Covid-19, Togo : Quand la cacophonie et la barbarie détournent l’attention du vrai combat

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Sa réaction était très attendue depuis la survenue de la pandémie à coronavirus au Togo le 06 mars dernier. Le chef de l’Etat Gnassingbé Faure a fini par prendre la parole le 1er avril dernier dans une adresse plus au moins fleuve de 25 minutes. De son intervention, on peut retenir certains points clé notamment la mise en place d’une force spéciale anti-pandémie, la gratuité de l’eau et de l’électricité en faveur des tranches sociales, le fond de la solidarité et de la relance économique…

« Avant la survenue du premier cas au Togo, nous avions déjà appréhendé le mal et mis en place un comité de crise que je préside personnellement et qui se réunit régulièrement pour évaluer la situation et prendre les décisions qui s’imposent. Par ailleurs, j’ai institué par décret une Coordination Nationale de gestion de la riposte au COVID-19 », a déclaré le Président réélu pour la 4ème fois.

Pour lui, « face à la gravité de la situation et en conformité avec les dispositions constitutionnelles, je décrète l’état d’urgence sanitaire au Togo pour une période de trois mois. Cette disposition de notre Constitution, jamais mise en œuvre dans l’histoire récente de notre nation, est la preuve de la gravité de la situation à laquelle nous sommes confrontés. L’état d’urgence nous permettra d’adopter des mesures exceptionnelles de riposte sanitaire et de police générale qu’imposent les circonstances actuelles. Un couvre-feu sera mis en place à compter du 2 avril 2020 et ce, jusqu’à nouvel ordre entre 19 heures et 6 heures du matin. J’ai donné à cet effet des instructions au gouvernement pour réajuster les horaires de travail pour qu’elles tiennent entre 9 heures et 16 heures. Il est par ailleurs créé par décret une force spéciale anti-pandémie composée de 5 000 hommes, qui sera chargée de veiller au respect des décisions prises dans le cadre de la lutte contre le Covid 19 ».

Plus loin, M. Gnassingbé avance que « des structures sanitaires sont identifiées sur toute l’étendue du territoire pour accueillir les personnes testées positives au Coronavirus. J’ai instruit le gouvernement de renforcer les moyens de ces structures pour faire face à la situation. Nous avons reçu des équipements de protection et des tests de dépistage aux normes de l’Organisation mondiale de la santé pour augmenter notre capacité opérationnelle à Lomé et à l’intérieur du pays. Toute personne présentant des symptômes du Coronavirus peut ainsi se faire dépister de manière totalement confidentielle, rapide et surtout gratuite ».

Pour accompagner les couches vulnérables « nous allons lancer dans les tous prochains jours un programme de transferts monétaires pour aider nos concitoyens qui seront les plus affectés par la crise et les mesures annoncées. Nous allons également rendre gratuits pour trois mois, l’eau et l’électricité pour les tranches sociales. Nous voulons affirmer que face à cette épreuve la solidarité nationale sera au rendez-vous pour aider les plus démunis d’entre nous, les plus faibles, les plus défavorisés ».

Autre mesure phare (sic) « pour financer toutes ces mesures socio-économiques, j’annonce la création d’un Fonds National de solidarité et de relance économique de 400 milliards de francs CFA. Ce fonds sera alimenté par l’apport du gouvernement, les mobilisations auprès des partenaires internationaux, du secteur privé national et international et de toutes les bonnes volontés ».

Faure peu audacieux

Depuis son avènement à la tête du Togo en 2005, c’est une de ses rares sorties dans laquelle on peut retenir des décisions quand bien même c’est presque du copier-coller dans la riposte contre le Covid-19 dans la plupart des pays africains. Mais lorsqu’on analyse au fond les différentes mesures prises, elles ont très peu de portée directe sur le combat de l’heure. Le couvre-feu se révèle une mesure de certains pays africains pour remettre au goût du jour l’état policier. Il n’est dit nulle part que le coronavirus ne circule que la nuit. C’est malheureusement une occasion pour les forces de l’ordre et de sécurité de multiplier les bavures les plus abjectes. Des images ensanglantées qui sont d’ailleurs sources de contamination pour ces éléments incontrôlés et la population.

Ailleurs, c’est le confinement avec les mesures d’accompagnement, point barre. Quant à la gratuité de l’eau et de l’électricité, c’est du leurre. Combien de ménage dispose de son propre compteur ? A l’échelle nationale, l’électricité est une denrée rare. Il est même démontré que le compteur prépayé (Cash Power) le plus commercialisé par la Compagnie d’Energie Electrique du Togo (CEET) ne dispose plus de tranche sociale. Pour la gratuité de l’eau, c’est encore plus criard. Combien de personnes sont bénéficiaires de cette mesure ? Il suffit de comparer les mesures prises ailleurs comme au Burkina Faso ou au Gabon pour se rendre compte que Faure Gnassingbé n’a rien dit de sérieux en dehors de la militarisation du pays.

Pour ceux qui en doute, il suffit de prendre le discours du 02 avril dernier de Roch Marc Christian Kaboré du Burkina Faso et ses différentes déclinaisons pour toucher du doigt le concret. En réalité, en dehors de son discours, il faudrait des décrets pour la mise en œuvre des décisions annoncées. Aujourd’hui, c’est la cacophonie dans tous les sens. Le cas des conducteurs de taxi-motos reste le plus décapant. Voilà un secteur qui absorbe près de 50.000 Togolais. Du jour au lendemain, le gouvernement décide de mettre fin à cette activité sans mesure concrète d’accompagnement. Partout aujourd’hui, cela bourdonne.

Et on n’est pas loin d’une implosion sociale.

L’interdiction dans un premier temps concerne tout le pays. Plus tard, on parle seulement du Grand Lomé. Un peu comme le couvre-feu que le chef de l’Etat avait annoncé de 19hures à 6heures avant que les ministres de la Sécurité et de l’Administration Territoriale ne parlent de 20 heures à 6 heures. A regarder de près la grande cacophonie dans les différentes mesures, cela démontre l’incompétence notoire du gouvernement et le très peu de sérieux qui caractérise la gestion même de ce pays.

Ce faisant, les saltimbanques sont en train de détourner l’attention des populations sur un autre terrain que le combat réel contre le coronavirus. Il est très urgent que les approches soient revues pour plus d’efficacité. Autrement, on est plus qu’en danger au Togo

Source : Le Correcteur

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