Economie/ Le franc CFA, vraiment un « non-sujet » pour la France ? : Emmanuel Macron démentie par Vincent Bonnier de la Banque de France

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Lorsque l’arrogance prend le pas sur les réalités, le temps finit toujours par rattraper les imposteurs. Si Emmanuel Macron, président actuel de la France avait vraiment appris l’histoire du franc des colonies françaises d’Afrique (CFA), certainement qu’il se serait retenu au Burkina-Faso il y a trois ans. Mais porté par la fougue de sa jeunesse, le président français avait déclaré devant des étudiants que le franc CFA est un non-sujet pour la France. Trois ans plus tard, c’est un autre Français qui vint rappeler que contrairement aux propos de Macron, la réforme du franc CFA va certainement impacter la Banque de France de Chamalières.

Selon le site france3-regions.francetvinfo.fr, l’imprimerie de la Banque de France suit de très près la réforme du franc CFA, voulue par 8 pays d’Afrique de l’Ouest. « La réforme du franc CFA, décidée par 8 pays d’Afrique de l’Ouest, pourrait bien avoir des conséquences jusque dans le Puy-de-Dôme. En effet, l’imprimerie de la Banque de France basée à Chamalières, à côté de Clermont-Ferrand, imprime les billets franc CFA. Il s’agit même de l’une des activités les plus importantes du site, hors impression d’euros : « La BCEAO (Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest) est notre client export le plus important. Cela représente une grosse part de notre activité. Pour l’instant, nous poursuivons notre coopération avec la BCEAO en répondant à leurs demandes d’impression de billets de la gamme actuelle. Les premiers billets de la commande 2021 de la BCEAO vont commencer à être imprimés à l’imprimerie de Chamalières en septembre-octobre », explique Vincent Bonnier, Directeur général de la fabrication de billets à la Banque de France. Souvent sur les sites auvergnats et notamment de Chamalières, il suit l’évolution de ce changement de monnaie de très près. « Nous leur avons indiqué que nous étions disponibles pour travailler sur une nouvelle gamme de billets. Pour l’instant, le projet est encore au stade des réflexions menées par les autorités politiques et monétaires africaines… Si jamais on se trouve dans un scenario où l’impression des billets de la nouvelle monnaie est confiée à une autre organisation, cela aura évidemment un impact sur notre activité », rapporte le journal en ligne.

En rappel, il faut dire qu’en plus du changement de nom, le passage du franc CFA à l’Eco signe également la fin du dépôt des réserves de change en France. La France ne sera pas non plus présente dans les instances de décision de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA), et n’y aura plus de représentants.

Vincent Bonniern’est pas un Français lambda ; il est le Directeur Général de la fabrication de billets à la Banque de France. Et pour quelqu’un qui connaît les réalités de la monnaie et des impacts que pourrait avoir un changement de lieu d’impression du franc CFA, ses propos doivent peser beaucoup plus que ceux d’un jeune président qui semble ignorer l’histoire de cette monnaie, mais qui avait manqué d’égard envers les peuples ayant l’usage de cette monnaie en commun.

Ouagadougou, 28 novembre 2017. Bientôt trois ans depuis qu’Emmanuel Macron avait commis une bourde indigne de son rang, mais qu’aucun chef d’Etat de l’espace UEMOA n’avait osé dénoncer avec patriotisme. Parce que la plupart sont des « mal élus ». Kako Nubukpo, économiste togolais, s’est substitué aux dirigeants africains pour s’offusquer des propos de Macron dans le journal Lemonde.fr. « Ce que nous redoutions depuis des années s’est produit hier, mardi 28 novembre 2017, à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, au Burkina Faso, lors des échanges qui ont fait suite au discours de M. Macron. Une façon arrogante, pour ne pas dire plus, de la part de M. Macron, d’exprimer le déni de l’histoire monétaire françafricaine, renvoyant les dirigeants africains à leur servitude monétaire volontaire, les mettant à nu de la pire des façons, à travers des réponses d’une violence symbolique inouïe, dont la plus emblématique fut sans doute : « Le franc CFA est un non-sujet pour la France » ».

Dans trois mois, cela fera trois ans que le président français a fait ses déclarations. Mais déjà, on s’était étonné qu’à Abidjan, il reprenne ce qui n’était pas un sujet de la France à son compte. « C’est aussi en entendant votre jeunesse que j’ai souhaité à vos côtés, Monsieur le Président, engager la France dans une réforme historique et ambitieuse de la coopération monétaire entre l’Union économique et monétaire ouest-africaine et notre pays. Oui, la question du français CFA cristallise de nombreux débats et de nombreuses critiques sur le rôle supposé de la France en Afrique. Et c’est la jeunesse africaine qui la pose. J’ai entendu à l’université à Ouagadougou les critiques qui étaient faites à la France. Je vois les réseaux sociaux, je lis la presse et je vois votre jeunesse qui nous reproche en quelque sorte de continuer une relation économique et monétaire qu’elle juge, je les cite, comme postcoloniale… ». Des propos qui dénotent que c’est bien de la réforme du franc CFA dont il s’agit, et non pas de la monnaie commune à la CEDEAO.

« Vous en avez rappelé les piliers à l’instant, cher Alassane. Le président Ouattara et les chefs d’Etat de l’UEMOA ont fait le choix de préserver ce qui fait la force et la stabilité macroéconomique de l’UEMOA, à savoir la parité fixe de la monnaie commune avec l’euro d’une part, et la garantie de la France d’autre part. C’est leur choix, c’est leur demande explicitement énoncée par le Président Ouattara. La France le soutient, nous l’acceptons et nous serons au rendez-vous », a poursuivi Macron, avant de mêler la CDEAO à son projet à lui et à Ouattara. « Dans le même temps, il y avait des fortes attentes pour réformer en profondeur le partenariat entre la France et l’UEMOA, l’inscrire en cohérence avec la dynamique du projet de monnaie unique à l’échelle de la CEDEAO. L’ECO, cette monnaie verra le jour en 2020 ». Le président français parlait comme si tout était déjà acté. Mais avec les propos de Vincent Bonnier, il devient non seulement clair que l’imprimerie de Chamalières ne fait allusion qu’aux pays ayant en usage le franc CFA, et que même avec eux, rien n’est encore acquis quant à la prolongation du contrat les liant. A moins qu’entre temps, Macron ne fasse parler le côté « colon » de sa position pour faire plier tous les 8 chefs d’Etats de l’UEMOA.

Comment réagiraient l’opinion ou les entreprises françaises si l’impression des billets CFA venait à échoir à un autre pays ? Ce serait alors la cote de Macron qui en prendrait un coup, parce qu’il y aura perte d’emplois pour des Français. Ce qui confirme que le franc CFA est bien un sujet d’intérêt pour la France, contrairement à la conception « macronienne ». Seulement, l’eco dont rêvent les 15 pays d’Afrique de l’ouest est très loin de l’habillage que Ouattara et Macron veulent lui faire porter. Parce qu’il n’a jamais été question ni de parité fixe avec l’euro, ni de garantie de la France. Mieux, la dénomination « eco » est une œuvre de la CEDEAO et non de l’UEMOA. Pourquoi « voler » ou « plagier » un nom de monnaie et comment fera-t-on passer cette pilule auprès des autres pays ? Juillet était le mois programmé pour lancer la monnaie de la réforme du CFA. Nous sommes en septembre et l’horizon n’annonce rien de bon. 

Godson K. / Liberté Togo

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