Des réflexes primaires et pervers pour une société sans lendemain !

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La période de la guerre froide a été un élément déterminant dans le durcissement des régimes dictatoriaux instaurés dans les pays de l’Afrique subsaharienne. Cette période de conjoncture internationale avait favorisé l’alliance des Chefs d’Etat africains, partisans d’une tyrannie incommensurable, avec l’Occident, dont le soutien a été d’une rémanence sans précédent avant la chute du mur de Berlin. Au Togo, cette réalité était manifeste. Feu Eyadema Gnassingbé, avec l’apport et le soutien de la métropole, avait réussi à instaurer un régime de dictature sans mesure.

Nonobstant les mutations intervenues qui, de fait, avaient favorisé l’avènement d’une nouvelle donne dans la géopolitique du monde, le régime d’exception du Général Président avait peiné à se départir des adages abracadabrantesques qui constituent les fondements vulgaires des méthodes arriérées de gouvernement pour s’adapter aux nouvelles exigences de l’économie néolibérale fondée sur la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. Ainsi, le système mis en place au Togo est-il si pervers que les esprits les plus brillants et les plus avisés finissent par sombrer dans la médiocrité et l’égoïsme. L’homme, c’est aussi des parents attentifs grâce à l’éducation. Or, beaucoup de personnes de notre génération et des générations précédentes sont victimes d’un syndrome culturel qui diminue leur capacité de résistance à l’arbitraire et à l’injustice.

Le régime togolais a cultivé le mensonge avec un art consommé à tel point que sur certains sujets, il est difficile de démêler la part du vrai du faux. Le pouvoir en place, au lieu de créer les conditions d’une éducation civique et politique adéquate, s’est englué dans le populisme désuet, la manipulation permanente des consciences, la corruption. Le stalinisme est mort mais ses avatars subsistent malheureusement encore au Togo. De ce fait, la jeunesse, miroir de l’avenir d’une nation est sacrifiée et sa misère est exploitée à des fins politiques. Non sans un système caduc de gouvernement mis en place et savamment entretenu par les insatiables du pouvoir, ce régime produit chaque année des handicapés sociaux à telle enseigne qu’il est à se demander si c’est avec ces handicapés sociaux que le pouvoir togolais pense qu’il pourra participer à la grande compétition internationale qui nous convie à la mondialisation de l’économie. Aussi, est-il d’autant plus déplorable que le Togo, en dépit des énormes difficultés socio-économiques auxquelles il est confronté, soit en coupe réglée et victime d’une prévarication jamais soupçonnée dans un pays pauvre.

L’argent public qui en principe doit être utilisé à des fins utiles, fait l’objet de gaspillage et d’accaparement et sert à acheter des illusions destinées à tranquilliser le Chef de l’Etat. Pendant que des millions de familles croupissent dans la misère et le dénuement total, les détournements et la dilapidation de l’économie nationale font librement leur chemin et en toute.

Et, depuis la naissance de la République en 1958, les Togolais n’ont jamais été confrontés à une si grande misère matérielle et morale qui les plonge dans une situation de précarité et de doutes extrêmes. Au regard donc de ces paramètres et vu l’énorme supercherie flagrante qu’il est à noter dans ce régime où les apparences l’emportent sur la réalité, le Togo, sans se tromper d’analyse demeure bien dans un régime d’exception tant dans l’esprit que dans les méthodes, les pratiques, le tout avec un petit ravalement démocratique de façade. Ce régime de plus de cinquante-trois ans fonctionne toujours exactement comme avant les périodes de mutations politiques dans les années 1990.

Un seul Chef, le pouvoir, une nation, et tout le reste est accessoire et factice. Cette situation non reluisante pour le Togo est de la responsabilité de tous les intellectuels qui ont apporté à ce régime, leur soutien et qui n’ont pas su à un moment ou à un autre par leur courage, s’opposer à certaines dérives, lesquelles à force de perdurer, constituent la vraie nature du régime. Il est donc temps pour tous ceux qui considèrent qu’ils sont en désaccord avec leur conscience de rejoindre les forces du progrès pour des initiatives unitaires, porteuses d’espérances. Car, les Togolais épuisés par les 53 ans de militarisme politique, aspirent à un changement profond dans la paix, la sécurité et la concorde nationale.

Au pouvoir Rpt/Unir de comprendre donc que le monde de 1967, de 1990 ou encore moins de 2005, n’est pas celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Il faut alors réinventer de nouvelles méthodes de gestion de la cité, qui libèrent les énergies, qui récompensent l’effort et accorde une place au mérite. Les fondements de cette politique demeurent la prééminence du droit sur la volonté du Prince, la justice sur l’arbitraire, l’égalité des chances, le respect des droit de l’homme et de la vie humaine, la construction d’une démocratie saine et apaisée. Dans cet état esprit, l’élasticité du pouvoir n’a pas de mérite dans un monde où le pouvoir personnel a cédé au pouvoir du peuple qui est la démocratie à travers l’instauration d’un véritable Etat de droit. La présente situation du Togo, devenue préoccupante en ce tournant décisif dans l’histoire commune de tout un peuple, mérite un électro choc assez fort pour une meilleure prise de conscience à tous les niveaux pour qu’ensemble, nous puissions, dans l’amour de la Patrie et dans la paix, opérer des changements profonds nécessaires à la libération du pays du joug de la servitude, de la misère et de la pauvreté.

 Peter Sossou

Source : Le Triangle des Enjeux n°415 du Mercredi 03 Juin 2020

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