Amlamé/ Agressé sur son lieu de travail et après décès de son agresseur : Essih Koffi croupit à la prison civile d’Atakpamé sans jugement depuis 2014

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  • L’Inspection gĂ©nĂ©rale des services juridictionnels et pĂ©nitentiaires interpellĂ©e

Les officiers de police judiciaire et les magistrats sont-ils toujours poussés par la recherche de la vérité, par l’offre du service minimum ou par la nécessité de toujours déposer le citoyen ? A la prison civile d’Atakpamé, le malheureux Essih Koffi Claude croupit dans les geôles depuis le 8 août 2014. Sans aucun jugement. Son crime ? Son agresseur qui lui a asséné un coup de tête sur la bouche alors qu’il s’acquittait de sa tâche de vérificateur de ticket au marché, défonçant ses dents, serait décédé près d’un mois plus tard. Et depuis, l’homme semble oublié par les juges d’instruction qui se succèdent. Il se déplace désormais difficilement, car souffrant d’une énorme hernie au scrotum.

Essih Koffi a désormais un pagne noué autour des reins, le regard perdu, attendant une fin certaine. A moins que l’Inspection générale ne veuille accorder une certaine attention à son cas. Et qu’elle cherche si son dossier existe toujours et ce qui lui est reproché. Vendredi 22 mars dernier, nous nous sommes transportés à la prison civile d’Atakpamé. Son état a nécessité qu’il soit transféré à l’infirmerie, mais pour quel traitement, quand on sait la seule alternative qui existe pour son cas d’hernie. Voici résumé ce qu’il nous a raconté.

Juillet 2014, Essih Koffi et un collègue de service, tous deux contrĂ´leurs de tickets au marchĂ©, Ă©taient en train de vĂ©rifier auprès des commerçants si ceux-ci s’étaient acquittĂ©s des frais dus. Mais il y avait un vendeur de houes daba qui faisait de la rĂ©sistance, alors qu’il sonnait au-delĂ  de 15h30. Et pour montrer Ă  la hiĂ©rarchie (la prĂ©fecture) l’élĂ©ment pour lequel le vendeur refusait de payer, ils ont voulu emporter une des dabas. Soit dit en passant, le montant du ticket Ă©tait de…100 FCFA.

Alors le vendeur n’a pas voulu et aurait tenu le col du plus calme des deux, Essih Koffi. Et par la suite, par on ne savait quelle situation, le vendeur aurait asséné un coup de tête sur la bouche d’Essih. Les stigmates sont toujours visibles : les dents de devant sont d’une autre coloration.

L’affaire avait été réglée par la gendarmerie, les blessés –le vendeur qui a cogné de la tête aurait aussi eu une blessure au front- s’étaient rendus à l’hôpital et la vie a continué.

Mais près d’un mois plus tard, pour ne sachant quelle raison, le sieur Essih Koffi a  Ă©tĂ© convoquĂ© par le juge d’instruction du Tribunal d’AmlamĂ© qui aurait donnĂ© instruction Ă  un officier de police judiciaire de le garder. Le lendemain, on lui mit les menottes et plutĂ´t que de lui faire prendre la route qui mène chez ledit juge d’instruction, direction la prison civil d’AtakpamĂ©. C’était le 8 aoĂ»t…2014. Et depuis, plus rien. Par deux fois, le sieur Essih a introduit des demandes de libertĂ© provisoire, sans succès. Aucune audience n’a jamais Ă©tĂ© consacrĂ©e Ă  sa petite personne.

Comme pour ne rien arranger et démontrer l’état d’abandon dans lequel il végète, Essih Koffi est sérieusement malade ; il souffre d’une hernie au scrotum (testicules) et a du mal à marcher. Une bonne partie des journées qui passent lentement et le rapprochent d’une fin certaine, il est drapé dans un pagne, pour éviter que ses testicules soient à l’étroit et qu’il souffre davantage dans l’âme et dans le corps. Abandonné par sa famille, oublié par la préfecture d’Amlamé pour laquelle il travaillait, Essih Koffi n’attend plus rien de la vie. Il se contente du seul repas quotidien avec la « sauce miroir ».

L’Inspection générale des services juridictionnels et pénitentiaires existe-t-elle ?

Les prisons togolaises sont remplies de cas qui ne devraient pas mériter de privation de liberté. Mais pour que cet état de chose soit une réalité, il incombe à l’Inspecteur général et à son adjoint de retrousser les manches pour arrêter l’hémorragie. Ne dit-on pas que la liberté est la norme et la détention l’exception ?

A Amlamé et ailleurs dans d’autres localités, du fait de l’éloignement des lieux de détention par rapport à bien des tribunaux, il est fréquent que des juges peu enclins à mettre la satisfaction du travail bien au devant de toute autre considération, choisissent de voir les dossiers atteindre un certain volume avant de se décider à se déplacer. Certains arguent le manque de moyens. Aussi sacrifient-ils la liberté de beaucoup de prévenus sur l’autel de ce prétexte. Et alors, des prévenus séjournent dans les geôles avec des délais anormaux. Comme c’est le cas à Amlamé. Kara aussi constitue une autre paire de manches.

L’Inspection générale prête-t-elle oreille à chaque détenu lors de ses tournées ? La Commission nationale des droits de l’homme se propose dans ses nouvelles attributions de visiter de façon inopinée les lieux de détention. A ce sujet, cette CNDH gagnerait à ne pas se limiter aux seuls actes de torture ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants, mais à considérer que des prévenus subissent également des tortures morales lorsqu’ils sont injustement emprisonnés et privés de liberté. Car dans l’affaire dite Essih Koffi Claude, on devrait se demander comment le prévenu s’est retrouvé avec des dents défoncées. Les officiers de police judiciaire auraient accompli convenablement leur tâche qu’ils devraient s’attarder sur la plaie au niveau du front du décédé pour comprendre qu’un coup de daba occasionnerait une blessure plus grave.

Il est aussi question de se demander si les contrôleurs de tickets sont des agents reconnus par les préfectures ou s’ils sont des étrangers pouvant renflouer les caisses sans être pris en compte en cas d’accident au cours d’exercice de leur fonction.
 
Abbé Faria   
 
source : Liberté
 

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