Editorial de Fenêtre du 21 mai : incendies des grands marchés de Lomé et de Kara.


Editorial de Fenêtre du 21 mai sur radio Kanal k en Suisse
Libération et disculpation à compte-goutte des présumées « cerveaux » des incendies des grands marchés de Lomé et de Kara.
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Les 9 et 11 janvier 2013, les grands marchés de Lomé et de Kara ont été incendiés. Autour de cette tragédie qui a englouti des millions de nos francs appartenant aux braves femmes de ces marchés, il est un seul point sur lequel tous les acteurs et observateurs sont d’accord : l’origine criminelle de l’infamie.Nous vous faisons économie de la comédie judiciaire et politique du colonel Yark Damehane au lendemain du drame d’Adawlato avec son bidon d’essence et sa boîte d’allumettes. Nous ne reviendrons pas non plus sur la promesse fortement appuyée du Ministre de faire toute la lumière sur ces crimes. Ce qu’il faut retenir de l’enquête de M. Yark Damehane, c’est son parti pris; contre toute déontologie en matière d’enquête et d’instruction, le ministre et ses services ont mené des investigations complètement et seulement à charge.
 
Rappelons ici qu’une enquête internationale a été menée et dont le rapport reste toujours dans les coffres forts du ministre. Nul ne connaît son contenu si ce n’est des indiscrétions alléguant qu’il était à mille lieux de l’orientation de l’enquête des autorités togolaises. Nous y ajoutons les éléments de l’enquête menée par le Collectif Sauvons le Togo (CST), dont le rapport fut rendu public, et qui avait pointé du doigt certaines personnalités civiles et militaires du pouvoir en place. Ces éléments auraient dû amener les enquêteurs togolais à suivre d’autres pistes. Que nenni ! C’est cette attitude qui pousse des togolais et d’autres observateurs internationaux à qualifier l’enquête de « politique ».Preuve que les inculpations et autres poursuites n’ont aucun fondement juridique, depuis 2013, les présumés sont dédouanés vague après vague. La semaine dernière, M. Hervé Sewonou fut libéré après trois années de détention inutiles. Il paraît que nombre de personnalités politiques, de la société civile ou des médias, sont l’objet d’annulation des inculpations pesant sur elles. Le plus surprenant, si tant est qu’on peut encore être surpris des fantaisies irresponsables du système au pouvoir, c’est que les intéressés semblaient ne pas être au courant de la nouvelle.
 
Le « super flic togolais », pourtant friand des points de presse, n’a pas daigné inviter la presse pour l’instruire de ces derniers développements de son enquête. Le nombre de personnes concernées par ces nouvelles mesures est pourtant important et de surcroit, il s’agit pour la plupart des personnalités publiques.
 
Des questions juridiques et de bons sens méritent d’être posées. Que se cache-t-il derrière ce qu’on peut qualifier de volteface des autorités togolaises ? Sur quels fondements les détenus et/ou inculpés ont-ils été libérés et disculpés ? Pourquoi les intéressés n’ont-ils pas reçu de notification avant que l’affaire ne s’ébrute ?
En janvier 2016, Amnesty International (AI) disait sur les antennes de RFI que « Quand on pose la question aux autorités pour savoir comment ça se fait que le procès prend autant de temps, on nous répond que c’est parce qu’il y a des hommes politiques qui sont impliqués et qu’il est difficile d’obtenir leur déposition. C’est tout à fait inacceptable, on ne doit pas garder des personnes en détention préventive pendant trois ans sur ce motif-là. Il faut que le procès soit organisé dans les plus brefs délais ou qu’ils soient libérés ». Nous n’allons rien ajouter à cette indignation d’AI ; tout est dit dans le propos.
 
Ni Jean Pierre Fabre, ni Alphonse Kpogo, ni Ajavon Zeus, Kwami Manti, ni Ouro Akpo Tchagnaou, et d’autres encore dont certains en détention, ne sont concernés par ces nouvelles mesures. Pire, ils sont renvoyés aux assises. Devant des chefs d’accusation aussi creuses, fantaisistes et scabreuses, on ne peut qu’être pantois mais aussi révolté. Cette capacité du pouvoir à persister dans l’infamie, l’acharnement aveugle, la méchanceté gratuite et le piétinement de notre Constitution est tout simplement scandaleux. Pourrait-on encore raisonnablement taxer de « tenants de théorie complotiste » les observateurs qui verraient dans ces manœuvres la volonté d’éliminer ou de réduire au silence des adversaires politiques gênants ?
 
Toujours est-il que cette situation est insoutenable et intenable par le pouvoir. Des pressions affluent de partout, surtout des organisations internationales de défense des droits de l’homme comme Amnesty International ; sans oublier la pression la plus importante qu’est celle du Peuple du Togo dont les braves femmes victimes de ces barbaries.Comment les autorités togolaises vont-elles gérer le cas de M. Etienne Yakanou, décédé en détention pour les mêmes raisons et non jugé ? Si nos informations sont exactes, il resterait encore au moins six personnes en détention sans jugement. Pourquoi le sont-ils toujours alors que tout semble dire que l’enquête des autorités togolaises ne se repose que du vent ?
 
Il y a de forte chance que ce soit encore le pauvre togolais qui passe à la caisse en réparation de ces injustices. A coup de centaines de millions de nos francs, l’Etat avait déjà dû dédommager des victimes de ses errements judiciaires sur le dos du contribuable togolais qui n’a rien demandé. On peut citer les cas des députés de l’ANC privés de leurs mandats, les victimes de l’ASVITO, Tata AVLESSI, etc. Il faut s’attendre à ce que les ayant droit d’Etienne Yakanou, les détenus libérés et ceux qui sont encore en détention, prétendent à des réparations de la part de l’Etat ; et ce ne sera que de bonne guerre. Cette injustice n’a que trop duré.Enfin, nous en appelons à la vigilance de tout citoyen et des acteurs de cette affaire. Il ne faudrait pas que ces libérations et disculpations nous bernent. Ces mesures ne doivent en aucun cas nous divertir et nous détourner de l’essentiel qui est de continuer de réclamer que la vraie lumière soit faite et que les vraies coupables soient identifiées et jugés. C’est le seul moyen de rendre justice aux femmes de ces marchés et aux victimes collatérales qui sont les détenues et autres inculpés à tort.
La Rédaction de FSA
Kanal K, Suisse
 



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