Le RPT dissous, un nouveau parti porté sur les fonts baptismaux, dans un flou kafkaïen !

 

 
Annoncé à plusieurs reprises mais toujours reporté au dernier moment, à cause des réticences, le 5e congrès extraordinaire du Rassemblement du peuple togolais (Rpt) a finalement eu lieu samedi à Blitta, ville située à 273 km au Nord de Lomé. Et les choses sont allées très vite. L’ancien parti unique fondé en 1969 a été dissous et ses actifs devraient aller à une certaine Fondation Gnassingbé Eyadéma, et un autre, l’Union pour la République (UNIR) porté sur les fonts baptismaux. C’est la fin d’une époque. Mais il faut relever le flou kafkaïen qui a entouré ce congrès.

 
Comme attendu, le congrès a été convoqué à Blitta, et les travaux ont bien démarré, avec les discours des uns et des autres. « Le Congrès qui est notre plus haute instance statutaire a toujours constitué un moment privilégié dans la vie de notre Parti. Les congrès successifs que nous avons organisés au fil des décennies, nous ont en effet permis à chaque fois de marquer un arrêt pour mesurer le chemin parcouru et définir ensemble nos objectifs communs pour l’avenir. On peut dès lors penser que nos assises de ce jour s’inscrivent simplement dans une longue tradition. Mais en réalité, celles que nous ouvrons ce jour sont singulières car elles se tiennent dans un contexte national et international tout à fait particulier, marqué par l’émergence de défis nouveaux et un changement radical de la donne internationale (…) C’est pourquoi je voudrais vous inviter tous, chers congressistes, à mettre à profit nos assises de ce jour pour repenser l’avenir avec audace. C’est notre responsabilité en tant que grand parti de remodeler le Togo pour le mettre au diapason d’un monde en perpétuel changement. En réalité, nous n’avons pas le choix. L’immobilisme nous conduirait immanquablement à l’impasse et vers des succès factices qui ne sauraient suffire à l’avènement du Togo uni et prospère que nous appelons de nos vœux », a déclaré Faure Gnassingbé à l’ouverture des travaux.
 
Les objectifs officiellement assignés à cette rencontre se réduisaient au souci de réadapter le Rpt aux enjeux de l’heure, et le thème retenu, « Congrès de refondation : Anticiper pour faire face aux enjeux de demain » est assez évocateur. Mais personne n’est dupe, derrière tout ça, il y avait une envie de dissolution du parti. C’est ce qui a d’ailleurs motivé l’organisation de ce congrès. Mais au terme des travaux, difficile de dire si le Rpt a été formellement dissous. A preuve, les confrères qui ont fait le déplacement de Blitta ne sont pas unanimes sur les conclusions. A certains qui rapportent que la dissolution du parti a été prononcée, s’opposent d’autres qui laissent entendre qu’il a été juste appelé à s’ouvrir à d’autres pour la création d’une « force politique » majeure. Même dans le discours de clôture de son président, de Faure Gnassingbé donc, pas de trace de cette disparition. Il tournait plutôt autour de la refondation et de l’ouverture. « En décidant de modifier les textes qui régissent le fonctionnement de notre grand parti, le Rassemblement du Peuple togolais afin de lui permettre de s’ouvrir à d’autres formations politiques pour créer un nouveau cadre d’expression à l’intention de tous nos compatriotes qui le souhaitent, vous leur avez donné de nouveaux repères face aux incertitudes qui nous envahissent. Vous vous êtes inscrits dans la voie du progrès et dans la dynamique de l’histoire », a-t-il déclaré dans son allocution de clôture. En tout cas seuls les esprits avisés avaient vu la dissolution, considérant le fait que les actifs du parti aient été cédés à une certaine Fondation Eyadema.
 
On pouvait croire que tout était ainsi fini. Mais ce n’était pas le cas. On ignore pour l’instant les vraies motivations, Faure Gnassingbé et certains des congressistes se sont repliés l’après-midi sur Atakpamé. Il nous revenait que ce retrait était destiné à peaufiner les statuts, sans autre précision. Certaines sources parlaient d’une officialisation du nouveau rassemblement politique le samedi prochain. On en était là lorsqu’au lendemain de ce congrès, c’est-à-dire hier, on annonce sur les ondes la dissolution du Rpt et la création du fameux parti de Faure Gnassingbé, une certaine Union pour la République (UNIR).
 
Selon les premières informations, UNIR a pour ambition de s’ouvrir à toutes les formations politiques, à toutes les sensibilités, à tous ceux qui partagent les idéaux de Faure Gnassingbé. On apprend déjà que la Vice-présidence du parti est confiée à Georges Aidam du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR). En attendant de revenir sur ce sujet, voici le communiqué officiel qui a scellé la naissance de ce parti :
 
« Un groupe de personnalités de toutes les couches socioprofessionnelles et représentant toutes les préfectures du Togo, ont porté un nouveau parti politique sur les fonts baptismaux, au terme d’une assemblée générale constitutive, qui s’est tenue ce 14 avril 2012 à Atakpamé dans la région des plateaux, en présence de son Excellence Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé.
 
Dénommé UNION POUR LA REPUBLIQUE, en sigle UNIR, le nouveau parti vise à offrir aux Togolais un nouveau cadre d’expression politique qui leur permettra de fédérer toutes les énergies, au-delà des clivages politiques, sociaux et religieux, en vue de bâtir un Togo nouveau dans l’union, la concorde nationale et la prospérité.
 
Le nouveau parti s’engage à cet effet à promouvoir une gouvernance politique, économique et sociale fondée sur le dialogue et la participation des forces vives et de toutes les composantes de la société togolaise sans exclusive.
 
Les statuts du nouveau parti insistent sur la nécessité de contribuer à l’ancrage de la démocratie au Togo en œuvrant à l’émergence d’une nouvelle éthique républicaine fondée sur les vertus cardinales que sont : l’égalité et la fraternité.
 
La consolidation de la relance économique, l’amélioration des conditions de vie des populations togolaises et en particulier de ses couches les plus vulnérables seront au cœur de l’action du parti.
 
Les membres fondateurs ont lancé un appel solennel, vibrant et fraternel à toutes les Togolaises et à tous les Togolais résidant sur le territoire national et à l’étranger à les rejoindre et à se mobiliser afin qu’ensemble, ils puissent contribuer activement à l’implantation de la nouvelle formation politique, à son développement et à son rayonnement, ainsi qu’à l’essor du Togo ».
 
Tino Kossi
 
liberte-togo.com