5 mois de galère accentués par la crise de la Covid-19 : Les balayeurs de rue du Grand Lomé meurent de faim

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Le gouvernement togolais a-t-il vraiment voulu mettre en œuvre la décentralisation de l’administration ? Plusieurs mois après la mise en place des nouvelles communes, la question de leur opérationnalité se pose. De jour en jour, de nombreuses difficultés apparaissent dans le fonctionnement des mairies, impactant ainsi les populations de ces communes, mais aussi les agents de la municipalité ainsi que leurs partenaires prestataires.

Tous les jours, nous croisons des hommes et des femmes sur les routes en train de les entretenir. S’ils sont pour la majorité des personnes d’un âge un peu avancé, on retrouve également des jeunes parmi les balayeurs de rue. Point n’est besoin de revenir sur les conditions difficiles dans lesquelles ils exercent, puisqu’ils n’ont souvent pour seule protection des tissus noués autour du cou pour se couvrir le nez de la poussière. Pour la plupart, l’employeur ne se soucie guère de leur procurer du lait ou tout autre produit pouvant annihiler l’effet de la poussière qu’ils inhalent chaque fois qu’ils sont sur la route. Même la pandémie du coronavirus qui sévit actuellement dans le monde n’a pas permis d’améliorer leurs conditions de travail.

Malgré les conditions difficiles dans lesquelles ils travaillent, les balayeurs de rue doivent faire face à une autre difficulté, le non paiement des salaires. Et pour cause, depuis plusieurs mois, de nombreuses communes du Grand Lomé peinent à honorer les salaires des balayeurs. Certaines aux mains de militants de renom du RPT/UNIR doivent jusqu’à 5 mois de salaires. « C’est depuis janvier que les salaires ont cessé pour des raisons que nous ignorons. Nous avons fait des démarches auprès de l’employeur, mais nous n’avons rien obtenu. Nous ne comprenons pas ce qui se passe. Nous avons faim et nous risquons de mourir », se plaint un balayeur.

« Chez nous, c’est pratiquement la même chose. Nous avons plusieurs mois d’arriérés de salaires et nos patrons nous disent toujours d’attendre. Pour autant, le travail pour lequel nous avons été recrutés, nous le faisons toujours. Nous sommes désespérés », indique un autre. Ce dernier déplore aussi l’exploitation dont ils sont victimes. « Quand l’occasion se présente, ils nous envoient grossir les rangs des militants du parti au pouvoir. Pendant la campagne de l’élection présidentielle, nous avons été contraints de participer aux meetings alors que notre tâche, c’est le balayage des rues », s’indigne la source.

Devant cette situation, les balayeurs disent avoir été en contact avec le préfet du Golfe et une rencontre a eu lieu en présence des maires dont celui du Golfe 5, Kossi Aboka. « Quand ils nous ont reçus, ils ont fait la promesse de nous payer, mais depuis 2 mois, cette promesse n’est pas tenue. Nous espérons toujours qu’on nous appelle pour qu’on nous paie. Certains collègues qui ont manifesté ouvertement leur mécontentement ont été payés et licenciés. D’ailleurs, nous n’avons signé aucun contrat », rapporte une balayeuse.

Pour vérifier l’information, nous avons contacté quelques responsables d’entreprises en charge du balayage des routes dans le Grand Lomé. D’après les informations recueillies, les difficultés de paiement sont apparues suite à l’installation des élus locaux. De nombreuses communes n’ont simplement pas mis à la disposition des entreprises de balayage les fonds destinés à payer les agents employés à cette tâche. « Nous sommes en difficulté à cause du défaut de paiement. Le problème est général pour toutes les entreprises. Nous compatissons avec eux et nous espérons que les fonds seront bientôt disponibles pour les payer. Nous sommes en train de faire des négociations dans ce sens », témoigne un chef d’entreprise.

Finalement, on est tenté de se demander si les financements obtenus par le Togo dans le processus de décentralisation sont utilisés convenablement. Ces difficultés reflètent, en outre, la réticence du régime à déléguer son pouvoir aux élus locaux. Le plus important dans cette affaire, ce sont les difficultés quotidiennes des travailleurs dans le contexte actuel du coronavirus.    

G.A. / Liberté

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