposition au tribunal de Lomé et dont Afrikaexpress s’est procuré copie. Reçu au Togo lors d’une lugubre et suspecte audience, Yusef rencontre une fois Faure Gnassingbé, s’entretient avec Pascal Bodjona, croit à l’affaire et n’hésite plus à investir. De Lomé, l’argent passe par le Libéria, transite par Bruxelles et devrait atterrir à Paris où il n’arrivera jamais. A chaque étape, l’Emirati débourse quelques millions soit pour corrompre des douaniers supposés, soit pour obtenir une autorisation inexistante, soit pour une autre raison administrative qui n’est que le fruit de l’imagination fertile de ses bourreaux supposés. Grâce à un Conseiller de Faure Gnassingbé, l’affaire parvient au président de la République qui panique et qui, pour prouver sa bonne foi et sanctionner un ministre fragilisé dans son entourage, met la pression sur la justice pour que Pascal Bodjona soit mis en prison. Il reste aujourd’hui encore, inculpé.
 
2) Quel est le rôle de chacun des acteurs ?
 
Agba est l’instigateur et le metteur en scène. C’est lui qui aurait imaginé toute l’affaire, en bon escroc selon de fiables sources au Togo. Le système, les montages, les faux documents, la stratégie tout serait résultant de son imagination. Gbikpi Benissan, ancien ambassadeur du Togo au Ghana, a joué le rôle d’intermédiaire. Avec le soutien diplomatico-administratif de l’ambassade des Emirats à Paris, il a transporté entre 3 et 5 millions de dollars en espèce, pendant plusieurs voyages, entre Paris et Accra. Il a collaboré avec la justice et obtenu une certaine protection qui a fait qu’il n’a ni fait la prison, ni été dérangé par la justice togolaise. Il devrait pour cela servir à la justice une « certaine » version de l’affaire. Loïc Le Floch-prigent, l’ancien Directeur général de Elf, était lui conseiller de l’Emirati. Payé à 20.000 euros, logé au cœur de Paris, il était censé rapproché Denis Sassou Nguesso, son ami supposé de Abbas Yusef. C’est lui qui, le premier a voyagé à Lomé et a témoigné avoir vu l’argent dans des caisses noires dans une banque centrale à Lomé. Dans sa déposition à la justice dont nous avons copie, il évoque « être lui-même victime d’une affaire qu’il n’a comprise que bien plus tard« . Pour Abbas, il est le principal acteur, sans qui, « le mal ne serait jamais arrivé« . Il a écrit un livre dans lequel il tente d’établir son innocence. L’Ivoiro-malienne Mounira et le Nigeriano-ivoirien Mamadou Keïta sont supposés être l’épouse et le fils du titulaire du mystérieux compte où se trouvait l’argent en question. L’épouse supposée, aujourd’hui mère de deux enfants et vivant entre Bamako et Abidjan aurait été driblé, selon elle, par le groupe et réduite à la précarité. Son fils supposé, qui est plutôt un cousin à elle, se serait évaporé dans la nature avec la part commune qui leur revient.
 
3) Quels sont les rôles de Bonfoh et de Bodjona ?
 
Le premier est le musulman utilisé pour appâter l’autre musulman, pratiquant émirati. Puisque les musulmans sont sensés se faire confiance, ça marche. Le second est le ministre utilisé pour crédibiliser l’affaire. A son insu selon ses avocats et un témoignage de Agba Bertin lui-même à la justice. « S’il n’avait pas eu un ministre, j’aurais douté« , a confié Abbas Yusef à Afrikaexpress. Lors de son passage à Lomé, Yusef a rencontré Bodjona. Les deux n’ont pas évoqué clairement l’affaire. Pascal Bodjona ne lui aurait, en aucun moment, dit quoique ce soit pour le rassurer. « Mais comme il était avec l’escroc, je n’avais plus à douter » a confié Yusef qui dit lui en vouloir. L’ex ministre a tout de même accepté un cadeau, une montre de luxe. Si Abbas Yusef affirme être le donateur, le ministre aurait cru que c’est son cousin, Bertin Agba qui lui a fait le cadeau. Un flou plane sur cet aspect. Abbas Bonfoh a quant à lui reçu Abbas Yusef à son bureau du parlement. Et ce jour, il a appelé Agba « Monsieur le Ministre » pour rassurer Yusef, selon les consignes qu’il aurait reçues un peu plus tôt. Il recevra aussi en cadeau, tout comme Bodjona, une montre rolex dont la valeur tourne autour de 32.000 euros. Certaines sources évoquent 20.00 euros. Abbas Yusef qui a acheté plusieurs de ces montres en gros ne se souvient plus du coût exact. « C’est Agba qui les a choisies et j’ai juste acheté » marque-t-il.
 
4) Pourquoi Abbas Yusef s’est permis de débourser autant d’argent ?
 
Le fait qu’il ait misé aussi gros est bien suspect. Sur ce sujet, il peut avoir du mal à se défendre. Mais il ne faut pas oublier qu’au-delà de Bodjona dont l’image a été sans doute utilisée par Agba « avec son consentement » selon le ministère public, « sans son consentement » selon ses proches. Mais Yusef explique ses colossaux investissements par le fait qu’étant lui-même propriétaire d’une société de gestion de fonds, il voulait retirer cet argent en « toute légalité » et la gérer pour la famille Gueï. Il serait de bonne foi selon ses avocats pour qui, « cet homme intègre voulait rendre service« . Il pense ainsi, selon ses dires, rendre service au Togo et à l’Afrique. Depuis plusieurs décennies, il était à la tête d’une société qui gère des fortunes notamment du Golfe et de l’Amérique en Suisse. L’escroquerie, c’est comme un engrenage, quand vous avez mis quelques millions, vous êtes prêts à miser autant que possible pour rentabiliser « votre investissement ». Il en a pris à ses dépens. Aujourd’hui, après avoir perdu une bonne partie de sa fortune, cet ancien colonel de l’armée de l’air reconstruit son patrimoine, avec divers projets.
 
5) Agba sera-t-il extradé vers le Togo ?
 
Il a été interpellé en Grèce. Il n’est pas en prison, il est en liberté et pourrait être arrêté à tout moment. Le Togo a du mal à convaincre la Grèce de l’extrader, compte tenu du passé d’Etat tortionnaire qui est collé au pays de Faure Gnassingbé. La Grèce est surprise par le fait qu’il ait déjà fait 33 mois de prison pour une affaire dans laquelle il ne devrait pas faire plus de 30 mois et ne comprend pas que le Togo le réclame avec autant de hargne. Il dispose de trois passeports, un ordinaire Ghanéen, un diplomatique ghanéen et un passeport de refugié certifié par le Haut-commissariat de l’Onu pour les réfugiés. Athènes voudrait bien faire plaisir au Togo en l’expulsant, mais ses avocats se mobilisent et aux dernières nouvelles, le Ghana, « son » pays réclame son retour au bercail. Il devrait pouvoir s’en sortir avec un peu de chance, mais Faure Gnassingbé n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Ce serait l’occasion pour lui d’obtenir la condamnation de Pascal Bodjona pour que ce dernier ne soit pas candidat en 2015 contre lui. En milieu de semaine prochaine, le Togo sera définitivement fixé sur le sort réservé à son « escroc ».
 
Afrikaexpress.info
 

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Publié le 13 août 2014


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"Je suis Jean-Pierre FABRE, je ne suis pas à vendre ni à acheter. Je ne vénère pas l'argent."



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