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2020 et problématique de l’alternance : Fébrilité sur fond de paranoïa du pouvoir RPT/UNIR

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C’est une constante, le régime cinquantenaire en place est allergique à la démocratie et à l’alternance. Avec l’imminence de la présidentielle de 2020 et son enjeu principal, l’alternance à la tête du pays après un demi-siècle de monocratie, cette allergie vire manifestement à la phobie, et carrément à la paranoïa. La moindre action politique est vue comme une menace pour la conquête du 4e mandat par le « Prince » « champion » de la boulimie du pouvoir et son fauteuil personnel. Entre autres illustrations, le traitement réservé aux membres du mouvement « Tournons La Page » …

L’information a fait le buzz. Des membres du mouvement « Tournons La Page » qui devraient venir au Togo, ont été simplement interdits d’entrée sur le territoire. Il s’agissait du Coordonnateur de la branche Côte d’Ivoire Alexandre Didier Amani, bloqué à l’aéroport d’Abidjan et empêché de prendre le vol devant l’amener à Lomé. Pareil pour son collègue du Niger MaikoulZodi et un autre membre Karim Tanko. Décidés à rallier coûte que coûte Lomé, et croyant pouvoir ainsi contourner l’interdiction d’embarquement, ces deux derniers vont choisir de prendre la route. Mais ils seront surpris d’être bloqués à la frontière Togo-Bénin et reconduits à Cotonou. Toutes les dispositions étaient donc prises pour empêcher ces activistes d’entrer sur le territoire togolais quel qu’en soit le moyen (aérien, terrestre, maritime, et même sous-marin ou souterrain).

La nouvelle avait surpris plus d’un et fait braquer une fois de plus les projecteurs du monde entier sur le Togo, pas du tout raté par les organisations de défense des droits de l’Homme dans leurs différentes réactions de condamnation. « Cette inacceptable interdiction montre jusqu’où les autorités togolaises sont prêtes à aller pour s’opposer à tout suivi indépendant de la situation des droits humains », a pesté Marceau Sivieude, Directeur régional adjoint pour l’Afrique de l’Ouest et centrale à Amnesty International. C’était en somme une très mauvaise publicité pour le régime de Lomé, déjà pas une référence en matière de respect des droits humains et tancé ces derniers temps par les instances onusiennes sur  les restrictions des libertés de manifestation (loi Boukpessi du 7 août dernier que des rapporteurs du Haut-commissariat des Nations aux Droits de l’Homme demandent de relire, mais refus du pouvoir de Lomé ; le Comité contre la torture ordonnait la fermeture pure et simple de la prison civile de Lomé suite à la présentation du 3e rapport périodique du Togo).

Comment empêcher de simples activistes des droits humains de rallier Lomé pour une activité qui n’a rien de subversif ? Le commun des Togolais était perdu dans les questionnements. Mais l’on comprendra plus tard à travers des sorties du Front citoyen Togo Debout (FCTD) et de la Synergie de l’Intelligentsia pour des Actions en faveur des Droits de l’Homme (SIADH),  les motivations de cette interdiction scélérate. Ces deux organisations de la société civile togolaise devraient faire officiellement leur adhésion au mouvement « Tournons La Page », faisant du Togo le 10e pays membre, et les trois activistes venaient à Lomé pour assister à la cérémonie. Malgré toutes les entraves, le FCTD et la SIADH ont proclamé officiellement leur adhésion au mouvement « Tournons La Page ».

Cette réaction ridicule du pouvoir Faure Gnassingbé est simplement révélatrice de son état d’esprit, en rapport avec la cruciale élection présidentielle de 2020. Le régime est fébrile avec l’imminence de ce scrutin décisif pour l’alternance à la tête du Togo, après un demi-siècle de régence du clan Gnassingbé. En termes de préparatifs, si on ne saurait prédire une victoire de l’« homme simple » qui veut briguer un 4e mandat dans une démocratie (sic), après quinze (15) ans de pouvoir et trente-huit (38) de son père, prolongeant ainsi le règne du régime familial, il faut au moins avouer qu’il part avec plusieurs longueurs d’avance. Institutions électorales aux ordres, moyens illimités de corruption et d’achats des consciences, soldatesque disponible pour imposer le hold-up comme en 2005…le pouvoir a tout pour imposer son diktat. Comme pour arranger les affaires du « Prince », l’opposition n’arrive pas à s’entendre sur l’essentiel. Il y a également la communauté internationale que le pouvoir de Lomé a dans la poche.

Même si par extraordinaire, les forces démocratiques parvenaient à surprendre agréablement à la fin, le régime RPT/UNIR a encore toutes les cartes en mains pour décider du sort du scrutin. Mais manifestement, le pouvoir est comme sous l’emprise d’une phobie. Cette fébrilité vire même à la paranoïa. Il voit  en tout et partout une menace aux desseins obscurs du « Prince », la conquête d’un 4e mandat…Même une simple adhésion d’organisations de la société civile, qu’il empêche d’ailleurs déjà aisément d’accomplir leurs activités régaliennes en interdisant de façon abusive certaines de leurs manifestations. La simple dénomination du mouvement « Tournons la Page » crée une épouvante au sein du sérail. De même que sa mission : promotion de l’alternance démocratique sur le continent africain en proie à des règnes élastiques. Une Afrique où les populations sont réellement représentées par leurs élus ; où ces derniers sont redevables auprès des citoyens ; un continent où les textes législatifs nationaux, notamment les constitutions, ne sont pas modifiés pour permettre aux dirigeants de se maintenir au pouvoir ; où une réelle alternance politique est possible et respectée ; et où tous les citoyens sont égaux devant la justice et où leurs droits sont respectés. Voilà les rêves du mouvement, et on peut donc « comprendre » que ces simples mots fassent faire les « gouvernards » de Lomé dans leurs frocs…Et, le plus cocasse, on va jusqu’à parler de « raison d’Etat ». Dans la foulée, c’est  «la bouche qui dit tout » du pouvoir, YarkDamehame, qui est venu darder : « Le mouvement en question n’a aucune base juridique. Nous ne pouvons pas accepter ces genres de choses chez nous (…) Ils n’ont qu’à aller faire leur chose ailleurs. Le Togo n’est pas un terrain d’expérimentation ». Pathétique !

Au demeurant, le régime en place voit en tout une menace pour les rêves du Prince, et est prêt à tout pour l’éliminer. Et pourtant des pions sérieux sont d’ores et déjà écartés de la course en 2020. Faut-il le rappeler, François Boko, la menace n°1, est d’ores et déjà forclos pour cette élection,  écarté depuis. Alors même que Faure Gnassingbé était consentant à son retour, le régime de Lomé fit volte-face le jour J. On était allé jusqu’à user de menaces de non atterrissage de l’avion de la compagnie Air France devant le ramener. A côté, l’ancien ministre Pascal Bodjona est aussi écarté de fait, avec l’avant-goût du rejet de son dossier de candidature aux élections locales. TikpiAtchadam, lui, est envoyé sur les chemins de l’exil… C’étaient là les nouvelles menaces sérieuses. Même s’il les a toutes éliminées de fait, le « Prince » n’est visiblement pas serein. A cette allure, il est capable même de s’en prendre à sa propre ombre qui se rapprocherait de son fauteuil, avant de s’en rendre compte…

Tino Kossi

source : Liberté

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