Droit de réponse de Sena Alipui à la chronique « Bradage par acclamation » de Kodjo Epou

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Séna Alipui, Président du groupe parlementaire UFC

Avec icilome

Bonjour monsieur Epou, cher aîné,

J’ai lu avec attention votre chronique intitulée « bradage par acclamation »1 publiée sur le site internet icilome.com.
Je me réjouis tout d’abord que finalement, un togolais m’interpelle ne serait-ce qu’indirectement sur cette question car je me désolais après avoir été interpellé en premier par une presse étrangère sur ce sujet, que notre presse soit plus préoccupée par autre chose.
Il n’est pas tout à fait exact de dire que nous ne votons aucune loi contre la misère dans votre premier paragraphe alors que nous venons d’adopter il y a moins d’une semaine un projet de loi sur l’alimentation scolaire 2 qui de 2008 à 2019 dans sa version précédente, a permis de servir 72.7 millions de repas à 97 000 écoliers et qui va s’étendre. Au bas mot, les prévisions sont d’au moins 150 000 élèves à servir l’année prochaine. Comme institution, nous faisons un effort de communication et l’ensemble du texte voté est disponible sur le site de l’Assemblée Nationale dans la rubrique actualités.

Deuxième point qui a retenu mon attention c’est au deuxième paragraphe de votre chronique, lorsque vous déclarez que notre dette publique égale 85% de notre PIB . La dette publique Togolaise en fin 2018, s’élevait à 2276 milliards de CFA dont 1688 milliards de dette intérieure et 588 milliards de dette extérieure selon le Trésor Francais3. J’aurais voulu vous donner comme source les documents de la BCEAO ou de l’UMOA mais ils sont en fichiers PDF et ce, pour vous confirmer que le déficit public a atteint environs 68% en 2019 et que le Togo est le seul pays de la sous-région qui respecte l’ensemble des critères de convergence pour la création de la monnaie unique de la CEDEAO.

Troisième point qui a retenu mon attention c’est l’usage abusif du terme bradage tout au long de l’écrit. Selon le dictionnaire Larousse4 « brader » veut dire vendre à bas prix. La Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) était minée de dettes et de problèmes de gestion en 2009 avec une production d’environ 27000 tonnes. En 2019, après restructuration, elle affiche un bilan positif d’environ 4 milliards et une production oscillant en 116 000 tonnes et 137 000 tonnes. Les raisons pour lesquelles le gouvernement a sollicité notre autorisation pour finaliser le processus de cession de 51% des parts de l’État à OLAM et qui conserve donc 9% et les acteurs togolais 40% sont disponibles sur le site de l’Assemblée Nationale Togolaise5.Les raisons qui ont poussé le principal parti d’opposition parlementaire auquel j’appartiens à voter favorablement le texte sont disponibles dans la rubrique « nouvelles » de mon site6 internet et en partie dans cette publication du journal Africa 249. Je ne vous les détaillerai donc pas ici pour vous obliger à aller les lire et en faire une critique objective si des choses nous ont échappé ou si vous relevez des insuffisances qui méritent correction de notre part.

Dernier point, je ne sais pas si le montage photo visible sur le site icilomé est votre fait ou celui du journal icilomé, mais quand on utilise une photo qui ne vous appartient pas on en précise la source. Ma photo utilisée ici et abusivement utilisée un peu partout dans le cadre de la campagne de lynchage médiatique liée à une autre affaire a été prise le 26 avril 2019 à Lomé par François Kokou A. ( journaliste à Republic of Togo).

En guise d’analyse sommaire de votre chronique et de correction des faits erronées dont les sources pour les données véridiques sont indiquées en annexe, je dirai que le registre de l’émotion l’emporte sur le registre de la raison et je peux vous comprendre ayant été pendant longtemps acteur de la société civile et de la diaspora tout en poursuivant la lutte politique dans le cadre d’un parti pour un changement de système vers une démocratie libérale et une économie de marché dans notre pays.

Cher aîné, laissons l’invective, les propos infondés et clivants, qui au lieu de créer une synergie braquent et nourrissent la méfiance et la haine.

Certes ,on ne donne que ce que l’on a mais je refuse d’admettre le constat que je fais qui est qu’au Togo, trop souvent on donne la haine, la jalousie, le mensonge et la méchanceté, convaincus que l’enfer c’est les autres. Avant de brûler l’autre, la haine vous consume et ce , en permanence, souffrance gratuite.

L’invective et la malhonnêteté nous coûtent l’alternance, décennie après décennie. On a raté le train de l’alternance en 2020 parce que certains acteurs importants ont refusé de monter à bord du train de l’alternance en décembre 2018 en pensant à tort qu’il suffisait de jeter en pâture dans la presse ceux qui ont finalement compris que la politique de la chaise vide ne mène nulle part. Comme le dit souvent le doyen Isaac Tchiakpé , propos que je modifie un peu ici, « si le maïs veut faire la guerre au moulin et qu’il fonce sans ruse, prudence ,ou sens du compromis, eh bien le moulin va le moudre ».
Changeons de mentalité et de comportement, l’avenir et l’intérêt supérieur du Togo l’exigent et cela s’applique à nous tous moi-même inclus.

Arrêtons de donner des sucreries aux Togolais (rumeurs) en lieu et place d’aliments nutritifs ( informations vérifiables). Les sucreries excitent et procurent du plaisir à court terme mais ne peuvent en aucun se substituer à des aliments nutritifs qui font croitre. Au mieux le sucre se transforme en graisse qui est à la base de bien de maladies.

Cette semaine, j’ai été lynché médiatiquement pour ce qui s’apparente à un délit d’opinion, délit d’amitié et offense à un journaliste. J’ai clos ce sujet avec mon intervention sur New World tv7&8 le 30 Juin 2020 puisque pendant 72hrs ou cette affaire a retenu mon attention, aucun début de preuve hormis des insultes et des arguments subjectifs n’a été fourni. Une partie de la presse doit faire son travail avec professionnalisme et pour certains journalistes arrêter de rêver qu’ils peuvent imposer au pouvoir législatif leur agenda. C’est le pouvoir législatif qui fait les lois dont le code la presse et non l’inverse en croyant devoir s’appuyer sur les réseaux sociaux et le dénigrement pour intimider les acteurs politiques. Nous sommes au service des populations et non sous tutelle d’une partie de la presse ou de la société civile.

Je vous invite, tout comme certains acteurs de la presse et tous ceux qui veulent des discussions fécondes pour faire avancer le Togo à élever le niveau du débat, à faire de preuve de professionnalisme et à donner des informations vérifiables. L’avenir du Togo et l’amélioration de la gouvernance en dépendent. Nous aurons une alternance, un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre, mais il faut une alternance qui jette les bases d’un futur radieux pour tous les Togolais et non un bref changement qui ensuite nous replonge de plus belle dans la situation antérieure et pour cela il faut réaliser l’alternance ensemble et faire des élections libres, transparentes un principe intangible auxquelles de bonne fois tous les acteurs politiques s’engagent et assument les imperfections de nos processus électoraux. J’ai participé à des élections, et supervisé des opérations électorales, l’alternance est possible encore faut-il que les partis politiques s’organisent sérieusement pour surveiller les élections et avoir leurs procès-verbaux à temps et au complet.

La personnalisation du débat fausse le débat, et ne procure qu’une satisfaction temporaire d’avoir peut-être nui à un adversaire ou à un concurrent . En lieu et place, je propose qu’on dépersonnalise le débat, qu’on pose les vrais problèmes de façon factuelle et documentée au besoin pour que lorsque la vérité jaillit à l’issue des discussions rationnelles et de processus légaux et légitimes, tout le monde se range derrière elle sans vainqueurs ni vaincus mais comme citoyens ayant pour ambition commune l’essor du Togo.

Bien à vous.
Sena Alipui.
Lomé, Togo.

Annexe :

  1. Kodjo Epou ( 2020). Chronique :Braderie par acclamation, (02 juillet 2020), https://www.icilome.com/actualites/ 884706/togo-chronique-de-kodjo-epou-braderie-par-acclamation
  2. Assemblée Nationale, Togo (2020). Adoption de la loi relative à l’alimentation scolaire, (23 Juin,2020), http://www.assemblee-nationale.tg/actualites/467-adoption- de-la-loi-relative-%C3%A0-l-alimentation-scolaire.html
  3. Direction générale du Trésor, France ( 2019). Situation économique et financière du Togo (18 Décembre 2019), https://www.tresor.economie.gouv.fr/ Pays/TG/conjoncture
  4. Larousse (2020). Langue française, dictionnaire, bradage (02 juillet 2020).
    https://www.larousse.fr/dictionnaires/ francais/bradage/10881
  5. Assemblée Nationale, Togo (2020). Adoption du projet de loi portant autorisation de la cession de tout ou partie de la participation de l’État dans le capital de la nouvelle société cotonnière du Togo (29 Juin 2020). http://www.assemblee-nationale.tg/actualites/ 468-autorisation-de-la-cession-de-la- participation-de-l%E2%80%99etat-dans-le-capital-de-la-nsct.html
  6. Sena Alipui (2020). Projet de loi sur la privatisation de la SNCT (29 juin,2020). https://alipui.com/nouvelles/f/ 29-juin-2020-projet-de-loi-de-la-privatisation-de-la-nsct
  7. New world TV (2020). Togo – affaire des 500 milliards: rien de tangible, de documenté et de sérieux (SENA ALIPUI) (RC P3). https://www.youtube.com/watch?v=BCUOFZnkoPk
  8. New world TV (2020). Togo – affaire des 500 milliards: rien de tangible, de documenté et de sérieux (SENA ALIPUI) (RC P4). https://www.youtube.com/watch?v=YsE9HzzTtBM
  9. Africa 24 (2020). Économie : Le ministère de l’Agriculture et de l’Économie annonce la cession d’une partie du capital de la Nouvelle société cotonnière du Togo à un privé (6 Juillet 2020). https://www.youtube.com/watch?v=1YIk8KTjXos&feature=youtu.be

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