04 avril 2012-04 avril 2013 : Bilan, contraintes, défis et perspectives d’une lutte citoyenne inextinguible du CST

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Quelque peu éteinte, la flamme de la lutte du peuple togolais pour plus de libertés, de droits et surtout l’alternance politique, a été ravivée depuis le 04 avril 2012, une date mémorable en ce qu’elle a acté la naissance du Collectif « Sauvons le Togo » (CST), un regroupement citoyen de partis politiques et d’organisations politiques de l’opposition. Aujourd’hui il a un an. Douze mois d’activités dont il sied de dresser le bilan, analyser les contraintes qui ont plombé ses objectifs et faire un focus sur ses défis et perspectives.

C’est à travers une grande marche aujourd’hui que le CST va marquer le premier anniversaire de sa naissance. Une naissance qui scelle la confiance retrouvée entre certaines organisations politiques, celles de la société civile et des associations de défense des droits de l’Homme. Il y a un an, en effet, représentants de l’Alliance Nationale pour le Changement(ANC), de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS), du Pacte Socialiste pour le Renouveau(PSR), de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI); ceux de l’Association des Journalistes pour les Doits de l’Homme (JDHO), de SOS Journalistes en Danger et enfin des associations de défense des droits de l’Homme à savoir le CACIT, la LTDH, l’ACAT-Togo, l’ATDH, l’ATDPDH et la CTDDH ont donné rendez-vous à la presse à « Brother Home » pour porter à sa connaissance et par-delà de toute l’opinion, la bonne nouvelle de la création de ce mouvement qui se veut citoyen. Le CAR et la CDPA, pour une divergence de vue avec les autres, notamment sur la vocation électoraliste dudit mouvement, n’avaient pas apposé leur signature sur la charte constitutive. Ils constitueront plus tard une coalition répondant à leurs attentes, la Coalition Arc-en-ciel dont le principe fondateur, le socle reste une alliance électorale.

Pour éviter des actes de trahison au sein du groupe, une cérémonie scellant leur pacte a été faite au pied du monument de l’Indépendance, après une première tentative empêchée et dispersée par les forces répressives. Depuis lors, le CST qui a réussi à relever le défi de la remobilisation des Togolais autour des idéaux démocratiques, a initié plusieurs actions couronnées de succès.

Un an, un bilan positif !

Premier cheval de bataille du CST, l’organisation du scrutin législatif à venir sur une base consensuelle avec en toile de fond l’épineuse question du reliquat des réformes constitutionnelles et institutionnelles à réaliser. Un discours qui horripile le ministre de l’Administration territoriale d’alors, le tout-puissant Pascal Akoussoulèlou Bodjona, quelques mois avant son éjection-sanction. Celui-ci oppose aux leaders du CST un rigorisme constitutionnel et brandit le risque d’un vide constitutionnel à la fin de la législature en cours. Exigence de respecter le délai constitutionnel et celle d’opérer les réformes, voilà les deux préoccupations contradictoires autour desquelles s’organise désormais la bataille rangée entre le gouvernement et le CST.

Mais à ce jour, bien que le mandat des députés élus lors des législatives d’octobre 2007 soit arrivé à échéance depuis fin octobre 2012, nul ne peut dire à quelle date se tiendra le scrutin législatif. Le CST a donc toute raison d’accrocher à son tableau de révendications, le report du scrutin. Et ceci, quoique l’une des étapes cruciales du processus, matérialisée par le recensement électoral, soit en cours et, se déroule dans un climat où l’opposition dénonce, preuve à l’appui, les manœuvres de fraude du pouvoir.

Le succès de ses actions, le CST le tire de sa légitimité et de l’adhésion de la masse populaire à ses visions. Des manifestations pacifiques ayant enregistré des marées humaines ont été organisées, une façon pour ce mouvement d’équilibrer, ou du moins, de tenter d’équilibrer les forces en présence. Le pic a été atteint le 12 juin 2012 où près d’un demi-million de Togolais ont pris d’assaut le carrefour Deckon. Une mobilisation qui a été le détonateur de la répression à grande échelle qu’il y a eu. Des indiscrétions ont assuré que Faure Gnassingbé et les siens ont eu une peur panique en voyant autant de Togolais décrier leur gouvernance.

Un autre acquis du CST reste la rétrocession partielle par le pouvoir, des fonds extorqués par les éléments de l’ANR aux trente-trois commerçants d’Adawlato. Sans toutefois dénier aux avocats le travail titanesque qu’ils ont abattu dans ce sens, il y a tout lieu de rappeler que le CST avait fait de la rétrocession à ces commerçants de leurs fonds, un motif de belligérance. Ce seul argument suffit d’ailleurs à qualifier d’ubuesque la charge que fait planer le pouvoir sur les leaders du CST, à savoir leur implication dans le dossier d’incendies des marchés du Togo. Ceux qui se sont battus pour que ces femmes du grand marché récupèrent leurs fonds peuvent-ils inhiber le fruit de leurs efforts et leurs moyens de subsistance en commanditant un acte aussi crapuleux que celui des incendies des marchés ? Même le bon sens règle cette question.

Mais démentant Descartes qui considère le bon sens comme la chose la mieux partagée, certains esprits ont soutenu cette accusation becs et ongles. Jusqu’à l’éclatement de la vérité. Une vérité systématisée par les dernières déclarations de Mohamed Loum d’après lesquelles l’inculpation des leaders du CST dans cette sordide affaire relève plus d’un montage que d’un souci de faire la lumière sur ce drame. Au nom de quoi Gérard Adja et bien d’autres personnes interpellées dans ce dossier croupissent-ils toujours dans leur cellule à la Gendarmerie nationale ou à la prison civile de Lomé ? Selon Essolissam Poyodi, l’heure est à la vérification des déclarations de Mohamed Loum, l’homme à l’origine des misères faites au CST. La même vérification avait-elle été faite lorsque ce jeune manipulé témoignait à charge ?

Des contraintes colossales !

Au cours des douze mois passés, et à l’image du traitement réservé à ses leaders suite à la survenue des incendies, le CST a été maintes fois la cible des attaques du pouvoir, sous le prétexte de maintien de l’ordre public. Un motif jugé fallacieux par les responsables de ce mouvement.

Et tout est parti d’un déni de légitimité et de représentativité à ce regroupement. A l’instar du traitement que le gouvernement réserve à la Synergie des Travailleurs du Togo. Selon le pouvoir, le CST ne pouvait discuter avec lui. Par la suite, il a mis en branle sa méthode qui lui réussit à tous les coups ou enfin presque. La corruption des têtes du mouvement ou la mise en oeuvre des manœuvres de division. Confirmant ainsi son assimilation du « divide et impera », la formule du « diviser pour mieux régner » de Machiavel dans « Le Prince ». On se rappelle que Zeus Ajavon, ès qualité de Coordonnateur du mouvement avait été embarqué par les soins du Col. Yotroféï Massina, destination le Palais de la Présidence où l’attendait Faure Gnassingbé. Informés après coup, les autres leaders du mouvement n’avaient pas digéré cette attitude du Coordonnateur, étant entendu que toute initiative devait être décidée sur une base de concertation. Le risque d’une désintégration du groupe avait plané. Faure Gnassingbé avait presque réussi son coup. Presque, car cette première secousse, cette première épreuve grandeur nature, le CST l’a remportée. Toujours dans sa logique de division du mouvement, le gouvernement envoyait des invitations à certaines formations politiques qui en sont membres et ignorait, du coup, les autres. Mais la concertation étant définie comme mode de prise des décisions, le CST a brillé dans ces genres de circonstances par l’adoption d’une position harmonieuse. A noter que si sous pression du HCDH, l’ACAT-Togo s’est retirée du mouvement, celui-ci a été renforcé par l’adhésion de « Ensemble pour les Droits de l’Homme » de Me Jil-Benoît Afangbédji, après sa mise en minorité au sein d’ACAT-Togo et l’ASVITTO. Le Mouvement des Républicains Centristes (MRC) d’Abbas Kaboua a aussi fait une entrée en fanfare au sein de ce mouvement et depuis lors, chacune de ses sorties ou prises de parole lors des manifestations publiques est accueillie par des vivats et des salves d’applaudissements, tant il a de secrets d’Alcôves à partager, dénudant ainsi le régime.

L’hostilité systématique du pouvoir à l’égard du CST a été encore patente lorsqu’à la naissance de la Coalition Arc-en-ciel, les flagorneurs du régime s’étaient empressés de s’exclamer : «enfin Arthème Ahoomey-Zunu a un interlocuteur crédible !» D’autres encore, nommément le site « republicoftogo », se félicitaient de ce que cette coalition allait ravir la vedette au CST, confirmant du coup à l’époque les soupçons – dissipés par la suite-, que ce regroupement sortait tout droit du laboratoire du pouvoir, en combine avec certains leaders de l’opposition. Pour rappel, une brève jonction entre les deux fronts a été faite à un certain moment.

L’autre contrainte du CST, c’étaient les violences policières qui rythmaient chacune de ses manifestations publiques. La bataille rangée entre pouvoir et CST autour de la place Déckon, se terminait en des scènes d’affrontements marquées par des tirs de grenades lacrymogènes du côté des forces de répression et jets de projectiles du côté des manifestants. On notera en outre l’assignation de fait à domicile de Jean-Pierre Fabre, la violation de son domicile par les forces dites de sécurité. Le point culminant dans cette répression aveugle restera l’entrée en scène des miliciens du pouvoir au quartier Tokoin-Doumasséssé, encore dénommé Adewui, point de rassemblement de la manifestation conjointe du FRAC et du CST. C’était le samedi 15 septembre 2012. A ce jour, les agresseurs, pas du tout inconnus des services de Sécurité du Togo n’ont jamais été inquiétés. Cette affaire semble banalisée. Rien d’étonnant au demeurant, vu que c’était sous les regards complices des éléments de la Gendarmerie nationale que ces jeunes visiblement détraqués avaient agi.

D’énormes défis à relever !

Le vaste chantier des réformes reste entier. En lieu et place des réformes constitutionnelles et institutionnelles, le pouvoir procède à des « réformettes », avec l’appui de ses partis satellites. Se trompant ainsi d’interlocuteurs. Puisqu’en principe, lorsqu’un groupe pose des revendications, c’est avec lui qu’on engage des discussions. Non avec ceux qui se contentent du statu quo ou mieux, crient que tout va pour le mieux. Aujourd’hui encore, le CST et la Coalition Arc-en-ciel exigent les réformes consensuelles avant toute élection. Le slogan du CST est bien sûr : « Pas d’élections sans les réformes ». L’Union Européenne aussi fait sienne cette exigence et conditionne son appui à ce processus électoral à la formalisation des recommandations prescrites par ses Missions d’Observation Electorale de 2007 et 2010.D’un autre côté, c’est le Protocole additionnel de la CEDEAO qui apporte de l’eau au moulin du CST, sur le consensus qui doit prévaloir au sujet des réformes à opérer et la façon de les faire, vu que l’on est à six mois ou même moins, du scrutin électoral. Mais le pouvoir sera-t-il respectueux des textes juridiques ? De quel autre moyen de pression dispose le CST ? Il ne serait pas superfétatoire de souligner que « Faure must go » !, reste non seulement le défi le plus titanesque, mais aussi le défi ultime du CST. Pourra-t-il le relever ? A quelle échéance ?

En attendant, il vaut mieux savourer les succès. Joyeux anniversaire au CST.

Magnanus FREEMAN

liberte Togo