Après l’accaparement du 4e mandat : Le piège à con pour gruger les Togolais

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Décidément, la page de l’élection présidentielle du 22 février 2020 est tournée pour le pouvoir RPT/UNIR, même si dans le camp d’Agbéyomé Kodjo et ses partisans, on n’a pas abdiqué. Le régime se projette déjà sur l’avenir. Après avoir accaparé le pouvoir par le biais du hold-up électoral, le « champion » entend quitter les affaires en…2030, à en croire le plus sage (sic) de la minorité pilleuse. Un nouveau piège à con en perspective.

Faure quittera en 2030, annonce le chef des sages

La plupart des Togolais qui croyaient à l’alternance avec ce scrutin présidentiel n’ont pas encore digéré les événements, notamment le hold-up diurne à nouveau opéré devant leurs yeux. Agbéyomé Kodjo, le « Président élu » et les siens ne décolèrent pas. Ils n’entendent pas lâcher de si tôt le morceau. L’ancien Premier ministre veut poursuivre la résistance jusqu’à ce que l’usurpateur lui laisse le pouvoir gagné dans les urnes. Mais au niveau du régime RPT/UNIR, on tourne la page et se projette même sur l’avenir. La victoire (sic) proclamée est consommée. A ceux qui rêvent toujours d’alternance, il est demandé d’attendre…2030 !

« Vous voyez, le Président Faure Gnassingbé vient de commencer son premier mandat, s’il a la chance de faire un deuxième mandat, il va se retirer. Avec les nouvelles réformes constitutionnelles, le compteur est remis à zéro. Donc après ce mandat, il va seulement faire un autre, puis il va partir ». Ces mots sont d’un des porte-voix de Faure Gnassingbé, Charles Kondi Agba, le Délégué Général du Mouvement des sages du RPT/UNIR.

Ces propos ont le mérite d’être clairs. Faure Gnassingbé, qui vient de s’offrir un quatrième mandat sur un plateau d’or, à coup de bourrages d’urnes, de falsification des résultats, de vote dans des domiciles privés, d’usage de bulletins prévotés en sa faveur, de gonflement du nombre d’électeurs, d’expulsion des délégués de l’opposition des bureaux de vote, de refus de délivrance des procès-verbaux, de taux de participation proche ou même dépassant 100 % des suffrages, d’accaparement des suffrages populaires, ne compte pas s’accrocher au-delà de 2030. Il entend donc se retirer du pouvoir et laisser quelqu’un d’autre gouverner. En d’autres termes, le régime en place n’entend nullement tripatouiller la Constitution pour lui permettre de jouer la prolongation avec un 6e mandat au pouvoir.

Une chose parait évidente à travers ces propos, c’est que le « Messi » se rend visiblement compte du désir le plus profond  du peuple togolais, l’alternance au pouvoir, au point que l’on puisse trouver nécessaire d’aborder cet aspect aussitôt la victoire acquise pour le « Prince ». Mais ce qui est regrettable, il fait obstruction à l’avènement de cet idéal au point d’accaparer les suffrages populaires et la victoire de quelqu’un d’autre dans les urnes, au grand dam de tout un peuple.

La jurisprudence Eyadema…

Dans les conditions normales, cette annonce de Faure Gnassingbé de quitter les affaires en 2030 devrait être célébrée, même si ce n’est pas l’intéressé lui-même qui l’a faite. L’alternance au pouvoir, c’est le désir le plus ardent des Togolais. C’est ce qu’ils recherchaient et ils se sont mobilisés comme jamais derrière Agbéyomé Kodjo au cours de l’élection présidentielle du 22 février dernier pour son avènement. C’est ce qui les a poussés à s’engager dans les manifestations d’août 2017 à février 2018 qui leur ont été fatales. Mais la jurisprudence d’il y a une vingtaine d’années empêche de croire naïvement à cette promesse et jubiler…

« Si je finis mon mandat, je ne veux pas rester un jour de plus». C’étaient les mots d’Eyadema en juillet 1999. A l’époque, le Président français Jacques Chirac, son ami personnel, était en visite à Lomé. Le « Baobab » s’engageait par ailleurs à ne pas modifier une seule virgule de la Constitution togolaise pour se représenter à un troisième mandat au pouvoir. Parole de militaire, avait-il dit en plus, comme pour relever l’honneur à respecter l’engagement. A l’époque, la Constitution de 1992 contenait le verrou de la limitation du mandat présidentiel à deux et Eyadema arrivait en 2003 au terme de son second mandat.

Cette promesse ayant été faite devant un hôte de standing comme Jacques Chirac, le commun des Togolais ne pouvait pas croire qu’il pourrait les transgresser. Mais le moment venu, le « vieux » n’avait pas hésité à manger son totem, violer sa parole de militaire. Le 31 décembre 2002, il mit le bistouri dans la Constitution, sauta le verrou de la limitation du mandat et s’ouvrit ainsi les portes d’un 3e consécutif au pouvoir, avant que la nature ne décide autrement le 5 février 2005.

Faure Gnassingbé a habitué les Togolais à des promesses au cours de ses quinze ans de gouvernance. Mais celles qu’il a respectées se comptent sur le bout des doigts. Les plus retentissantes étaient  contenues dans ses fameux « 20 Plus » vantés lors de la campagne pour sa montée au trône en 2005. Mais la plupart de ces engagements, pour ne pas dire tous, n’ont pas été respectés. Toute la gouvernance du « Prince » qui dure depuis quinze (15) ans et devrait se poursuivre avec le 4e mandat accaparé, n’est qu’une somme de promesses non tenues. Difficile donc de croire qu’il puisse honorer celle de se retirer en 2030…A l’approche de 2030, il n’est pas exclu que le régime refasse le coup d’Eyadema, oublie la parole du « Prince » et modifie à nouveau la Constitution, et ainsi le cycle recommence. Cette promesse apparait au demeurant comme un piège à con pour gruger une fois de plus les Togolais…

Tino Kossi

source : Liberté

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