Togo : 20 ans de prison pour Kpatcha Gnassingbé, condamné pour tentative de coup d’Etat



Après plus de deux semaines d’audience, le verdict est tombé ce jeudi 15 septembre 2011 : vingt ans de prison pour Kpatcha Gnassingbé, accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat en avril 2009 contre son demi-frère, le président Faure Gnassingbé. Au total, 32 personnalités civiles et militaires étaient jugées dans ce procès.
Le verdict était très attendu. La Cour suprême de Lomé a finalement condamné lourdement Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du président togolais Faure Gnassingbé, mais sans aller jusqu’à suivre les réquisitions de l’avocat général, qui réclamait la perpétuité. Selon le président de la Cour, Abalo Pétchélébia, « les faits sont établis contre lui. Il y a lieu de le déclarer coupable de crime de complot contre la sûreté de l’Etat. La Cour le condamne à vingt ans de prison et prononce contre lui la déchéance civique ». Kptacha Gnassingbé était accusé d’avoir mené une tentative de coup d’Etat en avril 2009, alors que le président s’apprêtait à effectuer un voyage en Chine.
La Cour a condamné également à 20 ans de réclusion le général à la retraite Assani Tidjani, ancien chef d’état-major des forces armées togolaises et ex-ministre de la Défense ainsi que le Commandant Abi Atti, tous deux accusés de complot formé en vue de préparer un attentat contre la sûreté de l’Etat.
Trois autres écopent de 15 ans ; trois de 10 ans et deux de 5 ans de réclusion.
Vingt autres accusés sont, quant à eux, frappés de 23 mois d’emprisonnement dont 1 avec sursis. Ces derniers recouvrent ainsi leur liberté.
Outre ces condamnations, la Cour demande à l’Etat togolais de prendre d’urgence des dispositions pour faire procéder à une enquête impartiale sur les allégations de torture.
Pour la défense, ce verdict, dans son ensemble, est décevant car la Cour a rejeté toutes les exceptions soulevées. Le verdict de la chambre judiciaire de la Cour suprême est sans appel.
 La réclusion criminelle à perpétuité avait été requise pour Kpatcha
 
Au total, 32 personnalités civiles et militaires étaient jugées depuis le 1er septembre dans ce procès, poursuivies pour « tentative d’attentat contre la sûreté de l’Etat, groupement de malfaiteurs, rébellion, violences et complicité ».
L’avocat général Komlan Aworou Missité avait requis contre Kpatcha Gnassingbé et sept autres inculpés la réclusion criminelle à perpétuité, estimant qu’ils étaient « coupables de crimes de complot contre la sûreté de l’Etat ». Parmi les sept figurent le général à la retraite Assani Tidjani, ancien chef d’état-major des forces armées togolaises et ex-ministre de la Défense, ainsi qu’un cousin du président, Esso Gnassingbé. L’avocat général avait également requis 12 mois d’emprisonnement dont deux avec sursis contre un neuvième accusé. Contre les 24 autres, le ministère public « n’avait pas trouvé de charge ». Parmi eux, un autre demi-frère du président, Essolizam Gnassingbé, et encore deux cousins.
Kpatcha Gnassingbé qui a nié les faits qui lui sont reprochés devant la Cour suprême à Lomé, avait dénoncé « une machination pure et simple » et avait appelé lundi 5 septembre 2011 à la « réconciliation » avec le chef de l’Etat.
Règlements de compte familiaux ?
 
Kpatcha Gnassingbé est l’un des nombreux demi-frères de l’actuel président togolais Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005. Il est âgé de 41 ans et a deux ans de moins que le chef de l’Etat. Lorsque Faure Gnassingbé a succédé à son père, le général Eyadema qui régna d’une main de fer sur le Togo pendant 38 ans, c’est Kpatcha qui a lui a prêté main forte pour que la succession en faveur du clan Gnassingbé soit assurée. En effet et bien que civil de formation, Kpatcha a su gagner la confiance des militaires. Il est d’ailleurs devenu le fils Gnassingbé le plus proche des principaux officiers du régime.
Lorsque Faure a été proclamé officiellement vainqueur de la présidentielle, en avril 2005, c’est Kpatcha qui l’a protégé en coordonnant la terrible répression qui s’est abattue sur les manifestants de l’opposition et qui a fait au moins quatre cents morts, selon l’ONU.
Les deux frères se sont alors partagé le pouvoir : Faure à la présidence et Kpatcha nommé ministre de la Défense. Ce n’est qu’à partir de 2007 que les choses se sont gâtées entre les deux frères. Deux mois après les législatives gagnées par le régime, Faure a limogé Kpatcha de la Défense.
Plus grave encore : deux ans plus tard, en avril 2009, il est arrêté à Lomé et inculpé de « complot » et de « tentative d’attentat contre la sûreté de l’Etat ».
Lors de cette épreuve, c’est, cette fois-ci, un autre frère Gnassingbé qui est intervenu en faveur de Kpatcha : Rock Gnassingbé, un militaire de carrière qui commande une unité de blindés à Lomé. Lors d’un raid des forces de l’ordre mené contre le domicile de Kpatcha, il s’est déplacé personnellement pour faire cesser les tirs contre la résidence de son demi-frère. Peut-être lui a-t-il sauvé la vie… et signifié à son autre demi-frère, le chef de l’Etat, qu’il y avait des limites à ne pas franchir, du moins au sein de la famille.
Mêlé également à cette affaire Kpatcha, un autre demi-frère : Essolizam. C’était l’homme de confiance de Kpatcha et homme d’affaires comme lui. Il a été arrêté le 16 avril 2009, 24 heures après son frère.
source : RFI