Une dictature sournoise au CHU Sylvanus Olympio


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« La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre » (Pascal)
 
Le mécontentement exprimé en fin de semaine dernière au Centre hospitalier Sylvanus Olympio par les membres du Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo(Synphot) a suscité la réaction du Directeur le Colonel Adom Wiyoou Kpao via une conférence de presse. Et le moins que l’on puisse noter est qu’il se mélange les pédales en tentant de se défendre. Et pour aller sans détour au cœur du problème, il ne s’agissait que d’un abus d’autorité.
 
Entre deux logiques, le Colonel Adom Wiyoou Kpao manque cruellement de constance et de pertinence. Commençons par la première. Pour justifier qu’il était de son devoir de faire appel à la Gendarmerie une fois la disparition du moniteur constatée au sein de l’hôpital, il avance: « Lorsque j’ai constaté le vol, en tant que premier responsable du centre, je ne pouvais pas me taire. Vous voulez que je fasse quoi ? Je ne peux pas rester les bras croisés ». Autrement dit, le Directeur du Chu de Lomé se déploie autant que possible à justifier l’intervention de la Gendarmerie sur sa demande et l’interpellation et la garde à vue des cinq agents, trente-six heures durant. Le fait même qui était à l’origine du sit-in organisé par le Synphot.
 
Dès lors, on comprend difficilement la seconde logique énoncée ci-dessous et qui surprend à tous les égards : « J’étais surpris, parce que c’était une manifestation sans préavis. Si des médecins sont interpellés, où est moi mon mal dedans ? Il fallait se plaindre contre les gendarmes qui sont venus arrêter leurs camarades ». Quelle inconstance ! Les gendarmes sont-ils venus d’eux-mêmes ? Pourquoi demander que le personnel « rebelle » se plaigne contre ces derniers qui sont venus, seulement sur instruction du « Colonel Directeur », mettre aux arrêts des agents comme de vulgaires voleurs ?
 
Cette procédure qui a tout l’air d’une manière militaire dans la gestion du plus grand centre hospitalier du Togo, brulant allègrement plusieurs étapes comme la recherche pondérée de solutions par voie amiable, relève purement et simplement d’une dictature qui ne dit pas son nom. Et comme pour mieux mettre en exergue cette manière forte, le Colonel n’hésite pas à hausser le ton : « Je ne démissionnerai pas. Seul celui qui m’a nommé à ce poste me fera démettre ». Et à bien lire ces propos du « Colonel Directeur », il y a comme un message adressé aux frondeurs : « le chien aboie, la caravane passe ».
 
Le Colonel Adom Wiyoou Kpao doit se résoudre à trouver d’autres voies que cette forme de tyrannie dans l’administration du Chu. Car, ce lieu est à la fois un temple où des malades vont chercher rétablissement et réconfort, mais aussi un temple du savoir où de brillants médecins, infirmiers…expérimentent et approfondissent leur connaissance au jour le jour. Et le pouvoir politique, quel qu’il soit, n’a aucun droit sur le savoir, ni sur sa production, ni sur sa transmission, parce que le savoir relève d’un autre ordre que lui. S’il veut étendre son empire sur le savoir, il devient tyrannique.
 
Ivan Xavier Pereira
 
Liberté Togo
 

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