Délai de livraison dépassé depuis juillet, travaux à l’arrêt, souffrance des usagers


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En mai dernier, le ministre des Travaux publics et des Transports affichait sa satisfaction après sa visite sur le chantier Lomé-Vogan-Anfoin de Cecogroup. Il était loin d’imaginer que les travaux crouleraient sous le coup des retro commissions. Hier après-midi, afin que les citoyens partagent les tribulations des riverains de cette voie, surtout au-delà du passage à niveau en allant à Djagblé, nous nous sommes rendus sur le chantier où aucune trace d’ouvriers de Ceco ou de travaux n’est visible. Nous nous demandons comment cette entreprise fera pour poursuivre ce qu’elle était censée achever en juillet dernier. Et remarquez que bizarrement, et l’autorité contractante, et le ministère qui décaisse, continuent de garder un silence trop lourd pour ne pas résonner dans des tympans de sourds. Le développement de la route devrait profiter au pays, et non à la minorité qui dispose déjà du beurre et de l’argent du beurre.
 
Sans le contribuable togolais, aucune voie ne serait refaite, ce qui veut dire qu’en temps normal les populations doivent avoir un droit de regard sur la gestion qui est faite des ressources du pays. Des journaux parmi lesquels Liberté avaient évoqué entre-temps une affaire de rétro commissions qui fait que les travaux sont bloqués. Lorsqu’on remonte dans le temps, certains faits attirent l’attention pour ceux qui sont convaincus que de la corruption à haute dose s’est invitée dans l’incapacité de la société Ceco à poursuivre les travaux.
 
C’est d’abord la disparition de l’article « Visite du Ministre Ninsao GNOFAM sur la route Lomé-Vogan-Anfoin (RN 34) » du site de la société qui intrigue. La recherche affiche l’information suivante : « Not Found… ». Mais nous l’avons finalement retrouvé dans le cache du site et par rapport aux convictions de retro commissions, on comprend pourquoi cet article est inaccessible. Voici ce que l’auteur, Richard Mao a écrit : « Le Ministre des Travaux Publics et des Transports Ninsao GNOFAM a visité le mardi 19 mai 2015 le projet de la route Lomé-Vogan-Anfoin, la RN 34 dont la réhabilitation et le renforcement sont confiés à CECO BTP. Effectuée en présence du Président du groupe CECO, M. Constantin AMOUZOU, la présente visite s’inscrit dans le cadre de la vérification de l’avancement des travaux. A la fin de la visite, le Ministre Ninsao GNOFAM n’a pas caché sa satisfaction suite au travail accompli sur le chantier surtout que la route Lomé-Vogan-Anfoin est particulière puisqu’elle traverse le fleuve Zio sur une distance d’environ 2 km. Pour lui, «si les travaux n’ont pas pu évoluer comme prévu, c’est juste parce que l’administration n’a pas encore libéré certaines emprises surtout dans les agglomérations». A ceci s’ajoutent « les problèmes d’intempéries puisque c’est une zone à fort taux de pluviométrie » a-t-il poursuivi. Selon le Président Directeur Général du groupe CECO, «un coup d’accélérateur sera donné aux travaux en mettant un accent sur le terrassement en rase-campagne pour accroître le taux d’avancement des travaux qui est de 32% aujourd’hui ». Il faut rappeler que la route Lomé-Vogan-Anfoin distante de 61 km fait partie des routes nationales transversales dont la réhabilitation et le renforcement ont été lancés par le gouvernement togolais ». C’était le 23 mai 2015. Où en est l’évolution aujourd’hui, presque cinq mois plus tard?
 
Lorsqu’une autorité contractante prend des libertés pour justifier les retards dans l’exécution de travaux, il faut s’interroger sur sa moralité. Surtout quand il nous a été donné de découvrir que des ouvriers de cette société ont effectué des travaux au domicile de cette autorité en la personne de Ninsao Gnofam, on affirme qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Le ministre des Travaux publics doit avoir « ses raisons » pour affirmer que « si les travaux n’ont pas pu évoluer comme prévu, c’est juste parce que l’administration n’a pas encore libéré certaines emprises surtout dans les agglomérations ». On croirait entendre un ingénieur de Ceco alors qu’il s’agit bien des propos du ministre des Travaux publics et des Transports, l’autorité contractante.
 
Dans ce dossier puant, c’est aussi la réputation de la Banque ouest africaine de développement (BOAD) qui est mise en jeu, du fait d’un laxisme qui ne dit pas son nom. Etant le principal financier, on ne peut pas dire, au vu du scandale actuel, que cette banque a fait preuve de suivi rigoureux de son prêt, puisqu’il s’agit d’un fond remboursable avec des intérêts. Etait-ce le langage du ministre des Travaux publics qui les a endormis ? Pas sûr. Voici ce qu’un journaliste de l’agence Afreepresse.info a rapporté lors de la cérémonie de lancement des travaux. On était le 30 janvier 2014. « La route Lomé-Vogan-Anfoin bientôt rénovée/ D’ici au mois de juillet 2015, la nationale n°34, longue de 61 kilomètres et allant de Lomé à Anfoin en passant par Vogan, sera complètement réhabilitée à coups de 23 milliards de francs CFA de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et l’Etat togolais. Le premier coup de pioche de ces travaux d’aménagement et de bitumage a été donné jeudi à Akoumapé par le ministre Ninsao Gnofam des Travaux Publics et des Transports. « Le gouvernement a décidé de faire nos routes où beaucoup de chantiers sont encore en construction, la nationale n°1, la côtière et la nationale n°4 Kpalimé-Atakpamé. Le gouvernement a décidé de s’attaquer aux routes transversales. La présente cérémonie marque le départ de cette décision du gouvernement. Il s’agit pour compter de ce jour et ce, pour 18 mois, de procéder à l’aménagement et au bitumage de la route nationale transversale n°34 », a déclaré le ministre à la suite de la cérémonie. Le maître d’ouvrage est l’entreprise Ceco BTP. Si la route sera en pleine construction, pas question d’empêcher les usagers de l’emprunter. « Nous allons incessamment lancer les travaux et par endroit en fonction de l’environnement, nous allons soit travailler en demi-chaussée, soit pratiquer des ouvertures pour dévier la circulation », a rassuré Constantin Amouzou le président directeur général de Ceco BTP ». Si on tient bien compte du décompte de 18 mois pour compter du 30 janvier, fin juillet 2015 devrait consacrer la fin des travaux. Ailleurs, l’une des qualités des sociétés de BTP qui aspirent à conquérir des parts de marché dans un pays est leur aptitude à achever les travaux avant les délais, ce qui rassure les bailleurs. Mais nous sommes au Togo où l’attribution des marchés tient compte des humeurs des autorités.
 
Après les pluies des 9 et 10 octobre dernier, nous avons voulu en savoir davantage sur l’état de la voie, surtout au niveau de la zone située entre le passage à niveau à Kégué et Fiossévétcha, distants de près de 200 m. Aucune trace de Ceco n’était visible si ce n’est l’abandon dans lequel se trouve la voie. Trous béants, flaques d’eau rendant la circulation délicate, chaussée rétrécie par endroits… Lorsqu’on analyse le travail laissé à l’abandon par la société chinoise qui s’est occupée de la voie de contournement, on s’aperçoit que les eaux de ruissellement n’ont nulle part où se jeter. Conclusion, les riverains peinent à se déplacer. Et pourtant, ce ne sont pas les endroits vers lesquels l’eau peut être drainée, qui manquent. Peut-être les ingénieurs de cette société s’en étaient-ils remis au relai que Ceco devrait prendre pour acheminer les eaux de pluie ? En attendant une reprise hypothétique des travaux par cette société, les désagréments causés aux riverains importent peu aux « retro commissionnaires ». Et s’agissant de reprise, il ne sera pas permis que Ceco ouvre un autre chantier, comme le Boulevard des Armées sans avoir progressé de façon visible sur l’axe Lomé-Vogan-Anfoin.
 
Le ministre Gnofam a aussi argué des « problèmes d’intempéries puisque c’est une zone à fort taux de pluviométrie ». On ignore si les lecteurs l’ont aussi relevé, mais sur toute l’étendue du territoire qui est en chantier, c’est la voie, objet d’accusations de retro commissions qui se trouve être « une zone à fort taux de pluviométrie ». Sans blague. Les responsables environnementaux au Togo doivent en rire. Les habitants de Kouma Konda également ! Une chose est évidente, le temps d’abandon de la voie Lomé-Vogan-Anfoin est trop long pour que des esprits maniant la rhétorique veuillent distraire le peuple avec des arguments métaphysiques pouvant occulter le fond du dossier. L’arrêt des travaux attend une enquête pour confirmer la magouille. Pour avoir réussi à approcher des riverains, nous avons pu recueillir certains avis sur la situation. « Les journaux accusent des ministres d’avoir pris des dessous de table, et étant des personnes publiques, les personnalités mises en cause doivent apporter la preuve contraire des accusations portées contre elles sinon, qui ne dit mot consent. La dernière pluie nous a rendu visite à la maison parce qu’il n’existe pas de collecteur pour drainer l’eau qui est recueillie le long du passage à niveau construit par les Chinois. C’est sur la voie allant à Fiossévétcha que tout se déverse. Pour moi, c’est aux Chinois de prévoir de bassin de rétention lors de leurs travaux », a estimé un réparateur installé en bordure de la voie. Un enseignant s’est aussi laissé aller à quelques remarques : «C’est l’amateurisme avec lequel la voie menant à Anfoin en passant par Vogan a été lancé qui me chagrine. Je me demande pourquoi n’avoir pas aménagé au prime abord de bassin de rétention avant de penser aux rigoles, puisqu’une fois ces dernières posées, l’eau devra circuler pour aller quelque part lorsqu’il pleuvra. Malheureusement dans le cas de cette voie, on a l’impression qu’ils veulent la finir d’abord avant de penser à l’endroit où l’eau de pluie ira ». « Personnellement j’aurais aimé que le décès qu’il y a eu sur cette voie par négligence lorsqu’un conducteur s’était retrouvé dans l’étang qu’aucune signalisation n’indiquait, soit issu de la famille du ministre chargé des Travaux publics. Il comprendra alors qu’en se mettant dans la posture du juge et partie, il tue les citoyens. Pourquoi Ninsao Gnofam sait-il très bien que la voie devrait être livrée en juillet, mais se comporte comme un muet ? », s’est demandé un taximan apparemment très instruit.
 
Il nous souvient qu’une fois, un fonctionnaire d’Etat au Togo avait été accusé par une certaine presse d’avoir détourné 45 millions. Pour laver l’affront, l’agent de l’Etat avait démontré l’usage qu’il avait fait de la somme qui était un peu plus de 41 millions et le retour sur investissement au profit de l’Etat togolais. Ce rappel pour dire aux ignorants du droit que si preuve de bonne foi une partie devrait produire, c’est aux ministres indexés de les apporter, et surtout de trouver les raisons qui expliquent que la voie ne soit pas livrée à ce jour. Ne devrait-on pas facturer chaque jour qui passe depuis l’expiration du délai de livraison en juillet à la société Ceco ? Parce que les économistes et les hommes de droit doivent pouvoir démontrer que la non livraison de la voie occasionne un manque à gagner au pays. Ailleurs, c’est la norme. Et à ceux qui se demanderaient comment pourrait-on remonter la piste empruntée par le détournement, une traçabilité de la somme décaissée depuis le Trésor public en identifiant tous les mouvements opérés sur les comptes de la société Ceco au profit d’autres comptes dont l’identité des propriétaires devra être rendue publique, rendrait aisée le travail de ceux qui pourraient être chargés de montrer qu’effectivement, l’arrêt des travaux trouve ses racines dans l’émiettement du premier décaissement de fonds. Autre chose, en mai 2015, l’article paru sur le site de la société parlait de 32% d’avancement des travaux. Fable ou réalité ? Il revient aux vérificateurs d’informer les contribuables sans lesquels la réfection d’aucune route n’est possible. Surtout avec le projet de loi du 17 septembre qui demande aux administrations (et partant, les sociétés) de rendre l’accès à l’information plus aisé aux médias. Vivement le début de la fin du temps des vaches grasses pour la minorité.
 
Abbé Faria
 
source : Liberté Togo
 

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