Du snobisme à la quête de l’électorat, Faure refait surface à Dapaong un an après l’assassinat des deux élèves


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Lorsqu’en début du mois de mai, le corps de la photographe française de 26 ans, Camille Lepage, avait été découvert dans un pick-up par les forces Sangaris au nord de la Centrafrique, c’est François Hollande en personne, le Président de la République française, qui a pris son téléphone pour apporter la triste nouvelle à la famille Lepage en même temps qu’il lui présentait ses sincères et profondes condoléances.

Il a personnellement promis à la famille Lepage, de faire tout ce qui est de son pouvoir pour faire connaître les circonstances dans lesquelles cette mort tragique est intervenue.

Au Togo, une telle démarche ne saurait jamais être possible sous le fils héritier d’Eyadema. Faure Gnassingbé est sans doute un Président trop puissant, trop sophistiqué pour avoir autant d’attention à l’égard d’une famille aussi ordinaire qu’anodine.

La preuve, il y a juste 13 mois que Anselme Gouyano et Douti Sinalingue, deux jeunes élèves de moins de quinze ans ont été froidement abattus par les forces de l’ordre au cours d’une marche pacifique d’élèves dans les rues de Dapaong.

L’acte à l’époque avait choqué plus d’un togolais et même la communauté internationale, sauf certainement le fils héritier du feu général

Non seulement le Président de la République n’a daigné y mettre pied pour présenter de vive voix ses condoléances, non seulement il n’a daigné donner d’instructions pour mettre les policiers assassins aux arrêts, Faure Gnassingbé a gardé un lourd silence coupable sur l’acte ignoble et bestial jusqu’au 26 avril, où, au cours de son traditionnel discours marquant la fête de l’indépendance du pays, il présente lapidairement et de façon laconique ses condoléances aux familles éplorées.

Et puis, un an après, il pose un acte plus qu’incongru. Le fils héritier d’Eyadema se présente à Dapaong, région meurtrie, et effleure encore lapidairement le tort que ses policiers ont pu causer à toute cette région en tuant, par tir tendu et par coups de pieds les deux innocents élèves.

Il ne s’est même pas donner le temps de citer nommément les noms des deux martyrs lâchement tués.

Pas plus qu’il n’en a eu pour aller à leurs domiciles ou même rencontrer les parents des deux enfants. Sans doute que ceux-ce sont un peu trop sales pour lui serrer la main, lui le Prince, tout beau, tout flamboyant !

Voilà pourquoi, en revanche, il a eu suffisamment du temps pour aller partager un repas avec Barry Moussa Barqué en la coquette résidence de ce dernier à Dapaong. Comme quoi le prince ne compose qu’avec du beau, du clinquant…bref la haute bourgeoisie.

Mais disons simplement que Faure Gnassingbé a du courage, de ce courage sans doute surhumain qui se joue de tout égard pour autrui, surtout lorsque ce dernier n’est pas du même rang que lui.

Samedi donc, le Président de la République a eu ce courage de mettre pied à Dapaong devant l’esplanade de la préfecture pour, dit-on, donner un « important » lot de matériels agricoles aux paysans et pour lancer un pan du fameux fonds national de la finances inclusive, sa nouvelle trouvaille électoraliste.

Il y était parfaitement décontracté avec des chaînes au cou. Il y a pris un bain de foule et promis le ciel et la terre aux pauvres paysans qui suivaient religieusement les propos mirobolants du prince. Ô pauvres paysans !

Ils n’ont manifestement pas compris que le prince héritier était précisément en train de lancer sa campagne électorale pour les prochaines échéances. Ils n’ont pas compris qu’après avoir essuyé une défaite historique à Dapaong lors des dernières législatives, le fils héritier a parfaitement réalisé qu’il ne faut plus badiner avec cette région, la plus pauvre du Togo.

Mais oui, lui qui est coutumier d’une vie de troglodyte, lui qui s’est royalement foutu du deuil éprouvé par toute la région des savanes au point de laisser pendant un an à la morgue de Dapaong, le corps de l’un des enfants tués, s’est subitement trouvé l’étoffe d’un gentleman proche de cette population.

Mais dis-donc ! Faure Gnassingbé promet de tuer littéralement la pauvreté à Dapaong comme d’ailleurs partout au Togo non seulement avec les égreneuses, les houes et les pelles, mais surtout avec le FNFI.

Ne riez pas. Le fils d’Eyadema et ses courtisans jurent avec force et énergie qu’ils vont mettre un terme à la pauvreté dans la vie d’au moins 2 millions de togolais en quatre ans, en leur accordant un crédit dont la barre limite ne dépasse guère 30 mille FCFA soit exactement moins de 50 euros.

C’est donc avec cette alléchante promesse que Faure Gnassingbé est allée à Dapaong samedi pour se faire écouter et applaudir par les vaillantes populations de cette région. Il n’y est d’ailleurs pas allé seul.

Il était bien entouré de ses griots et vautours qui ont bien organisé cette rencontre légendaire entre les populations de Dapaong et le prince-charmant.

L’objectif inavoué de ce périple de Faure était donc de se réconcilier enfin avec cette région laissée pour compte et meurtrie par les bavures des policiers zélés que protège le pouvoir.

Mais cette démarche de rusé suffira-t-elle pour rallier à la cause de Faure cet électorat largement perdu ?

 
togoinfos
 

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