Des émissaires du pouvoir déployés dans des quartiers de Lomé pour acheter l’adhésion des populations à un 3e mandat de Faure Gnassingbé

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Présidentielle 2015 et manœuvres politiciennes
 
. La surenchère faite autour de la réhabilitation des routes

 
La présidentielle de 2015, c’est encore dans une bonne douzaine de mois ; mais le sujet est présent dans toutes les têtes, particulièrement la problématique de la participation ou non de Faure Gnassingbé. Sans attendre que la question des réformes constitutionnelles et institutionnelles soit réglée à travers un hypothétique dialogue, le pouvoir, lui, a commencé sa traditionnelle manipulation des consciences. Des émissaires sont envoyés dans des quartiers de Lomé pour manipuler les esprits faibles et acheter leur adhésion à un 3e mandat de Faure Gnassingbé.
 
Une candidature bien en question
 
C’est la nième élection organisée au Togo sous le clan Rpt/Unir ; et ce sera la 5e sous le Fils. Mais contrairement aux scrutins présidentiels d’avril 2005 et de mars 2010, celui de 2015 a ceci de particulier que tout le monde peut y participer sauf Faure Gnassingbé. Parvenu au pouvoir en 2005, il bouclera en 2015 ses deux mandats légitimes d’affilée au pouvoir ; et il est forclos pour y participer, au nom du principe universellement partagé en démocratie consistant à quitter le pouvoir au terme de deux mandats, quitte à revenir plus tard si le cœur vous en dit. La question ne devrait même pas se poser, si l’on se trouvait dans un Etat normal, avec des dirigeants qui ont le sens de la dignité et des « institutions fortes » comme l’a souhaité Barack Obama. Mais on est au Togo, et c’est un secret de Polichinelle que Faure Gnassingbé compte bien briguer un 3e mandat, même s’il ne l’a pas encore ouvertement dit. En tout cas les signes illustratifs de cette volonté ne cessent de se multiplier. Le dernier en date est le refus d’organiser un dialogue devant discuter des réformes de l’Accord politique global (Apg), comme le demande Jean-Pierre Fabre, et sa décision de confiner ce débat à l’Assemblée nationale qu’il sait dominée par son parti, l’Union pour la République (Unir). En attendant de voir ce que les discussions organisées à partir de jeudi prochain par le Premier ministre ArthèmeAhoomey-Zunu vont donner, il faut avouer que les semaines et mois à venir risquent d’être heurtés.
 
En l’état actuel de la Constitution, issu du tripatouillage de décembre 2002 opéré par son défunt père pour rempiler en 2003, Faure Gnassingbé a toute la latitude (sic) de briguer la magistrature suprême autant qu’il voudra. Car le verrou de la limitation a été alors sauté. Mais la question a été identifiée comme l’une des causes de la crise politique au Togo lors des discussions ayant abouti à l’Apg et toutes les parties avaient accepté la réforme de la Constitution et le retour aux fondamentaux de la Constitution de 1992 ; en d’autres termes, le scrutin à deux tours, la limitation du mandat présidentiel à deux, le retour aux prérogatives originales du Premier ministre etc. Même s’il peut se targuer d’avoir la Constitution de son côté, le pouvoir a visiblement des états d’âme face à un probable positionnement de son champion Faure Gnassingbé pour un 3e mandat; le contexte international africain, avec MackySall qui réduit son mandat de 7 à 5 ans au Sénégal et Joseph Kabila qui annonce quitter le pouvoir pour sauver la paix en République démocratique du Congo (Rdc) ne plaide d’ailleurs pas en sa faveur. Et il a recours à la manipulation des consciences et autres manœuvres politiciennes pour légitimer un éventuel 3e mandat du fils du père.
 
Le porte-à-porte des émissaires du pouvoir dans des quartiers
 
Le porte-à-porte est souvent utilisé pour toucher directement et efficacement une population cible lors des sensibilisations, des campagnes électorales ou des recensements. Il consiste à aller dans les maisons et porter un message directement aux concernés chez eux. C’est pour cette méthode qu’aurait opté le pouvoir, dans le cadre des manœuvres politiciennes entreprises pour tenter de légitimer un 3e mandat de Faure Gnassingbé.
 
Selon les indiscrétions, le pouvoir a enclenché une campagne dans ce sens. Des émissaires sont envoyés dans des maisons dans certains quartiers de Lomé et là, il est posé un tas de questions de manipulation aux habitants. « Etes-vous contents des routes qui sont réhabilitées à Loméet dans tout le pays? », « Etes-vous satisfaits de la gouvernance de Faure Gnassingbé ?», « Souhaiteriez-vous qu’il continue l’aventure et fasse un 3e mandat afin de continuer toutes ces bonnes œuvres ? ». Voilà autant de questions posées aux maisonnées de certains quartiers comme Kégué, Hédzranawoé. Evidemment, les naïfs tombent dans le piège et répondent par « pourquoi pas ? » ou un grand « OUI !». Il nous revient qu’une fois la réponse attendue donnée, il est ensuite demandé aux gens de s’inscrire sur une liste. A quelles fins ? Nul ne le sait. Mais des observateurs avisés redoutent des intentions malsaines derrière. « Comme cela se passe avant chaque consultation électorale d’enjeu, ces noms pourraient bien servir à fabriquer des doublons de cartes d’électeurs qui seraient distribuées aux votants multiples du pouvoir. (…)Ces noms pourraient aussi être adjoints plus tard à de pseudo sondages que l’on dira effectués au sein de la population pour recueillir leur avis sur un 3e mandat de Faure Gnassingbé ; et ces éventuels sondages seraient alors brandis par le régime, comme quoi, c’est le peuple souverain et détenteur du pouvoir qui voudrait qu’il rempile », glose un observateur avisé de la scène politique.
 
A ces manœuvres, il faudrait ajouter celles entreprises par les nombreuses associations à la solde du pouvoir qui prétendent faire dans l’humanitaire, entre autres méthodes. La démarche consiste pour certaines à faire établir des certificats de naissance aux enfants qui n’en ont pas, dans des localités reculées du pays. A une certaine étape, le document incomplet est montré aux parents ; mais il leur est demandé de voter le candidat du pouvoir en 2015 pour l’avoir.
 
Tel Père, tel Fils
 
C’est l’expression qui peindrait bien la situation, à quelques nuances près. Avec le Fils, on peut parler d’une modernisation des manœuvres de manipulation et d’achat des consciences. Ici on essaie de faire de la surenchère et de la récupération autour des infrastructures routières réalisées, non pas avec l’argent de Faure Gnassingbé – c’est ce que l’on fait malheureusement croire aux populations, surtout celles rurales et aux esprits faibles -, mais avec les sous du contribuable ou issus de prêts concédés par des bailleurs de fonds, des dettes que les Togolais seront contraints de rembourser sur plusieurs générations. Mais ces manœuvres ne sont pas sans rappeler l’époque du « vieux », celle des marches de soutien bien organisées par le pouvoir mais brandies comme des manifestations spontanées des populations pour louer sa gouvernance. Ces manifestations s’étaient intensifiées à l’approche de 2003 qui marquait la fin de ses deux mandats légitimes post-avènement démocratique. Ces marches voyaient des populations supplier presque Eyadéma de rempiler, comme s’il n’y avait pas de présidentiable au Togo. Et ce qui devrait arriver, arriva. Boosté (sic) par ces soutiens tous azimuts il s’était vu obligé (sic) de tripatouiller la Constitution le 31 décembre 2002 pour rempiler en 2003 avant que le destin (sic) n’en décide autrement le 5 février 2005.La manipulation des consciences à des fins électorales semble, au demeurant, génétique avec la fratrie au pouvoir.
 
Tino Kossi
 
Liberté Togo
 

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