Dossier : A la découverte de Faure Gnassingbé… comme vous ne l’avez jamais connu

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6 juin 1966- 6 juin 2020, cela fait exactement 54 ans jour pour jour qu’est né à l’hôpital des Frères de l’Ordre de Saint Jean de Dieu d’Afagnan, un homme nommé Faure Essozimna Gnassingbé, fils du Général Gnassingbé Eyadema, grand amateur de lutte traditionnelle et originaire de Pya dans la région de la Kara, et de Sabine Mensah, originaire de la préfecture d’Agou. Le petit Faure Gnassingbé, grandit dans un environnement de rigueur quasi militaire, entouré de ses demi-frères et sœurs, tous filles et fils du Général Président.

Son parcours scolaire, le militaire manqué, ses relations avec feu Général Eyadema, les évènements douloureux de 2005, ce qu’il pense de certains de ses adversaires politiques de l’opposition à l’image de Me Yawovi Agboyibo et Jean-Pierre Fabre, sa vie sentimentale et ses secrets les plus intimes. AfreePress vous propose d’aller à la découverte du Président Faure Gnassingbé comme vous ne l’avez jamais connu.

Son parcours scolaire

Ses premiers pas dans une salle de classe, il ne les firent pas dans une école privée huppée de la place comme on pouvait se l’imaginer mais plutôt dans une école gérée par l’Etat, l’École Primaire Publique du Camp RIT à Lomé avec les enfants des Togolais de tous niveaux social. C’est là où il obtient son Certificat d’Études du Premier Degré (CEPD) en 1977. Il dira plus tard, dans une interview au magazine Jeune Afrique, qu’il a grandi dans une ambiance stricte de discipline où les maîtres mots étaient la discipline, les performances scolaires et le respect des traditions.

En 1977, l’élève Faure Essozimna Gnassingbé s’inscrit au Collège Protestant de Lomé où il débute sa classe de sixième avant de débarquer dans la région de la Kara pour être plus près des traditions de son père. Il décroche en 1982, son Brevet d’Étude du Premier Cycle (BEPC) au Collège Chaminade de Kara.

Le lycée Militaire de Saint-Cyr en France

Il aurait pu aisément avoir un destin militaire comme quelques-uns de ses frères puisqu’après l’obtention de son BEPC, le jeune Faure Gnassingbé, accepte non sans réticence, de quitter l’environnement familial et ses amis pour s’envoler pour la France où il s’inscrit au lycée Militaire de Saint-Cyr. « Quand il (Président Gnassingbé Eyadema, ndlr) m’a fait inscrire au lycée militaire de Saint-Cyr : j’avais 16 ans, je ne voulais pas quitter Kara et mes copains. J’ai dû accepter. J’avais un père extrêmement exigeant, surtout avec ses fils. Exigeant sur la discipline, les résultats scolaires, mais aussi sur le respect des traditions. Les cérémonies des Evalas n’avaient pas plus de secrets pour nous que les chants militaires de l’armée française qu’il nous faisait apprendre par cœur. Il fallait voir comme il était fier de nous entendre les entonner », dira-t-il près de 20 ans plus tard dans un entretien avec les médias.

Il obtient son BAC, série D avec la mention ”bien” en 1985. Curieux de nature et attiré par la connaissance, il entre à l’Université Paris-Dauphine pour ressortir quelques années après avec une maîtrise en sciences de gestion.

Il s’envole en 1992, direction Washington DC aux Etats-Unis et devient pensionnaire de l’Université Georges Washington où il obtient un Master of Business Administration (MBA) 5 ans plus tard.

En 1998, après plus de 15 années de pérégrination à travers le monde, le jeune diplômé, rentre au pays animé d’un fort désir de contribuer au développement de son pays.

Sa vie politique et d’homme d’Etat

Ses premiers pas en politique, il les fit en tant que député à l’Assemblée nationale. En 1999, Faure Gnassingbé est élu député de la circonscription électorale de Blitta (au centre du Togo). Au sein de l’hémicycle, il préside la Commission des Relations Extérieures et de la Coopération. Il fait ses preuves d’homme d’Etat et sera réélu en 2002. Le 27 juillet 2003, il entre au gouvernement et gère avec maestria le département de l’Équipement, des mines, des Postes et Télécommunications.

Faure le Président

Les choses se précipitent dans la vie du jeune ministre de l’Équipement. Le 5 février 2005, le Général Gnassingbé Eyadema est souffrant et se trouve dans un état critique. La famille décide en urgence de l’évacuer vers Tel-Aviv en Israël. Des proches et cadres de son parti sont choisis pour être du voyage, dont un certain Faure Gnassingbé.

Mais les choses ne se passeront pas comme prévu. Le Président Eyadema qui a passé 38 ans de sa vie à la tête de l’Etat togolais, va rendre l’âme avant d’arriver à destination.
2005, une année particulièrement difficile pour le Togo et pour Faure Gnassingbé

De l’avis de certains analystes politiques, son accession au sommet de l’Etat en tant que Président de la République était déjà prévue, en raison du mauvais état de santé de son père. En décembre 2002, le Général avait fait amender la Constitution avec entre autres mesures, l’abaissement de l’âge nécessaire pour être Président qui est passé de 45 à 35 ans, âge qu’avait son fils à cette époque.

« Mon père ne m’a jamais rien dit de tel. Il ne m’a jamais dit : « Prépare-toi à me succéder. » Il lui est même arrivé de penser à me nommer à tel ou tel poste de responsabilité, puis de revenir en arrière de peur que ce soit interprété en ce sens. Tout cela, ce n’était que des spéculations. L’unique phrase qu’il ait prononcée et qui puisse a posteriori paraître quelque peu ambiguë remonte à 1998. « Tu as choisi de faire de la politique contre mon gré, m’a-t-il dit, tu en assumeras les conséquences. » Depuis, plus rien. Avouez que c’est un peu court pour monter un scénario », révélera-t-il à François Soudan.

Donc à la suite du décès de son père le 5 février 2005, Faure Gnassingbé devient Président de la République après avoir été élu président de l’Assemblée nationale. Sous la pression de l’opposition, de l’Union africaine et de la communauté internationale, il démissionne de son poste et annonce alors une élection dans les 60 jours.
Il racontera plus tard lui-même, cette épisode de sa vie et qualifiera d’épouvantables, les conditions dans lesquelles il accéda au pouvoir. « Pour nous, sa mort (du Président Eyadema, ndlr) n’était pas envisageable. Nous pensions tous qu’un miracle allait, une nouvelle fois, le sauver. Je n’y croyais pas. J’ai failli demander au pilote de continuer sur Tel-Aviv, comme si on pouvait le ressusciter. Et puis, j’étais abasourdi. Dans l’avion, c’était un peu la panique. Ce n’est que de retour au Togo, avec la dépouille du président, que tout s’est enchaîné. Il y avait au Togo un climat d’affolement, une sensation de vide accrue par l’absence au pays de Fambaré Natchaba, le successeur constitutionnel. Persuadé qu’après la mort du chef, le Togo risquait de basculer dans le chaos, le haut état-major de l’armée a alors pris ce qu’il pensait être ses responsabilités. Vous savez, ce ne sont pas des moments propices à la sérénité », a-t-il confié à Jeune Afrique lors d’un entretien avec ce journal et de préciser que tout ceci avait été fait dans des « circonstances précises, pour sauvegarder l’unité nationale et prévenir le pire – une guerre civile, une prise du pouvoir directe par l’armée ». « J’ai cru de mon devoir d’accéder à cette demande. Je l’ai fait en toute liberté : nul ne m’a imposé ce job, je n’ai été en rien mêlé aux discussions internes à l’état-major. Et je n’étais pas demandeur. Croyez-moi, je n’ai absolument pas besoin d’être président pour vivre et vivre plutôt bien », fait-il savoir.

Ses relations avec feu Eyadéma

Avoir comme père, un Général d’armée formé à l’ancienne n’est pas chose aisée. Mais le Président Faure Gnassingbé témoigne avoir eu de bonnes relations avec son paternel, hormis quelques désaccords et malentendus, tout se passait très bien entre les deux personnes.

La première incompréhension intervint très tôt dans la vie du jeune homme. C’était en 1982 quand la décision avait été prise de l’arracher à l’affection de sa famille et de ses amis et de l’envoyer en France pour la poursuite de ses études. « Quand il m’a fait inscrire au lycée militaire de Saint-Cyr : j’avais 16 ans, je ne voulais pas quitter Kara et mes copains. J’ai dû accepter. Plus tard, après mon bac, je souhaitais poursuivre à Coëtquidan, devenir officier. Nouveau refus, catégorique, de mon père. Dix ans après, enfin, quand j’ai décidé d’entrer en politique, il a tout fait pour que je change d’avis. Cette fois, c’est moi qui l’ai emporté », dira-t-il avec une voix teintée de fierté et de respect pour son père.

L’actuel Président du Togo avouera avoir même porté des critiques sur la gouvernance de son père. Il dit avoir été choqué par « certaines choses ». « Jeune étudiant en Europe puis aux États-Unis, il m’est arrivé plus d’une fois de comparer ce qui n’était pas forcément comparable et de le dire à mon père. Oui, certaines choses m’ont choqué, mais l’essentiel n’est pas là. Le président Eyadéma fut un grand homme, un grand président, un grand Togolais, c’est incontestable. Seulement, aucune œuvre humaine n’est parfaite. Des erreurs ont été commises. À ceux qui en ont souffert, je demande solennellement pardon au nom de l’État. À tous ceux qui se sont sentis exclus ou qui, pour une raison ou pour une autre, ne se sont pas associés à l’action de mon père, je demande de me rejoindre. Pardonnons-nous mutuellement. Sans pardon, aucune réconciliation n’est possible », confiera-t-il.

Le regard de Faure Gnassingbé sur certains de ses adversaires politiques

« Je respecte Jean-Pierre Fabre », dira-t-il dans une interview accordée à Jeune Afrique en 2010 tout en adressant au Secrétaire général de l’Union des Forces de Changement (UFC) de l’époque de faire la politique autrement. « On peut faire de la politique autrement : se combattre sans s’invectiver », a-t-il indiqué à l’endroit de son principal opposant de l’époque.

Quant à Me Yawovi Agboyibo, qui fut d’ailleurs son Premier ministre de 2006 à 2007, il dira que ce fut un « bon Premier ministre » qui a eu, lors des législatives de 2007, un comportement de démocrate et de républicain. Les résultats l’ont déçu, mais il les a acceptés, dit-il.

Ses défauts …

Il le reconnaît volontiers, l’un de ses principaux défauts, c’est son manque de communication. L’homme communique très peu contrairement à son prédécesseur qui était omniprésent dans le paysage médiatique togolais. Une rupture trop brutale avec les habitudes du passé qu’il explique par sa nature introvertie. Et lorsqu’il choisit finalement d’accorder des interviews, rarement le choix porte sur un média de son pays. Ce que les journalistes togolais ont encore en travers de la gorge.

« Je ne communique pas assez. Tout le monde me le dit. C’est dans ma nature. Et puis j’attendais d’avoir prouvé suffisamment de choses pour faire mon « outing » en ce domaine. Les Togolais en avaient un peu assez de regarder chaque soir à la télévision, le défilé des audiences présidentielles. Le sevrage est peut-être allé un peu trop loin dans le sens inverse, mais il fallait changer, voir de nouveaux visages, tenir compte des mutations du pays. Cela dit, je compte être un peu plus présent désormais », avait-il promis. A-t-il tenu parole ? Difficile de le dire.

Ses réussites

Les quelques lignes de ce dossier, ne suffiront pas à revenir sur toutes les réussites de Faure Gnassingbé en terme de politiques de développement pour son pays. Plusieurs réformes économiques ont été entreprises et plutôt bien réussies, plaçant aujourd’hui le Togo, en tête de peloton des pays africains les plus réformateurs. Les efforts du pays dans ce domaine, sont reconnus par la communauté internationale et applaudis par les partenaires en développement du Togo.

Sur le plan politique, la réforme de la Constitution en 2019 avec la limitation du mandat présidentiel à deux, l’introduction du mode de scrutin à deux tours, est saluée par l’opinion nationale et internationale. Plus anecdotique mais non moins marquant, fut l’abandon de la célébration du 13 janvier, date anniversaire de la prise de pouvoir par l’armée en 1963. Cette date était d’autant plus clivante qu’elle marque aussi, l’anniversaire de la mort du président Olympio. L’accord historique signé entre le RPT et l’UFC est à saluer. Il faut lui reconnaitre sa ferme volonté de réconcilier les Togolais. La mise en place de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR), la création du Haut-Commissariat pour la Réconciliation et le Renfoncement de l’Unité Nationale (HCCRUN), la politique d’indemnisation des victimes des violences politiques entre 1958 et 2005, entre autres témoignent de cette volonté.

Vie privée…vie sentimentale

On dit que ce célibataire timide et sportif, diplômé en gestion, dont le style politique et la sincérité démocratique se veulent en rupture totale avec ceux de son père, est très attaché aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Téléphone androïde toujours en main, il aime communiquer en texto avec son entourage. Ce qu’il avoue faire moins qu’avant.

Dans une interview accordée à François Soudan de Jeune Afrique, il reconnaît que c’est une anomalie que de n’avoir pas donné jusqu’ici une première dame aux Togolais. Ce n’est pas une situation définitive, avait-il promis.

En ce qui concerne ses distinctions, Faure Gnassingbé est Grand-croix de l’ordre national du Bénin (2011), Commandeur de l’ordre international des Palmes académiques du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames 2010).

Olivier Adja (juin 2020) / afreepress

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