ANC en Congrès, UNIR où es-tu ?


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70 fédérations, près d’un millier de congressistes, cadres et sympathisants de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) sont en congrès ordinaire à Lomé depuis le 10 octobre.
 
Objectif, revisiter les statuts du parti, remobiliser les troupes et investir le candidat du parti à la candidature unique des forces de l’opposition pour la présidentielle de 2015.
 
L’engouement était manifeste à l’ouverture des travaux de ce congrès où le président national de ce parti, Jean-Pierre Fabre a invité les militants et sympathisants à se mobiliser plus que jamais pour remporter la victoire à la présidentielle prochaine.
 
Ce 11 octobre tout est fait. Le congrès a effectivement investi JPF à la candidature des forces politiques pour l’alternance en 2015.
 
Mieux, le congrès de l’ANC a recommandé l’organisation expresse des élections locales avant la présidentielle même s’il faut repousser celle-ci.
 
Et, à la suite des églises et des diplomates en poste au Togo, les participants au congrès de l’ANC, ont aussi exigé la mise en oeuvre effective des réformes institutionnelles et constitutionnelles avant l’organisation de l’élection présidentielle.
 
Au-delà de la tenue de ce congrès, ce qui nous intéresse reste la leçon de cohérence que l’ANC donne à nombre de partis politiques au Togo dont notamment UNIR de Faure Gnassingbé.
 
Les statuts de l’ANC prévoient un congrès ordinaires tous les quatre ans, ces prescrits ont été respectés. Mais avant, le parti disposait dès sa création d’un bureau en bonne et due forme avec une charpente de fédérations quadrillant l’ensemble du territoire national.
 
C’est sans doute un bel exemple d’organisation qui mérite d’être salué et encouragé.
 
Mais alors qu’en est-il du fameux parti au pouvoir qui, en principe dispose de tout pour donner l’exemple ?
 
Dire que c’est une catastrophe dans UNIR est évidemment un euphémisme. C’est presqu’une apocalypse.
 
L’Union pour la République (UNIR) a été nuitamment porté sur les fonts baptismaux le 14 avril 2012 à Atakpamé après l’effondrement forcé du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), intervenu le même jour à Blitta.
 
Dans un communiqué laconique lu sur les antennes de la télévision nationale, les togolais ont été informés qu’un « nouveau cadre d’expression politique » était né ce jour suite à l’Assemblée des Fondateurs qui a donc eu lieu à Atakpamé.
 
Il a nous aussi été dit qu’un bureau provisoire présidé par Faure Gnassingbé en personne était mis en place. Ce qui, sur le principe, n’était pas contestable.
 
Tous les togolais, y compris les militants et sympathisants du RPT défunt et même les fondateurs du fameux UNIR, s’attendaient alors que les mois suivants, ce parti présidentiel formalise son assise effective à travers un congrès statutaire dûment organisé.
 
Des dates avaient été annoncées dans la foulée. Mais négatif. Ce parti que l’on peut à juste titre qualifié d’avorton, n’a jamais vraiment pris corps.
 
Pire sa dénomination avait même fait l’objet de contestation, car il s’agissait bien d’une usurpation d’identité.
 
Un autre parti créé dans les années 90 s’appelait déjà Union pour la République. Mais les tenants du pouvoir ont vite fait d’étouffer cette polémique pour s’approprier lâchement cette dénomination.
 
Depuis lors, UNIR ne « fonctionne » qu’avec cet éternel bureau provisoire, sans charpente, ni structures fiables et viables. Une vraie honte.
 
Comment un parti présidentiel qui dispose de tout, peut être aussi inorganisé pour fonctionner autant au rabais et ne dépendre finalement que de Mme Dogbé qui de temps à autre, lâche quelques sous au trésorier général du parti pour certaines manifestations sporadiques ?
 
En suivant de près les faits et gestes de Faure Gnassingbé et de ses collaborateurs immédiats l’on a pu comprendre au fil du temps, les fondements réels de cette démarche lâche.
 
En effet, le Prince doutant de tout et n’étant sûr de rien, n’a jamais voulu prendre le risque d’un congrès qui allait nécessairement mettre sur le carreau certains ténors du vieux RPT qui jouissent encore d’une puissance affirmée dans le pays.
 
Il savait évidemment que la manière ambiguë avec laquelle il a procédé pour éteindre incongrument le RPT avait laissé des frustrations et des gens l’attendaient justement au congrès de UNIR pour voir ce qu’il ferait d’eux, eux qui ont tout fait pour assoir le régime dont il jouit allègrement et sans partage aujourd’hui.
 
Ayant tout ça en conscience, le Prince-héritier a opté pour un faux-fuyant instaurant une impasse qui lui profite énormément. Pourquoi ?
 
Simplement pour cette raison qu’aucun des ténors du régime, des directeurs généraux et ministres, des togolais se réclamant du pouvoir n’ayant aucun statut ni responsabilité dans l’organisation de UNIR, tous sont prêts à courir pour faire la cour au Prince en vue de mériter son attention le moment venu.
 
Aucun de ceux qui aspirent à arracher une portion de pouvoir dans la structuration de UNIR n’a alors de raison de se plaindre d’avoir été laissé sur le carreau puisque rien n’est encore fait.
 
Bref, le Prince a réussi à vendre à tout ce monde, l’illusion complète d’un vrai qui n’existe pas. Il utilise alors tout le monde à la fois et à sa guise en attendant de rejeter ceux qu’il voudra à la dernière minute après les avoir fait courir sans récompense.
 
C’est ainsi que des directeurs généraux des régies financières du pays se sont mobilisés à maintes reprises pour éjecter des ressources considérables dans la mobilisation et la sensibilisation des populations sur l’illusoire vision de UNIR.
 
Chaque cadre de l’administration publique et privée, pour préserver son poste et les privilèges y afférentes, s’est senti concerné par l’affaire de UNIR. Il faut de temps à autre aller dans sa localité d’origine avec ses propres moyens ou ceux de la société étatique ou même privée qui l’emploie, pour sensibiliser les populations à la base.
 
Tout le monde court sans jamais savoir où il va. Non, Faure Gnassingbé est vraiment génial !!!!
 
Aujourd’hui, à moins de six mois de l’élection présidentielle, UNIR n’a toujours pas fait son congrès. Ce n’est pas la priorité de Faure. Il veut encore laisser ses troupes courir dans tous les sens, avant de les fixer à la dernière minute.
 
Sa priorité actuelle, tout le monde la connait : maîtriser autant que possible son armée, la seule et vraie force sur laquelle il a toujours compté pour arriver et ensuite se maintenir au pouvoir. Voilà pourquoi, il a procédé à sa « refondation » par des décrets pris mercredi en conseil des ministres.
 
Désormais, le Togo dispose de deux régions militaires, une au nord et une autre au sud avec des commandants aussi grincheux que puissants.
 
Le Prince a d’ailleurs promis les équiper tous, de matériels et logistiques fiables leur permettant d’intervenir efficacement dans le maintien de l’ordre et de la sécurité. En apparence, c’est une très bonne chose pour la sécurité des togolais.
 
Mais au fond, il s’agit bien d’un verrouillage complet de tout le territoire national pour parer à toute velléité de contestation lors de la présidentielle en perspectives.
 
Tous ceux qui pensent que le fils-héritier manque d’intelligence se trompent lourdement. Il a bien l’art et le génie de multiplier des astuces pour s’incruster indéfiniment au pouvoir.
 
Au final, que UNIR fasse son congrès ou pas, qu’il ait de structures ou fédérations ou pas, Faure sait que son pouvoir ne tire pas sa racine de là.
 
Il la tire de l’armée. Le congrès de UNIR pour investir Faure Gnassingbé ne sera donc qu’une formalité mais qui au fond, ne déterminera pas son maintien ou non au pouvoir.
 
 Dès lors qu’il a l’assurance qu’il peut aisément réprimer, dès lors qu’il a la conviction qu’il peut étouffer la contestation des résultats d’où qu’elle vienne du territoire, il pourra aller sans réserve à l’élection pour laquelle il n’a même pas besoin du vote des togolais pour rester dans le fauteuil dont il a facilement et gracieusement hérité de son papa défunt. Qui peut trouver à redire ?
 
ogoinfos

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