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Chronique de Jean-Baptiste Placca : « On a cru voter au Togo »

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La crédibilité des Etats, la fiabilité de leur signature, l’attractivité de leurs marchés… Et si, pour aller vers le développement, la démocratie, les élections crédibles, l’éducation étaient, finalement, le chemin le plus sûr ?

Du point de vue électoral, 2018 se termine au pas de charge, à Madagascar, au Togo et en RDC, mais avec des fortunes diverses. Trois échéances, trois images, trois réalités. Pourquoi donc estimez-vous que ces trois pays illustrent parfaitement le pire et le meilleur de ce que peut offrir l’Afrique, en matière électorale ? Les peuples de ces trois nations avaient, en effet, un rendez-vous électoral d’importance, cette semaine. Mais, au final, on a voté à Madagascar, on a cru voter au Togo, et on croyait devoir voter, en RDC, et c’est tout.

Madagascar, on a voté, et les enjeux étaient réellement démocratiques, concrets. On a cru voter au Togo, mais les Togolais n’ont jamais autant douté des limites de ce que l’on continue de leur vendre comme une démocratie, et qui est à mille lieues de ce que peuvent vivre d’autres peuples. En République démocratique du Congo, on croyait devoir voter pour une présidentielle qui aurait dû se tenir il y a deux ans, et pour laquelle ils sont à nouveau priés de patienter. Car au pays de Mobutu et des Kabila, la démocratie, jusqu’à nouvel ordre, demeure une douce illusion, qui tourne facilement au cauchemar, parfois. Mais le Congo, ce Congo-là, est aussi la patrie de Patrice Emery Lumumba, prête à mourir pour ses rêves, pour ses idéaux. Mais en quoi la démocratie malgache est-elle exemplaire, à côté de ces deux autres ?

Exemplaire, peut-être pas. Mais il y a, dans la démocratie malgache, un fond de sincérité indéniable. Il est inutile de rappeler ici que ce pays est un des rares du continent à être parvenu à démettre un chef d’Etat pour non-respect de la Constitution, ce que l’on appelle, en bon anglais, Impeachment. Une destitution en bonne et due forme, votée par le parlement, a fait tomber le président Albert Zafy, en septembre 1996, et l’Afrique francophone, en tout cas, n’avait encore jamais vu cela.

De même, dans un souci d’équité, la Constitution malgache actuelle prévoit qu’un président sortant, pour briguer un second mandat, doit démissionner, et prendre le départ de la course sur un pied d’égalité avec les autres. Jusqu’à l’ultime délai, ses compatriotes avaient mis en doute la capacité du président Hery Rajaonamampianina à respecter cette disposition de la loi fondamentale. En réalité, l’honnête homme n’a rien fait pour se prémunir du désaveu de ses concitoyens. Et il est arrivé troisième, au terme du premier tour. Et la Grande île ne s’est même pas émue de voir un président sortant battu dès le premier tour. Dans leurs rêves les plus fous, Congolais et Togolais n’auraient jamais imaginé un tel miracle.

Les élections, au Togo, se sont déroulées sans violence, dit la Cédéao, qui semble estimer qu’il n’y a rien à redire…

Si, justement, il y a tout à redire. Les Africains savent ce qui pose problème au Togo. Quant à la médiation de la Cédéao, elle était censée ramener ce pays sur les rivages de la démocratie, telle que la vivent les populations des quatorze autres Etats membres de cette communauté. Et cela impliquait, en premier lieu, des réformes permettant de rendre crédibles les élections, et d’éviter qu’elles ne débouchent fatalement sur la violence, voire des tueries ! Voilà pourquoi les opposants, comme les leaders religieux et la société civile, voulaient des réformes avant les élections. Vous ne pouvez fonder l’avenir, un avenir serein, apaisé et juste, sur des instruments, des institutions qui ont toujours posé problème. Bref, tout cela ne fait pas une démocratie crédible. Après quoi, l’on peut toujours s’étonner de ce que certains pays de la même sous-région mobilisent aisément des financements, tandis que d’autres tirent le diable par la queue… Car tout est dans la crédibilité.

Vous ne voulez tout de même pas parler du financement du Plan Sénégal Emergent ?

Pourquoi pas ? Mais, lorsqu’un Etat comme le Sénégal dit être venu tenter de convaincre les investisseurs et autres partenaires multilatéraux de lui allouer quelque 5 000 milliards de francs CFA, et qu’à la fin de la journée, il récolte 14 000 milliards, soit presque trois fois ce qu’il était venu chercher, oui, certains devraient s’interroger. Une amie africaine travaillant dans une institution financière internationale, et qui était, ellemême, à cette table ronde des bailleurs de fonds du Sénégal, nous disait textuellement ceci, quelques heures après cet exploit : « Ces Sénégalais, on doit quand même reconnaître qu’ils arrivent bien préparés dans une rencontre comme celle-là. Ils travaillent, en véritables professionnels », a-t-elle conclu. Parlant du même Sénégal, où il a travaillé pour la Banque mondiale, un candidat à la présidentielle Congolaise disait, dans une interview à la Télévision congolaise, cette semaine, que ce pays (le Sénégal) ne produisait que de l’arachide. Aujourd’hui, le Sénégal a un peu plus que de l’arachide, et même beaucoup de gaz. Mais il a surtout des femmes et hommes bien formés. Car la matière grise est une bien meilleure richesse que toutes les matières premières.

Source : rfi

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