Arrestation de Olivier Amah, Faure confirme que l’armée reste son seul rempart actuel

olivier_amah_29mai2013
 
« La hiérarchie militaire doit demander au Président de la République d’ouvrir un dialogue, ou de démissionner pour que le vote des Togolais soit respecté et que celui qui sera désigné par les Togolais puisse diriger le pays dans la légitimité ».
 
Ceux sont ces propos ordinaires et anodins qui coutent aujourd’hui la prison au commandant Olivier Amah, président de l’association des victimes de tortures au Togo (AVITTO), qui a lui-même déjà subi des actes cruels de tortures entre 2009 et 2011 dans les locaux de l’agence nationale de renseignement (ANR), structure travaillant directement sous la tutelle du Président de la République.
 
Aujourd’hui donc, pour avoir donné son opinion sur ce qu’il pense juste que l’armée, un des corps constitués de notre pays, doit faire pour ramener la paix et la cohésion nationale, il est déporté, comme un malfrat, à la prison civile de Mango à des centaines de kilomètres de son domicile de Lomé.
 
Cet acte, il faut le dire, est cruel et surtout infondé à vrai dire.
 
Pourquoi ? Rappelons-nous les réactions des leaders d’opinions, des chefs de partis politiques, des journalistes sur les radios et dans des journaux.
 
Face à la crise aiguë qui sévit dans notre pays, les citoyens interpellent régulièrement les religieux, le barreau, la classe politique, les corps constitués à agir dans la mesure de leur possibilité pour trouver une solution idoine au problème sociopolitique togolais.
 
L’armée est-elle une constituante entièrement à part des composantes de la nation togolaise ?
 
Quelle différence nos dirigeants mettent-ils entre l’armée et le clergé par exemple ? Combien de fois les togolais n’ont pas invité le clergé à prendre ses responsabilités devant la dérive et l’abîme dans lesquels le Togo est en train de se plonger ?
 
Ces appels ont déjà ému qui ? Devrait-on interpréter ces appels comme une invite du clergé à se détourner de sa mission pastorale ?
 
Pourquoi alors l’invitation de l’armée à donner son point de vue sur les réalités politiques togolaises cause problème à ce pouvoir ?
 
En creusant à fond cet acte du pouvoir de Faure Gnassingbé, l’on comprend aisément les dessous de cet acharnement contre le commandant Olivier Amah.
 
Contrairement à beaucoup de pays démocratiques en Afrique, le régime du Togo a toujours fait de l’armée, le nerf sciatique ou même l’épine dorsale sur laquelle repose son pouvoir.
 
Non seulement des militaires sont régulièrement nommés à des postes politiques sans qu’ils ne démissionnent de l’armée, mais surtout aussi la hiérarchie militaire a toujours multiplié des occasions pour « adhérer à la politique du chef de l’Etat » se détournant ainsi de sa mission républicaine et unique de défense de l’intégrité du territoire et de la sécurité des citoyens.
 
On verra régulièrement des militaires faire campagne pour le Président de la République et mobiliser des populations pour la cause du parti au pouvoir.
 
Le comble de cette intrusion est survenue en 2005 où, à la mort du général Eyadema, les forces armées togolaises ont cru devoir s’introduire frontalement dans le champ politique pour confisquer le pouvoir et le remettre à Faure Gnassingbé.
 
Même si les pressions de l’époque ont contraint l’héritier d’Eyadema à démissionner de forme, il demeure évident que le pouvoir qu’il dit avoir repris par les urnes puise fondamentalement ses racines dans l’armée.
 
Tous les ans, à la présentation du rapport général des FAT, la poignée d’officiers ne manquent pas de rappeler à leur « chef suprême », leur loyauté, mais surtout aussi leur « adhésion pleine et entière à sa politique ». Ce qui fait dire à certains hommes politiques que « l’armée togolaise est une milice à la solde du clan au pouvoir ».
 
On comprend dès lors que le pouvoir en place puisse prendre au sérieux les propos du commandant Olivier Amah, surtout que les ténors du régime ont conscience que la barque du pouvoir est en train de vaciller dans tous les sens.
 
C’est une évidence, Faure Gnassingbé sait que sa popularité est sérieusement compromise aujourd’hui à cause de son style atypique de gouvernance mais surtout aussi à cause des multiples décisions impopulaires qu’il a été amené, à maintes reprises, à prendre à l’encontre du peuple togolais.
 
A cause enfin de son manque de charisme et de la légèreté avec laquelle les affaires de l’Etat sont gérées aujourd’hui.
 
Sur quoi d’autre il peut alors compter pour rester au pouvoir si ce n’est sur l’armée qui est placée directement sous sa coupole ? C’est donc de fait qu’il considère l’armée comme sa chasse gardée, sa propriété privée qui ne doit être entachée par aucune immondice venant des leaders d’opinion.
 
L’éveil de conscience de ce corps va lui être nécessairement fatal, il le sait. Il ne saurait donc pardonner des blagues, mêmes les plus amusantes sur cette armée.
 
C’est d’ailleurs pour cette raison que depuis des semaines, cette armée est consignée dans les camps. Aucun militaire, aucun soldat, aucun officier si gradé soit-il, ne peut sortir de sa garnison sans avoir eu l’autorisation préalable de son chef hiérarchique.
 
Mais pour combien de temps encore allons-nous reposer le pouvoir sur la force et la brutalité ? L’histoire démontre que la force la plus brutale n’a jamais réussi à éterniser des régimes dictatoriaux dans aucun pays du monde.
 
Le jour où, comme un seul homme, le peuple dans son ensemble apprend à s’organiser pour dire non, tout va s’écrouler comme un château de carte.
 
Il est sans doute mieux, pour le salut de nos dirigeants d’assoir leur pouvoir sur un roc démocratique plutôt que de s’abriter derrière les armes pour martyriser le peuple et intimider les adversaires politiques.
 
La chute de ces genres de régimes, quelle que soit leur longévité, est souvent brutale et sans appel.
 
source : togoinfos
 
 

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