DOSSIER: Université de Lomé La présidence Kokoroko, vue par les patrons des associations estudiantines

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Pr. Dodzi Kokoroko, Pdt Université Lomé
Pr. Dodzi Kokoroko, Pdt Université Lomé

Nommé en 2016 par le chef de l’Etat pour présider aux destinées de l’Université de Lomé (UL),le jeune Professeur Komla Dodzi Kokoroko fascine depuis son arrivée par sa maîtrise de l’administration publique et, en seulement quatre années de présidence, les résultats déjà engrangés, d’après plusieurs, sont au-delà des attentes. Cependant, des détails restent à parfaire. C’est bien ce que semblent dire, au-delà de l’unanimité sur le renouveau, les patrons des associations estudiantines, notamment le MEET, le HaCAME, le SEET, Les Jeunes Vaillants en plus du Délégué général de l’UL.

L’innovation dans les réformes, la séduction grâce aux nouvelles infrastructures réalisées, un esprit ouvert dans une gestion rigoureuse et ferme, bref la révolution Kokoroko est en marche. Mais, les témoins privilégiés de cette gestion de l’UL, bien qu’unanimes sur les efforts consentis, conservent leur manière de percevoir les actions de l’administration universitaire sous la présidence du Prof. Kokoroko.

Panorama sur la présidence…

Depuis l’arrivée du Prof. Kokoroko à la tête de l’Université de Lomé, un « changement radical »a été observé d’après la lecture de M.Tchedre Piou, patron du Ha-CAME, Haut Conseil de Coordination des Associations et Mouvements Estudiantins.L’homme dit découvrir un président de la « rupture »et du « renouveau »qui ne cesse de surprendre par son humilité et sa capacité à toujours écouter ses collaborateurs et tous les acteurs du monde universitaire. Une lecture partagée par le Délégué général de l’UL, M. Richard Damali lorsqu’il parlait de«proximité entre l’étudiant et l’administration »avant de faire remarquer que l’une des innovations sous la présidence Kokoroko est cette gestion horizontale de l’UL sur bon nombre de sujets entre étudiants et administrations.« Nous avons découvert une autre facette de l’administration plus à l’écoute de nos besoins et plus ouverte à nos discussions », assure-t-il.Si le deuxième vice-président du MEET, M. Florent Yawo Adéwoda constate qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite et qu’il faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître les efforts de l’actuel maître du temple du savoir, le Mouvement pour l’Epanouissement de l’Etudiant Togolais (MEET) finit sur« une appréciation plutôt mitigée »sous Kokoroko. Abondant dans le même sens, la Synergie des Elèves et Etudiants du Togo (SEET), bien que convaincu du renouveau de l’université, pense cependant à « l’espace de liberté, inexistant actuellement». Le Secrétaire général du SEET, M. Basile Amenuveve soutient que l’autorité universitaire doit faire preuve de bonne foi pour permettre aux étudiants d’user de leur droit. « Nous n’avons pas des autorités de parole », ajoute-t-il. Mais Nadège Saka, la présidente de l’association Les Jeunes Vaillants (L.J.V) ne voit pas les choses de cette manière. Le président «est un homme de parole et d’action. Il écoute les plaintes des étudiants et fait tout son possible pour leur satisfaction »,fait-elle noter avant d’ajouter : « Nous apprécions son travail ». Mais de quel travail parle-t-elle exactement?

La gestion Kokoroko…

«L’université a fait du chemin avec à sa tête des recteurs et présidents. Beaucoup de travaux ont été faits et ils sont appréciés à juste titre. Parlant de ce que je maîtrise le mieux, c’est-à-dire l’Université de Lomé sous la présidence du Prof. Kokoroko, je dirais tout simplement qu’un bond de géant a été fait.Notre université qui avant était difficilement ordinaire,est aujourd’hui une université de plus en plus moderne, dynamique et extraordinaire ».C’est ainsi que M. Damali, le Délégué général a planté le décor, évoquant aussi le cadre d’étude en constante mutation et les curricula de formation revisités et renouvelés.Quant au sieur Florent Adjé-woda du MEET, il dit être témoin des innovations qui ont eu lieu sur le campus de l’Université de Lomé. Dans les détails, il parle de la rénovation des amphis et la construction des agoras. Les laboratoires, poursuit-il, prouvent à suffisance les avancées de l’équipe dirigeante actuelle.En outre, la dotation du campus d’une ambulance, l’installation du wifi sur le campus et la construction des routes sont des preuves d’un bon début. Bref, l’université entière est en chantier, sou-ligne-t-il. Même observation de M. Tchedre qui déclare d’ailleurs que les chantiers effectués à l’Université de Lomé ne sont plus à présenter. Des infrastructures qui font peau neuve en passant parles réformes académiques qui permettent d’avoir un enseignement de qualité, le président du HaCAME pense qu’« il sera très difficile de trouver des reproches à faire à ce travail réalisé en 4 ans».Les Jeunes Vaillants de Nadège Saka évoquent, quant à eux, la sécurité du campus.L’université est plus sécurisée aujourd’hui, disent-ils en soutenant qu’on n’assiste plus au vol, au viol comme l’ont vécu leurs prédécesseurs.Le SEET pour sa part, parle d’une série de transformations qui a considérablement changé le visage du campus de Lomé. M. Amenuveve, le patron du SEET, fait une fixation sur « la clôture du campus universitaire, en passant par l’installation des reposoirs, le badigeonnage certains amphithéâtres, puis la construction des quelques agoras, d’un amphi au campus nord, le restaurant etc. ».Mais, il se pose la question suivante : «Ce chapelet de réalisations entreprises par le Prof. Kokoroko a-t-il vraiment joué en faveur des 74% des étudiants issus de familles qui vivent en dessous du seuil de la pauvreté ?»

Les attentes des étudiants…

De cette interrogation, le SEET fait remarquer que le restaurant Richman logos, comme son nom l’indique,n’accueille que les enfants des riches. Le plat est à 500 et donc 1500 FCFA par jour si un étudiant doit manger trois fois sur le campus.«Les cités sont à un prix bourgeois et l’attribution des cités est basée sur des critères de favoritisme qui gangrène l’administration togolaise dans son ensemble », écrit la Synergie des Elèves et Etudiants du Togo qui invite l’autorité universitaire à promouvoir la communication et les activités associatives des étudiants sur le campus, à prendre en compte les propositions des associations lors des rencontres du cadre permanent et inviter toutes les associations, organiser des examens de rattrapage dans tous les départements, la consultation des associations estudiantines sur le code et les règlements de la radio universitaire suivi de son lancement, ouvrir une enquêtes sur la construction du bloc polyvalent, réduire les frais de restaurant à 250 F et supprimer «l’arnaque des étudiants sur les frais d’accès à la bibliothèque ».Sur la même lancée, le MEET revient sur les « limites de l’équipe dirigeante actuelle».

Le Mouvement pour l’Epanouissement de l’Etudiant Togolais dit constater que la lenteur administrative est l’une des faiblesses de l’Université de Lomé quand bien même des efforts sont faits pour corriger cela. Ainsi,il souhaite que les procédures d’inscription, de demande de relevés et attestations,soient rebootées afin de permettre un traitement rapide des dossiers. Le MEET souhaite également une consolidation du cadre de dialogue des associations estudiantines, l’amélioration des conditions de vie des étudiants sur le campus et l’augmentation des allocations. «Il faut, dit le MEET,rendre enfin accessible les statuts qui doivent régir les mouvements estudiantins suite au rapport des travaux de la Commission Sécurité Mouvements ».Mais « les efforts de l’équipe dirigeante sont louables », déclare le Délégué général.Toutefois, M. Richard Damali croit qu’elle peut faire mieux concernant l’aide à l’insertion professionnelle des étudiants. Les étudiants manquent d’expérience et peinent à trouver un premier emploi alors que l’université a beaucoup de partenaires,fait-il remarquer.

Des programmes doivent être créés et même si tous les nécessiteux ne seront pas enrôlés,que les meilleurs puissent profiter de stage d’immersion professionnelle ou de placement dans les administrations universitaires ou de ses partenaires. Il faut plus d’accompagnement des étudiants.S’agissant de la vie parfois tumultueuse sur le campus, M.Damali rassure que le collège des délégués a la vocation d’être le pont entre les étudiants et l’administration.« Nous gardons le cap sur notre mission. Le collège a su annihiler les poches de tensions et mener des négociations délicates avec l’administration. Nous allons toujours miser sur le dialogue,recueillir les attentes des camarades, plaider auprès des autorités. Nous allons également nous impliquer davantage auprès de l’université et de ses partenaires pour la résolution des problèmes de stage, et l’insertion professionnelle des étudiants ».Dans sa quête d’une perpétuelle amélioration des conditions d’études et de vie des étudiants, le HaCAME espère la construction d’un complexe sportif, la réduction du prix des repas au restaurant universitaire qui est,faut-il le rappeler, déjà subventionné par l’université. M.Tchedre et les siens souhaitent aussi le bitumage de l’artère DASS- CHU CAMPUS,duplication des cours pour réduire encore le nombre d’étudiants dans une salle de cours.

Et, pour boucler la boucle, la voix féminine de Les Jeunes Vaillants pense qu’en tant qu’association culturelle et cinématographique, il y a lieu de solliciter sur le campus, un lieu d’entrainement, c’est-à-dire une salle pour les associations.« La plupart des associations s’entraînent sur des terrains,cela ne favorise pas la concentration», explique Nadège Saka avant de rassurer la présidence de l’UL que Les Jeunes Vaillants peuvent contribuer à faire la publicité de l’université. « Nous pourrions intervenir dans les sensibilisations, réaliser des vidéos de sensibilisation…l’université peut compter sur nous pour des prestations en tout genre(la danse, les sketchs, leslam, les contes…), et si possible, réaliser des films pour valoriser la beauté de notre université ».Le chantier est grand, les doléances sont nombreuses, et les talents existent aussi. Il faut tout pour faire une société,mieux une université. Le Professeur Kokoroko est alors servi, il reste très attendu.

Sylvestre BENI

La MANCHETTE N° 0115 du 07 Juillet 2020

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