Appelez-moi désormais Maréchal Idriss Déby Itno !

0
2509

« Les dictateurs exigent toujours à être reçus avec les horreurs dues à leur sang » (Bruno Masure)

L’Afrique a connudes dirigeants aux profils et aux personnalités les plus divers au cours de son histoire récente. Certains se sont montrés exagérément mégalomaniaques. A l’instar, l’ubuesque empereur de Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa, du paranoïaque sanguinaire d’Ouganda, Idi Amin Dada ou encore le fantasque despote de Kinshasa Mobutu Sese Seko.

Idriss Déby Itno est sur les traces de ces maréchaux de pacotille. Le dictateur tchadien qui s’est toujours abrité à l’ombre de l’ancienne puissance coloniale, la France dont les soldats ont de tout temps volé à son secours et sauvé à maintes reprises des griffes des rebelles, s’est fait élever au rang de maréchal. Mégalomanie quand tu nous tiens !

Le 26 juin, l’Assemblée nationale tchadienne a décidé d’élever le général président au rang de Maréchal pour « services rendus à la nation ». A en croire le porte-parole du parti présidentiel, le Mouvement patriotique du salut (MPS), Jean-Bernard Padaré cité par RFI, l’initiative serait spontanée.  « C’est une élévation consacrée, prévue dans nos textes. Il n’est pas maréchal dans l’armée, ce n’est pas un grade, c’est une dignité par rapport à tout son parcours », a-t-il justifié. C’est à croire que tout citoyen lambda dans le pays peut se lever un beau jour et prétendre au titre de maréchal. « Il fait vraiment bon vivre au Tchad », comme le dirait l’autre.

Cette consécration intervient à la suite de l’opération « Colère de Bohoma » lancée dans la presqu’île de Boma dans la région du Lac Tchad en mars dernier par les hommes du désormais maréchal Idriss Déby Itno et qui a permis de neutraliser 1000 combattants djihadistes de Boko Haram. A tout seigneur, tout honneur. Le président tchadien est vite élevé au rang de maréchal.

« Quand on entend ce titre de maréchal, ça fait sourire, ça ne fait pas rire. Ce n’est pas au goût du jour ni du temps. Quand vous dites maréchal aujourd’hui en Afrique, on pense à Bokassa, on pense à Idi Amin, on pense à Mobutu, personnage loufoque », a moqué le chef de file de l’opposition tchadienne, Saleh Kebzabo.

En 1977, Jean-Bedel Bokassa s’est fait couronner, à l’occasion d’une cérémonie grand-guignolesque, «Empereur de Centrafrique» dans le même costume que Napoléon Ier. Avec un titre ronflant: «Empereur de Centrafrique par la volonté du peuple centrafricain, uni au sein du parti politique national: le Mesean (Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique noire)».La couronne de l’empereur était en or avec sept mille carats de diamants. La cérémonie avait coûté 100 millions de francs français et avait regroupé 5000 participants qui ont fait couler à flots 60.000 bouteilles de champagne de Bourgogne.

Deux ans plus tôt, en 1975, le sanguinaire tyran de Kampala, Idi Amin Dada s’octroya le grade de maréchal et décida de rester à vie au pouvoir. Il est rapporté qu’au cours d’un sommet de la défunte OUA, il organisa une course automobile pendant laquelle il conduit une Citroën SM avec un moteur Maserati, une manœuvre militaire qu’il dirigea lui-même pour simuler une attaque contre l’Afrique du Sud.Idin Amin Dada se faisait appeler«Son Excellence, le président à vie, maréchal Alhadji docteur Idi Amin Dada, titulaire de la Victoria Cross, DSO, titulaire de la Military Cross et Conquérant de l’Empire britannique» et n’hésitait pas à se faire balader sur une chaise portée par des hommes d’affaires occidentaux dans les rues de Kampala.

Désormais, le Tchad aussi a « son » maréchal frelaté.

Médard AMETEPE / Liberté Togo

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

83 − 74 =