Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson : « Rien ne justifie qu’on procède à une réforme bancale qui, aux yeux de nos populations, apparaîtra comme un non évènement »



Gouvernement et responsables de certains partis politiques d’opposition sont à couteaux tirés depuis quelques jours sur un projet de code électoral et un avant-projet de loi organique portant de 81 à 91, le nombre de députés pour la prochaine législature.

Ces textes ont été examinés et adoptés par le gouvernement en Conseil des ministres le mois dernier.
Le dialogue initié par le Premier ministre Gilbert Fossoun depuis lundi en vue de trouver un terrain d’entente, est boycotté par les « poids lourds » de l’opposition dont l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) de Jean Pierre Fabre et le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) de Me Dodji Apévon.
La Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) de Léopold Gnininvi qui prenait part aux discussions s’est aussi retirée mardi, peu avant la fin des débats.
Pourquoi ce retrait ? Cet acte n’est-il pas lié à des pressions au sein du Collectif « Sauvons le Togo » ? N’est-il pas temps de se focaliser sur les recommandations de l’Union européenne au lieu de procéder aux réformes de manière globale ? Tant de questions posées à Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson par l’Agence Savoir News dans une interview exclusive.
Savoir News : Mardi dernier, la CDPA s’est retirée de la salle peu avant la clôture des débats. A la CPDA, c’est fini pour ce dialogue ?
Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson : La CDPA ne refuse jamais le dialogue. Nous nous sommes retirés mardi avant même que les discussions ne commencent sur le fond des réformes à faire, parce que nous ne sommes pas d’accord avec la démarche du gouvernement qui consiste à faire des réformes partielles, des réformes qui finalement, donnent des textes bancals dans lesquels tout n’est pas réglé, des textes qui se trouvent parfois en contradiction avec la loi fondamentale.
Cette démarche qui a été, de tout temps suivie dans ce pays, nous ne la cautionnerons plus. Nous n’accepterons plus qu’on remette à plus tard, la recherche des solutions aux problèmes de fond que nous avons, sous prétexte de l’urgence. Rien ne justifie qu’on procède à une réforme bancale qui, aux yeux de nos populations, apparaîtra comme un non évènement.
Savoir News : Concrètement, qu’est-ce que vous voulez ?
Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson : Ce que nous voulons, c’est que les questions connexes aux élections soient réglées : la question du mode de scrutin pour les élections législatives, la question des institutions qui gèrent les élections telles que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), la Cour constitutionnelle, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) etc… Vous pensez que ce n’est pas important de régler ces problèmes avant d’organiser les élections ? Vous pensez que ces points ne sont pas indispensables pour qu’on ait des élections paisibles et transparentes.
Sur le plan des principes, je voudrais vous rappeler que la CDPA a fait de la question du mode de scrutin pour l’élection présidentielle, une question de suspension de sa participation au Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC) rénové.
Vous me voyez honnêtement cautionnée une réforme qui va donner une nouvelle version du code électoral dans laquelle nous aurons toujours inscrit que :+le président de la République est élu au scrutin uninominal à un tour+. Il y a des choses qu’il ne faut pas demander aux gens. Les réformes doivent se faire globalement. Il y a eu manque de volonté politique. On a fait du dilatoire tout le temps. Il y a environ un an, la CDPA avait déjà tiré sur la sonnette d’alarme en écrivant au Premier ministre pour lui faire comprendre qu’il était grand temps de prendre la question des réformes au sérieux et d’amorcer un dialogue. On s’est amusé à faire des dialogues parallèles dans un cafouillage organisé pour maintenant – à quelques mois des élections et en raison de l’exigence des partenaires – nous dire qu’il est urgent de faire des réformes partiels. Ce n’est pas normal. Nous ne cautionnerons plus ça à la CPDA.
Savoir News : Mais, vous ne pensez pas que le temps presse et qu’il faille plutôt se pencher sur les recommandations de l’Union européenne ?
Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson : Le temps ne presse jamais pour bien faire. Pour les législatives, ce qui importe, c’est de les organiser dans la transparence, de les organiser de telle sorte que ces élections ne divisent pas les togolais, qu’on n’aboutisse pas à des représailles, qu’on n’aboutisse pas encore à des morts. Donc prenons le temps de bien faire les choses. Faisons en sorte que les souffrances de ce peuple s’arrêtent. Que ce peuple voit qu’effectivement, on est en train de prendre en compte, ses besoins au quotidien et ses attentes. Vraiment, la CDPA exhorte le gouvernement et la classe politique à se décider à bien faire les choses une fois pour de bon.
Savoir News : D’aucuns estiment que votre retrait des discussions est beaucoup plus liés à des « pressions » que vous avez reçues au sein du Collectif « Sauvons le Togo » dont vous faites partie. Qu’en dites-vous ?
Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson : Il n’y a pas de pression, pas plus du Collectif « Sauvons le Togo » que des autres partis politiques qui ne sont pas de ce Collectif, mais avec lesquels nous discutons pour harmoniser les points de vue.
Vous savez, la CDPA a toujours travaillé dans un esprit de partenariat avec les partis avec lesquels elle peut avoir un partenariat. Et la CDPA a toujours considéré que la société civile doit jouer un rôle clé dans la vie d’un pays. Elle a toujours pensé qu’il est important d’encourager les citoyens à se regrouper pour influencer le cours des choses. Et c’est sur cette base que nous avons accepté de travailler au sein du Collectif « Sauvons le Togo ». C’est un cadre de Concertation pour harmoniser nos points de vue, harmoniser nos actions en vue d’obtenir de meilleures conditions aux élections.
Savoir News : Mardi dernier, à la sortie de la salle de discussions, vous avez déclaré à la presse : « je suis triste pour mon pays ». Mais, certains observateurs de la scène politique togolaise disent plutôt qu’ils sont « tristes pour la classe politique togolaise » (pouvoir et opposition).
Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson : La situation actuelle doit interpeller toute la classe politique. D’aucuns se demandent pourquoi depuis des années, nous n’arrivons pas à nous entendre. Mais, il faut faire la part des choses. La CDPA a toujours dit que celui qui est comptable de la situation dans laquelle se trouve le pays, c’est le gouvernement. C’est au gouvernement qu’il faut poser des questions. C’est lui qui détient les rênes du pouvoir. Tous les leviers sont entre ses mains. S’il faut condamner quelqu’un, c’est le gouvernement.
Savoir News : Est-ce à dire que l’opposition n’a pas sa part de responsabilité ?
Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson : C’est sûr que l’opposition fait des erreurs, mais il faut avoir du discernement pour sortir de cette logique facile qui consisterait à dire : +tout le monde a tort, c’est une responsabilité partagée+. On ne serait pas dans la situation actuelle si le gouvernement avait l’habitude d’écouter les partis politiques. Nous pouvons vous apporter la preuve aujourd’hui de la lettre que la CDPA avait écrite au Premier ministre en 2011, lui rappelant qu’il était temps de prendre le taureau par les cornes, en mettant le doigt sur les nombreuses questions à régler pour que nous puissions aller à temps vers des élections législatives et locales. Il en a fait quoi ? Est-ce qu’il écoute les gens ? C’est trop facile de dire que toute la classe politique est coupable. FIN
Propos recueillis par Junior AUREL
savoirnews.net

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