Déclaration de l’ATLMC : Les élections locales ; à l’instar des législatives et de la présidentielle, allons-nous les perdre, elles aussi?

Déclaration

 
Les élections locales : à l’instar des législatives et de la présidentielle, allons-nous les perdre, elles aussi?
 
Il y a aujourd’hui 25 ans que notre Association a vu le jour. 25 ans de courage, de témérité, de détermination, de satisfactions partielles et de frictions de toutes sortes.
 
Sese-Rekuah_AYEVA


Cette année encore, les activités de sensibilisation par voie de conférence sur les ondes d’une des radios locales auront lieu pour rappeler notre histoire depuis notre engagement dans cette éprouvante lutte pour l’avènement de la démocratie dans notre pays. Ne dit-on pas qu’ « Un peuple qui n’a pas de mémoire est un peuple qui n’a pas d’avenir ». C’est donc un devoir primordial que de structurer et de défendre cette mémoire. Les activités entreprises par l’ATLMC demeurent inscrites à jamais dans l’histoire de notre pays et elles font la fierté de notre peuple qui est resté hostile à toute forme d’exploitation humaine. C’est le lieu de remercier infiniment le groupe de militants qui a financé les opérations qui meubleront, symboliquement, le 25 ème anniversaire de la création de l’ATLMC.
 
Notre volonté de rendre de nouveau opérationnel notre site d’information reste intacte. Difficilement, nous avons pu dénicher quelqu’un. L’on ne saurait prendre n’importe qui. Il y a des critères qu’il faut remplir. Actuellement, nous sommes en concertation avec la personne qui remplit les conditions que nous avons fixées.
 
L’ATLMC exprime, de nouveau, son désarroi et sa profonde déception quant à l’élection présidentielle de l’année passée. Le bilan de la participation désastreuse à cette élection a-t-il été fait ? Y a-t-il une structure appropriée pour réfléchir, analyser et trouver des solutions adaptées à chaque cas ? Quels résultats a-t-on obtenus ? Qu’a-t-on dit au peuple ? Et qu’est-ce qu’on en fait maintenant car les aiguilles de la politique ne s’arrêtent jamais, de nuit et de jour ? Qu’en fera-t-on demain, demain qui est une échéance où le niveau et la qualité de performances seront portés plus haut et pousseront les futurs politiciens vers un perfectionnement de plus en plus contraignant ?
 
L’opposition est-elle devenue une coquille vide ? Si oui, que faire pour restaurer son image ? Au vu du scrutin scandaleux et stupide de 2015, l’ATLMC aurait voulu que M. Jean-Pierre Fabre refusât le titre du Chef de file de l’opposition togolaise que lui a décerné M. Faure Gnassingbé. Il ne sert à rien de baptiser pour baptiser car celui qui vous baptise doit jouir d’une image sociale louable. De quel droit a-t-il pris cette initiative, lui qui ne peut décider pour un camp politique qui n’est pas le sien ? L’on a comme l’impression que M. Faure Gnassingbé, au travers de cette nomination, a choisi son adversaire pour l’élection présidentielle de 2020 vu que son opposition essaye toujours de se trouver un candidat unique, sans toujours parvenir à un succès évident ! En d’autres termes, cette nomination rétrécit le champ d’action, de liberté et d‘appréciation de l’opposition quant aux préparatifs de la prochaine élection présidentielle.
 
Lorsqu’on se réclame de l’opposition et que, paradoxalement, on œuvre au maintien ou au renforcement de la dictature, eh bien, il y a lieu de redéfinir l’identité politique de ce type de politiciens qui, tels des rongeurs, démolissent la charpente de leur bâtisse et lui enlèvent la sève ou le ciment qui rassemble ses différentes composantes. Cette sève, c’est la confiance, et celle-ci a disparu entre les acteurs de l’opposition. Tristement, la confiance a fait place à la méfiance. Si la confiance est un élément de fixation et de consolidation de rapports entre les individus qui poursuivent un objectif commun, la méfiance, quant à elle, produit l’inverse notamment en démobilisant totalement des organisations édifiées avec courage et lucidité. Au nom de cette méfiance dont les émanations sont parvenues partout dans notre société, bon nombre d’électeurs ne sont pas allés et n’iront pas voter : ils estiment que les candidats et leur état-major ne respectent ni les électeurs ni leurs promesses de toujours car le peuple ne leur tient « à cœur que le temps des campagnes électorales ».
 
Pour les élections locales dont les préparatifs se focalisent seulement à Lomé 2, il est à redouter que, à l’instar de l’élection présidentielle de 2015, le système de tricherie en vigueur au Togo depuis des décades ne vienne les prendre en otage. En dehors des partis politiques qui doivent réagir avec plus de vivacité et d’imagination, que fait concrètement la société togolaise dans son ensemble pour barrer, cette fois-ci, le passage au régime qui veut souiller tout le système électoral.
 
Nous aurions pu adresser des félicitations à ce régime s’il avait fait suivre sa volonté d’organiser des élections locales de celle d’associer tous les partis politiques à ce projet. La manipulation politique se poursuit : la dernière convocation des Chefs traditionnels à Lomé 2 aurait donc dû être une soigneuse opération politique décidée de commun accord avec l’opposition. Au sujet de ces locales, un projet de décentralisation est élaboré par le régime afin de l’imposer au peuple. Il est actuellement à son niveau de confidentialité.
 
Et si les Togolais ne s’unissent pas pour demander avec fermeté, la mort dans l’œuf de ce périlleux projet de décentralisation, eh bien, sa mise en application confirmera que leur République branlante est en voie de devenir carrément un royaume s’il ne l’est pas encore. Comment et pourquoi ce projet de décentralisation s’est-il retrouvé sur la place publique? Est-ce un indice de mécontentement et d’opposition d’une partie du groupe de rédaction à ce projet de dislocation criminelle de nos entités territoriales?
 
Elle est sortie de terre comme un champignon, cette méfiance, et elle a joui d’une croissance rapide. La sociologie du vote togolais est perceptiblement teintée de cette méfiance, voire même du dégoût de la chose politique. Les vagues de compromission de beaucoup de politiciens ont logiquement suffi pour déclencher cette aversion du peuple envers les hommes politiques et leur répugnant cadre de manipulations diverses. Si des leaders de l’opposition sont indexés comme « achetés » par le camp du pouvoir, comment peuvent-ils encore trouver un moyen efficace pour redorer le blason et retrouver leur crédit d’antan ? Comment arrêter aussi l’introduction en son sein de vers vénéneux et « de chevaux de Troie » dont la mission est d’œuvrer pour la pérennité du régime ? Le régime a réussi à diviser l’opposition. Il a réussi à démobiliser l’électorat. Il ne s’arrêtera pas là. Il cherchera à la faire disparaître, progressivement.
 
Des frémissements politiques se font observer comme si une conscience de remplacement se mettait timidement en mouvement pour remplacer une autre, à savoir celle qui a déçu le peuple. En attendant que les intelligences se muent en consciences, le temps et l’histoire nous observent attentivement pour voir le sens que nous aurons accordé à notre liberté, à notre appartenance à la même moule territoriale et à la solidarité qui doit nous porter tous. La solidarité dans l’adversité et l’adversité dans la solidarité au sein de l’opposition, voici deux concepts qui n’ont obtenu aucune grâce auprès de ceux qui prétendent présider, aujourd’hui et demain, à nos destinées. Et lorsque qu’on se décide à servir la nation, il faut s’éloigner, comme on le ferait vis-à-vis de la peste, de la voie de la lâcheté, de la traitrise et de la méchanceté car ceux qui s’associent dans l’injustice pour trahir leur engagement, prennent aussi le risque d’être associés dans le supplice qu’ils pourraient subir un jour si les urgences historiques le décidaient.
 
Nos gouvernants sont imperméables à tout appel qui s’oppose à leurs éloges. Comme tant d’autres organisations, l’ATLMC en a lancé plusieurs dans l’espoir de voir M. Faure Gnassingbé se conformer à « Son Livre Blanc » dont il en a pourtant rien respecté. Ceci est INIMAGINABLE ! Ces appels étaient sincères car ils ne visaient que la préservation de la vie de tous les Togolais sur la base d’un accord politique historique qui consacrerait à la fois le départ négocié du pouvoir de M. Faure Gnassingbé et l’amorce d’un tournant décisif pour notre pays. Mais hélas !!!
 
Aussi l’ATLMC lance-t-elle un pressant appel patriotique à la jeunesse togolaise pour qu’elle n’adopte pas des attitudes de défaitisme, de résignation, de bassesse, de compromission etc… C’est cette attitude de démission que le régime voudrait que la jeunesse affiche ! Non, prière de ne pas lui donner ce plaisir. Ne dit-on pas que « la jeunesse constitue la force de la nation »? Oui, naturellement, car c’est dans cette assertion que réside l’avenir du pays, en bien, en mal ou dans le statut quo.
Une partie de cette jeunesse dit avec justesse que la politique s’est révélée, pour les nouveaux chercheurs d’or, comme étant la voie la plus rapide pour se faire de l’argent et ce, sur le dos du peuple. Ce constat est douloureux. Comment combattre, soulager et sortir de cette douleur devenue endémique ? Qui croirait encore aux nouveaux politiciens qui se proclameraient rédempteurs d’une cause difficilement défendable ? « Non, ils finiront comme les autres, souillés par l’argent qui a servi à acheter leur âme » diront les observateurs. C’est ici que la jeunesse doit savoir, avant de s’engager dans ce combat, qu’il ne s’agira pas de le faire pour terminer dans le sac du RPT comme transfuge, c’est-à-dire celui qui a renoncé à une noble cause nationale pour aller grossir le gang des sangsues du peuple.
 
La jeunesse, en tant que continuité démographique de notre peuple désespéré, se doit de « prendre le taureau par les cornes » pour le sauver des gifles que ses propres fils lui infligent sans cesse. Les exactions subies par le peuple sont infinies et l’on pourrait se rappeler l’une des cruautés inoubliables qui ont ébranlé notre psychisme : l’insensibilité affichée par le régime lors la grève générale illimitée de 1992-1993 ! Le monde étant devenu un village, la jeunesse doit s’inspirer des exemples qui ont produit ailleurs liberté et développement. Elle ne doit pas se dérober à ses responsabilités. À cette jeunesse appartiennent ces élections locales ! Elle doit investir les Conseils de Préfecture et de Commune afin d’apporter, dans l‘ordre républicain, une autre manière de gérer nos localités qui sont bloquées depuis 1987 : nommer par la suite les Maires et consorts par décret présidentiel, comme on le fait depuis les années 1990, n’est nullement un signe de démocratie !
 
À cette jeunesse, l’ATLMC rappelle, les raisons de ce blocage des élections depuis 1987. Après le référendum de 1992, les Togolais avaient commencé à préparer leur dossier de candidature pour les différentes élections prévues par la loi. Il était question que ces élections devaient respecter la chronologie suivante : en introduction le référendum, après viendront les élections locales, ensuite les élections législatives et enfin les élections présidentielles à 2 tours. Donc, après le référendum, les candidats se sont manifestés partout pour les locales qui s’annonçaient déjà. Mais à Kara, le fief présidentiel, tous ceux qui se sont inscrits l’ont fait sur des listes de l’opposition. La liste du RPT est demeurée vide.
 
Pour les instances supérieures du RPT, un affront gigantesque allait se produire et noyer impitoyablement les intentions électorales de ce parti, des locales aux présidentielles, dans un rejet absolu jamais vu en Afrique. Ce fut ainsi que la manière forte était intervenue. Le RPT renversa l’ordre chronologique prévu par le Code électoral. Les élections présidentielles et législatives furent organisées avec un espace considérable entre elles. Par contre, les élections locales furent « oubliées » jusqu’à ce jour où nous rédigeons cette déclaration. Par la suite, les leaders politiques, préoccupés par la conquête du fauteuil présidentiel, ont rarement évoqué ces élections locales.
 
Le régime redoutait ces élections pour quelques raisons dont celles qui suivent :
 
– La valeur exceptionnelle qu’elles représentent en termes de décentralisation : la libération des forces d’imagination et de création dans les localités n’était pas au programme d’un parti qui n’est pas pour le partage du pouvoir.
 
– La force dévastatrice de ces élections devait balayer le RPT/UNIR : vouloir tricher ou bourrer les urnes ici équivaut à provoquer « la ruche d’abeilles » de chacun des milliers de candidats qui vont s’inscrire pour ces élections sur toute l’étendue du territoire national. Comment le régime pourrait-t-il éteindre tous ces foyers de revendication qui vont s’allumer et devenir un brasier national perceptible de partout ? L’insurrection ne serait plus loin. Et comment allait-il pouvoir demeurer encore au pouvoir ?
– Ces élections symbolisent aujourd’hui un nouvel axe d’accès au pouvoir par le bas. C’est le lieu de répéter que ceux qui veulent accéder un jour à la magistrature suprême doivent ou peuvent s’exercer ici. Cette opportunité ne fait pas du tout plaisir au régime.
 
L’ATLMC invite la jeunesse à réfléchir à son organisation pour prendre part très activement à ces élections locales. Si les partis politiques se montrent incapables de montrer de « quel bois ils se chauffent » et affichent des résultats de plus en plus décevants, cette jeunesse peut offrir une autre alternative. Nul n’a le monopole absolu sur tel ou tel aspect de la vie de la Nation. Le monde change plus vite qu’on semble ne pas se rendre compte tandis que le Togo végète lamentablement dans des conditions de vie moyenâgeuses.
 
Nous tournons en rond autour des APG, signés en 2006, sans parvenir, en 10 ans, à extraire un seul grain de mil de l’énorme sac que nous convoitons pour le peuple : le combat est devenu individuel et les leaders ont oublié le peuple. L’amertume populaire est infinie quand on sait le risque qu’on prend à signer pour des choses aussi sensibles et névralgiques qui se décideront dans le futur. Pourquoi avoir signé ces Accords ? Aujourd’hui, nombre de partis politiques semblent ne plus pouvoir mobiliser leurs militants. Lequel des partis de l’opposition s’est-il référé à sa base avant de signer un accord ou avant une importante rencontre avec le RPT/UNIR ? Lequel ? Le bilan fait pleurer mais les pleurs ne résoudront pas nos problèmes car c’est dans l’organisation, où les égoïsmes sont tenaces, qu’il faut faire face courageusement, intelligemment et surtout dans les limites de la bonne moralité.
 

Fait à Bremen (Allemagne) le 07 Avril 2016
Pour le Bureau National
Le Président
Sese-Rekuah AYEVA
Ancien Membre du Haut Conseil de la République (HCR),
Parlement de Transition

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *