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Crise sociopolitique du Togo : Positionnement du groupe des 06 OSC un an avant la présidentielle de 2020

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Elles sont 06 organisations de la société civile à signer un document commun dans lequel elles se prononcent sur la situation sociopolitique, à un an de la présidentielle de 2020. Dans le but de promouvoir un dialogue alternatif, les droits humains, la justice sociale, la paix sociale et civile, la démocratie et l’Etat de droit, l’ACAT, l’ATDPDH, la CEJP, le GRAD, SADD et le SYNPHOT ont organisé, hier, une rencontre avec la presse et au cours de laquelle, après avoir passé au crible la situation de morosité qui prévaut et situé les responsabilités, ces organisations ont livré leur analyse et leur positionnement par rapport à bien des sujets. Le groupe propose un dialogue alternatif comme nouvel espace d’expression pour les citoyens et la participation de la société civile pour sauvegarder le vivre ensemble. Ci-dessous le contexte togolais, l’analyse de la situation sociopolitique actuelle et le positionnement du groupe des 06.

CONTEXTE

10 ans après l’élection présidentielle controversée de 2005, celles plus ou moins apaisée de 2010 et de 2015, ontune fois encore  donné vainqueur le  Président sortant Faure Gnassingbé, victoires, certes contestées par le principal adversaire, Jean-Pierre Fabre dans ces présidentielles marquées par un fort taux d’abstention des électeurs acquis à la cause de l’opposition dans ses fiefs des régions Maritime et des Plateaux, deux régions les plus peuplées du Togo.

En mars 2015, à quelques semaines de la présidentielle de 2015,  le groupe des 06 organisations de la société civile avait publié un rapport décennal 2005-2015 intitulé : « Démocratie à double vitesse, Ambivalence d’un pouvoir qui tergiverse ». Ce rapport dresse un bilan de 10 ans de la situation sociopolitique du Togo sous la présidence de Faure Gnassingbé. Le rapport a rappelé le contexte de 2005, décrit le paysage politique, fait le bilan des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales, mis en évidence les questions des DCP et des DESC avant de conclure sur l’ambivalence du pouvoir articulée autour de 04 axes à savoir : promettre une avancée, faire patienter, reculer et piéger.

Fort de ses analyses et conclusion, le groupe des 06 a proposé les perspectives de paix civile et sociale au Togo et a invité les candidats à la présidentielle à prendre des engagements sur 10 points des grands enjeux nationaux dont l’essentiel porte sur les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales, les droitscivils et politiqueset les droits économiques sociaux et culturels dans des délais indiqués afin de garantir la paix civile et sociale au Togo.Bien que plusieurs points des recommandations aient été pris en compte, le point relatif à l’épineuse question des réformes constitutionnelles, institutionnelles et  électorales dans un délairaisonnable après la présidentielle de 2015 a été occultée ouvrant la brèche à des manifestations de mécontentements populaires. Le PNP lança le 19 août 2017 un soulèvement populaire pour revendiquer le retour à la Constitution de 1992 et le vote de la diaspora. Rejoint par d’autres partis politiques, ils formèrent ensemble une coalition de 14 partis politiques de l’opposition dénommée C14.Les mouvements de protestation s’intensifièrent, la répression s’abattit brutalement occasionnant plus de 14 morts et des centaines de blessés graves et de réfugiés, ce qui obligea la CEDEAO à offrir sa médiation pour un dialogue politique.

Le 31 juillet 2018 à Lomé en République Togolaise, s’est tenue la cinquante-troisième (53ème) session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, qui dans sa prise de diverses résolutions, a sorti une feuille de routeen 47 points dont, entre autres, les législatives du 20 décembre 2018 boycottées par la C14 pour juguler la crise sociopolitique que traverse le Togo depuis le 19 Août 2017.

NOTRE ANALYSE DE LA SITUATION SOCIOPOLITIQUE ACTUELLE

La crise sociopolitique des deux dernières années est l’expression sans cesse croissante du mécontentement populaire des citoyens togolais face à l’indifférence du gouvernement de mettre en œuvre les réformes constitutionnelles et institutionnelles préconisées par l’APG et les recommandations de la CVJR. Le règlement de la question des réformes, légitimes aspirations des citoyens togolais face au blocage de créer les conditions optimales pour l’alternance démocratique, est devenu une préoccupation majeure, aujourd’hui partagée par la majorité des Togolais.

L’échec du 27ème dialogue politique togolais et de la mise en œuvre consensuelle de la feuille de route issue de ce dialogue est la preuve de ce qu’il perdure de vrais blocages politiques sur la mise en œuvre de l’APG en son chapitre III, sur la poursuite des réformes constitutionnelles et institutionnelles nécessaires à la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance au Togo. Mais en réalité, le groupe des 06estime qu’il n’y a pas eu de dialogue politique pour ce 27ème  dialogue pour conclure un accord, mais des concertations pour accoucher une feuille de route dont la mise en œuvre n’a pas été consensuelle. L’institution sous-régionale (CEDEAO) chargée du suivi de la mise en œuvre transparente et consensuelle de la feuille de route a très vite cafouillé devant les tergiversations de la C14 et les précipitations du pouvoir.

Par ailleurs, la répression brutale et disproportionnée des forces de sécurité et de défense dans la gestion des manifestations publiques qui ont sous-tendu les revendications de l’opposition ses deux dernières années est une parfaite illustration de ce que le pouvoir n’a pas perdu ces vieux réflexes de conservation à tout prix du pouvoir  et par tous les moyens.

A titre de rappel, une réforme avant la présidentielle de 2015 a été le vœu de l’écrasante majorité des citoyens togolais selon l’afro-baromètre d’octobre 2014. L’opinion publique sur cette question reste presque inchangée depuis lors. Mais l’enlisement du débat sur la rétroactivité du texte constitutionnel a permis au pouvoir, comme à l’accoutumée, de se maintenir alors que si le principe du droit selon lequel la limitation du mandat présidentiel est plus importante que de savoir si elle s’applique à X ou Y, avait été considéré, le Président de la République actuel serait à son dernier mandat.

Par manque de lucidité d’une classe politique de l’opposition sans vision et sans stratégie, l’opportunité d’un autre boulevard s’est offerte sur un plateau d’or pour le pouvoir qui avait opté pour un accord gagnant-gagnant rejeté par l’opposition qui s’est enlisé dans un débat trompeur sur « la rétroactivité », or du point de vue des droits humains, la réintroduction du principe de la limitation du mandat présidentiel est plus importante que de savoir s’il s’applique à X ou Y .

Les réformes avant les législatives du 20 décembre 2018 avaient été annoncées par le porte-parole du gouvernement en son temps (avant les législatives du 20 décembre 2018) sur une radio locale, mais le constat est tout autre. Les législatives se sont déroulées sans les réformes constitutionnelles et institutionnelles, ce qui conforte bien la stratégie du pouvoir: « Promettre une avancée, faire patienter, reculer et piéger ».

Que retenir des crises sociopolitiques récurrentes au Togo?

La persistance de la situation politique résulte de la faiblesse d’une opposition qui n’a pas de répondant face aux stratégies et manœuvres politiques d’un pouvoir solidement implanté. Les stratégies développées par l’opposition togolaise sont loin d’ébranler le pouvoir. Le rapport de force opposition et pouvoir est loin d’être en faveur de l’opposition en termes de moyens financiers, de répression, de plaidoyer en direction des institutions sous-régionales et internationales et de relations avec certaines puissances internationales. En somme, la géopolitique sous-régionale et internationale est largement en défaveur de l’opposition togolaise pour la transformation sociale et politique au Togo.

Quelle implication du groupe des 06 ?

Si le rôle de la société civile est crucial tout au long du processus de démocratisation et son dynamisme un critère important de la légitimité des véritables régimes démocratiques, sa vitalité gage le plus sûr de stabilité sociale et le rempart le plus efficace contre les tentatives de retour à l’autoritarisme, il revient justement au groupe des 06 dans le contexte actuel du pays de créer les conditions optimales d’un dialogue alternatif inclusif pour la paix sociale et le vivre ensemble pour les citoyens dans leurs différentes localités et partant la mise en œuvre rationnelle et efficace des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales tant espérées par le peuple.

POSITIONNEMENT DU GROUPE DES 06

  1. Dialogue alternatif

Dans le contexte sociopolitique actuel, le groupe des 06 OSC opte pour le dialogue alternatifcomme un nouvel espace d’expression pour les citoyens et la participation de la société civile au processus de démocratisation comme contre-pouvoir et interface pour débattre et informer en toute impartialité les populations sur les grands enjeux de notre pays, les avancées, les freins, les difficultés et les dérapages.

Dans le même ordre d’idées, le groupe des 06 entend promouvoir le Dialogue alternatifcomme  un espace ouvert de rencontre à intervalle régulier où les OSC échangent avec les acteurs politiques sur  les problèmes de société, les  grands enjeux nationaux en valorisant leur savoir-faire pour contribuer à recentrer l’action politique sur les nécessités, les droits et les légitimes aspirations du peuple dans le respect des principes fondamentaux de la gouvernance politique, démocratique, sociale et économique.

  1. Les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales

Le groupe des 06 pense la démocratie comme étant le chemin pour résoudre politiquement les problèmes de société auxquels le Togo est confronté. Il s’oppose à toute vision totalitaire et à l’usage de la violence comme moyen de contrôle social et de conservation du pouvoir.Le groupe des 06 réitère sa position de 2015 sur les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales recommandées dans les perspectives de paix civile et sociale au Togo inscrite dans son rapport décennal sous la présidence de Faure Gnassingbé intitulé : « Démocratie à double vitesse ; Ambivalence d’un pouvoir qui tergiverse ».

  1. Processus électoraux

Le groupe des 06 s’engage à faire le suivi des élections dans une dynamique de regard citoyen des élections localeset présidentielles et n’hésitera pas à créer des synergies pour l’observation nationalesdes élections locales et présidentielles.La mise en œuvre de la feuille de route s’était heurtée à des difficultés notamment la question de la recomposition  de la Commission Electorale Nationale Indépendance(CENI) inclusive et celle du fichier électoral problématique.

En effet, le 30 Avril 2019, la CENI a lancé les préparatifs d’un nouveau recensement électoral, pour les élections locales. Notons que les élections législatives qui n’ont pas eu l’unanimité de toute la classe politique ont divisé les Togolais qui prétendent que les députés sont nommés. Les partisans de la C14 se sentent exclus et marginalisés.

Les prochaines élections locales doivent être organisées de façon consensuelle et inclusive pour garantir la paix civile et sociale.

  1. Suivi des politiques publiques

Le groupe des 06 va organiser  le suivi ou la surveillance des politiques publiques, et ce faisant, créer les conditions et susciter l’appui nécessaire à une forte implication des OSC, notamment le suivi de l’adoption des politiques via le Parlement et le suivi sectoriel de leur mise en œuvreainsi que des engagements pris par le Togo avec les organes de traités des Nations Unies en termes de respect des droits humains (EPU et Comité DESC des Nations Unies) et ceux avec le BIT dans le cadre du programme pays pour la promotion du Travail décent.

  1. Les relations avec les partis politiques

Le groupe des 06 entend promouvoir des espaces de réflexion et d’échanges entre acteurs de tout bord, stimuler la participation des leaders politiques aux débats citoyens afin de mieux cerner les problèmes de société et concevoir des projets de société qui répondent aux besoins et légitimes aspirations du peuple. Toutefois le groupe des 06 garde son impartialité et objectivité et n’entend pas recevoir des directives ni de l’argent du pouvoir ni d’un quelconque parti politiquepour le financement de ses activités.

  1. Les relations avec les parlementaires

Le groupe des 06 entend promouvoir des espaces de réflexion et d’échanges entre des parlementaires de tout bord, stimuler la participation des parlementaires  aux débats citoyens pour confronter et dans la mesure du possible harmoniser les points de vue sur l’adoption des lois visant la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit.

  1. Le partenariat avec les organisations de la société civile

Le groupe des 06 va créer et fortifier de nouvelles articulations nationales entre les mouvements et les entités de la société civile qui n’obéissent pas aux ordres du parti ou des partis au pouvoiret des partis politiques de l’opposition.

Ce nouveau partenariat exige de toute organisation membre ou allié du groupe des 06: l’objectivité, la fonction de protection, la fonction de contrôle, la fonction de participation, la fonction d’articulation, la fonction de démocratisation et la fonction de règlement (ou gestion) des conflitssociaux.

  1. Appel du groupe des 06

Le groupe des 06 OSC lance un appel patriotique à tous les acteurs de la vie sociopolitique, à tous les citoyens de bonne volonté, épris de paix et de justice, à collaborer pour asseoir une véritable démocratie au Togo, qui passe par les réformes constitutionnelles et institutionnelles.

Fait à Lomé, le 02 mai 2019  à Lomé,

Le Groupe des 06 OSC
 
source : Liberté
 

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