Affaire d’incendies : Le Parti Socialiste exige la « libération immédiate » des opposants interpellés

francoishollande-500Une injonction vraisemblablement liée aux conclusions des experts français
Les ténèbres ont beau submerger la VERITE, elle finit toujours par s’imposer. Cet adage biblique est en train de faire son effet dans l’affaire des incendies. La VERITE, ou plutôt le montage grotesque du pouvoir Faure Gnassingbé et le harcèlement dont sont victimes les leaders et militants du Collectif « Sauvons le Togo », on s’en rend compte même à l’international. Le cas du Parti Socialiste français qui parle d’« arbitraire » et exige, à travers un communiqué de presse au titre évocateur, « Togo : Démocratie bafouée », l’élargissement sans délai des leaders et membres du Collectif « Sauvons le Togo » interpellés dans cette affaire.

Le PS fustige l’arbitraire…

« Le Parti socialiste observe avec inquiétude la vague d’arrestations d’opposants politiques orchestrée depuis un mois par le pouvoir en place », fait remarquer la PS français, à travers un communiqué de presse en date du mercredi 13 février, signé de ses Secrétaires national à l’Europe et à l’International, Jean-Christophe Cambadélis, et nationale aux droits de l’Homme, Axelle Lemaire. Le parti « dénonce l’arbitraire manifeste de ces arrestations qui visent essentiellement les personnalités du Collectif « Sauvons le Togo » et d’autres membres de l’opposition ». Il n’y voit rien d’autre qu’un acharnement du pouvoir en place contre des hommes et femmes qui se sont engagés à faire de l’opposition à Faure Gnassingbé, pour, comme s’en est aperçue l’opinion nationale, les empêcher de participer dans les conditions idéales aux prochaines échéances électorales. Ainsi, le PS demande « leur libération immédiate ». Conscient de cet enjeu, mais aussi de l’importance du rôle que joue le CST, comme pour l’encourager sur la voie choisie, le Parti Socialiste « exprime sa solidarité avec tous les Togolais démocrates et issus de la société civile en lutte pour la démocratie, contre la mauvaise gouvernance et l’impunité au Togo ».

…et réclame un dialogue sincère

Ce n’est pas seulement la croisade du pouvoir contre le CST qui a préoccupé le Parti Socialiste français. Il a aussi été interpellé par les prochaines élections législatives, l’enjeu caché de cet acharnement contre l’opposition. Convaincu des vertus du dialogue dans la résolution de la crise politique togolaise, et bien instruit de la mauvaise foi dont a toujours fait preuve le pouvoir Faure Gnassingbé dans les différentes tentatives de discussions, le PS « appelle les autorités togolaises à permettre la relance d’un dialogue politique sincère et inclusif ». Et pour la transparence et l’équité du prochain scrutin législatif, le parti appelle les gouvernants « à mettre en œuvre d’urgence les recommandations des missions d’observations de l’Union européenne en faveur d’une réforme électorale ».

Cinglant camouflet pour Faure Gnassingbé

En boxe, on parlera de double uppercut ou de crochet-direct. Eh oui, cette sortie du PS français est un cinglant camouflet pour Faure Gnassingbé. L’affaire des incendies, les Togolais doués de bon sens – sauf les journaleux de la République – y ont vu très tôt un montage grotesque du pouvoir pour coincer ses empêcheurs de biaiser les prochaines élections et décapiter le Collectif « Sauvons le Togo » au regard de l’orientation des enquêtes. Malgré la machine médiatique déployée par le pouvoir, les mises en scène du Procureur de la République, Essolissam Poyodi, et du ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Col Yark Daméhame, on s’aperçoit finalement à l’international de la légèreté des accusations portées contre le Collectif « Sauvons le Togo ». Et, le plus cocasse pour le pouvoir, cette sortie du PS intervient quelques jours seulement après la tournée improvisée par le Premier ministre de décor, Arthème Ahoomey-Zunu à travers les grandes capitales européennes dont Paris, pour présenter les leaders du Cst interpellés comme les pyromanes et salir davantage l’image du Collectif vis-à-vis de la communauté internationale. Quand on sait que la France a dépêché au service du Togo deux de ses experts pour rechercher les causes des incendies, pour nombre d’observateurs, cette fermeté du PS serait liée aux conclusions des recherches – sans doute connues par le pouvoir français mais pas encore rendues publiques-. En tout cas, c’est tout le montage grotesque du pouvoir Faure Gnassingbé pour coincer ses opposants qui s’écroule, comme un château de cartes. C’est l’effet boomerang et finalement, la communauté internationale connaît le vrai diable dans cette histoire.
Par rapport aux législatives aussi, cette sortie du PS met le Prince de la République en très mauvaise posture. Il ne peut plus organiser le scrutin comme il le fait actuellement. Il est contraint d’organiser un dialogue « sincère » avec ses vrais opposants qu’il tentait jusqu’à présent de coincer, et d’opérer les réformes recommandées pour des élections démocratiques. Et dans cette perspective, le Parti Socialiste français demande à Faure Gnassingbé de matérialiser les recommandations des missions d’observation électorale de l’Union européenne de 2007 et 2010. Et parmi celles-ci, la composition équilibrée de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) entre le pouvoir et l’opposition, et surtout un découpage électoral équitable. Justement dans la Céni qui va organiser le scrutin, ce sont à peine trois sièges qui sont réservés à l’opposition, sur les dix-neuf (19) qui la composent ; et le découpage élaboré et adopté reste aussi inique qu’en 2007. Faure Gnassingbé est donc appelé à revoir sa copie.
Cette sortie du PS est une victoire pour le Cst et le peuple togolais. Car non seulement ses leaders arrêtés dans cette histoire d’incendies se voient en quelque sorte blanchis, mais en plus c’est une grande pression exercée sur le Prince de la République. Il est en position très inconfortable d’autant plus qu’il s’agit du parti de l’actuel locataire de l’Elysée, François Hollande. C’est donc la position de la France officielle sur ces deux dossiers qui est ainsi exprimée à travers cette sortie, et difficile pour Faure Gnassingbé de s’y dérober. Mais connaissant le pouvoir en place au Togo, le Prince de la République va-t-il se plier à ces « injonctions » du parti de Hollande ? On ne peut gager de rien. Mais une chose est certaine, cette sortie du Parti Socialiste français est un énorme désaveu pour Faure Gnassingbé.
Tino Kossi
liberte-togo