Chronique de Kodjo Epou : Note d’éthique à nos agrégés.

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Le président de l’Université de Lomé Dodzi Kokoroko (droite) et ses acolytes militant pour le Faure/RPT-UNIR | Photo : DR
Le président de l’Université de Lomé Dodzi Kokoroko (droite) et ses acolytes militant pour le Faure/RPT-UNIR | Photo : DR

Des intellectuels, présidents d’universités, en campagne pour un chef de clan bardé de cadavres qui brigue un quatrième mandat. Ces deux individus ont pourtant appris, à Poitiers et ailleurs, que leur rôle c’est d’être des penseurs justes, des éclaireurs désintéressés, sans militantisme politique, compte tenu du contrat moral tacite qui les lie à la société qu’ils ont pour devoir d’aider à briser les fers de l’oppression. Ne savent-ils pas, ces agrégés, qu’on attend d’eux qu’ils soient de bons universitaires, des “brain box”, des “think factory” qui rouvrent devant notre société un horizon d’espérance longtemps disparu? Faute de presser les démagogues du pouvoir à aller dans le sens d’une REFONTE de l’Etat togolais en dégénérescence, nos pitoyables professeurs trouvent qu’il est plus facile de colmater par-ci et par-là, de ravaler, par maquillage électoral, la façade décrépite de l’Etat, alors qu’ils se doivent d’en exiger une REFONTE totale. Quand on est universitaire, on appartient au peuple, on le représente! Voici quelques notes de recyclage et de mise à jour pour nos éminents (?) universitaires.

L’intellectuel, à notre avis,  » c’est la femme ou l’homme formé pour jouer dans la société un rôle critique, bien entendu, pour apporter des solutions aux crises et aux problèmes précis que la société traverse. Albert Camus le définit comme celui qui ne peut pas, pour quel que motif que ce soit, se mettre au service de ceux qui font l’histoire mais de ceux qui la subissent ». Vu sous cet angle, il va s’en dire que l’intellectuel est appelé à réfléchir – c’est son métier – à comprendre et apprivoiser les problèmes de sa société. Ensuite il doit s’engager – c’est son devoir – à trouver les moyens, à formuler des idées et/ou inventer des cadres destinés à apporter des solutions équitables, beaucoup plus à l’avantage du peuple. Cela suggère donc qu’il est soumis à l’exigence de se détacher des petites combines politiciennes et s’inscrire dans l’honnêteté, le désintéressement par rapport à des rétributions c’est-à-dire sans attendre de la société ni compliment, ni éloges encore moins une promotion pour services accomplis.

L’universitaire qui mendie des postes – ils abondent au Togo – se désagrège et devient redevable au pouvoir; il ne peut plus, dans sa posture de demandeur, accomplir la mission qui est la sienne dans la société. Son objectif, ou son métier n’est pas de bénéficier de faveurs ou de privilèges de qui que ce soit, mais de veiller à ne pas altérer son indépendance, son intégrité morale.

Le président de l’Université de Lomé Dodzi Kokoroko (centre) et ses acolytes militant pour le Faure/RPT-UNIR | Photo : DR
Le président de l’Université de Lomé Dodzi Kokoroko (centre) et ses acolytes militant pour le Faure/RPT-UNIR | Photo : DR

Les Togolais attendaient de leurs élites intellectuelles de se soucier de l’objectivité, leur rôle étant beaucoup plus de jouer leur partition en tant que penseurs JUSTES ET HONORABLES. L’engagement de l’universitaire ne peut guère signifier un militantisme politique quand bien même qu’il est libre de choisir son camp. Mais quand il arbore T-shirts, foulards et casquettes à l’effigie du parti gouvernant, il tombe indubitablement dans une vulgarité qui le dévalorise, parce qu’il aura brisé l’écart qui devrait exister entre lui et le portefaix du marché qui, lui, à cause de l’indigence, pourrait aller battre campagne contre une modique somme d’argent.

En effet l’une des qualités, à notre avis, de l’universitaire, c’est qu’il doit savoir et pouvoir identifier les incertitudes, les erreurs, les imperfections des politiques, tout en ayant la capacité de ne pas tomber dans le piège des vils louanges en faveur d’un pouvoir autocratique qui n’est pas l’émanation du peuple. En ne rompant pas avec les petites ruses, les manipulations injustes ainsi que les calculs égoïstes des politiciens, l’intellectuel se transforme en un despote, en un potentat pour la société donc, ne pourra plus être cet éclaireur avisé ou encore en mesure de protéger la franchise universitaire vitale pour le bon fonctionnement de son institution.

Le président de l'Université de Lomé Dodzi Kokoroko (centre) et ses acolytes militant pour le Faure/RPT-UNIR
Le président de l’Université de Lomé Dodzi Kokoroko (centre) et ses acolytes militant pour le Faure/RPT-UNIR | Photo : DR

En référence à son statut ainsi décrit, l’on peut se demander si l’universitaire engagé dans une campagne de promotion de la tyrannie, peut se targuer d’être un intellectuel? Pas tres évident car, si l’instruction est essentielle et importante pour l’homme, elle est insuffisante pour faire de lui un intellectuel. Question: Est ce que le bling-bling Kokoroko, président de l’Université de Lomé et ses acolytes de Kara sont des intellectuels, eux qui, par leur engagement aux côtés du dictateur contre la société, cause tant de torts et d’énormes forfaits à ladite société? Ne nous disent-ils pas eux-mêmes, par leur choix de l’absurde, qu’ils sont des complices de l’état de terreur que combat notre peuple? Quel crime ce peuple a pu commettre pour mériter le sort qui lui est fait par ses propres enfants, trahi à la ronde par son armée, ses juges, ses universitaires, ses artistes etc …, ceux-là même qui sont supposés être ses soutiens de premier plan?

Pourquoi la plupart de nos universitaires n’arrivent pas à soutenir notre peuple dans ses efforts de libération? Pourquoi n’aident ils pas à la recherche sincère et engagée de solutions équitables et durables à tous les problèmes urgents: politique, institutionnel, sécuritaire, économique, social, en vue d’une réconciliation nationale. Ce sont là les tâches qu’on est en droit d’attendre de nos universitaires bardés de diplômes qui, à la différence du citoyen ordinaire, auraient dû être capables de dire à UNIR et à ses cadres que l’Etat doit rétablir le droit, les valeurs positives de respect de la vie humaine et des libertés individuelles et ce, à travers une justice indépendante. L’intellectuel qui ne peut pas parler en ces termes au nom de la société n’en n’est pas un de crédible ou, n’est pas assez qualifié pour aller vendre ses talents ailleurs si nécessaire.

Non, la refonte est une EXIGENCE qui part, dans le cas togolais, du constat que notre pays a connu un demi siècle d’exclusion, d’oppression et de frustrations diverses. L’alternance devient alors une exigence que nul ne doit convertir en argent liquide pour sa proche comme doivent le savoir, dans leur for intérieur, nos célèbres professeurs agrégés. A moins que dans leurs têtes apparemment contrefaites, l’alternance signifie, au Togo, reprendre les mêmes personnes avec le même parti et recommencer les mêmes forfaits, le même cycle de violences et de prédation.

Enfin, quelle que soit l’ampleur de la mauvaise foi de la classe dirigeante, nos intellectuels doivent s’organiser, se regrouper, se mobiliser pour ASSISTER le pays avec un agenda unique comprenant trois volets essentiels: L’Alternance dans la VERITE des urnes, la RECONCILIATION NATIONALE dans une forme authentique et une REFONTE TOTALE DE L’ETAT qui ne cherche pas à privilégier un camp sur l’autre. Ne pas pouvoir jouer ce rôle et, à l’opposé, s’engager dans une campagne en faveur du candidat du pouvoir qui cherche à prolonger son système de dictature, c’est apporter la preuve qu’on est qu’un universitaire « korokoko »c’est-à-dire fantoche, une figure peu ragoûtante dont ses étudiants ne peuvent rien attendre de prometteur pour leur avenir. C’est déroutant.

Kodjo Epou
Washington DC
USA

Kodjo Epou
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