Editorial de Fenêtre sur l’Afrique du 21 novembre 2015 : Massacre de Mango / La dernière barbarie qui met au grand jour la tyrannie du pouvoir de Faure Gnassingbé.


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Editorial de Fenêtre sur l’Afrique du 21 novembre 2015 sur radio Kanal K en Suisse
 
Massacre de Mango: La dernière barbarie qui met au grand jour la tyrannie du pouvoir de Faure Gnassingbé.

 
Une fois encore, la barbarie et la sauvagerie récurrentes du régime totalitaire qui préside aux destinées du Togo ont pris le pas sur le bon sens et la raison, semant la désolation au sein d’une population dont le seul tort a été d’avoir osé exprimer pacifiquement mais publiquement son désaccord vis-à-vis des desiderata d’un monarque et de sa cour.
 
Le vendredi 6 novembre dernier, au lieu des policiers, ce sont des militaires bien armés qui sont déversés dans les rues de Mango pour, dit-on, «assurer la sécurité». De qui ? Nous nous posons la question. Des véhicules blindés prirent d’assaut les voies publiques de la ville en lieu et place des voitures de police. La fumée et l’odeur étouffantes et asphyxiantes des gaz lacrymogènes contaminèrent l’atmosphère qu’elles rendirent vénéneuse et irrespirable. Pour peindre davantage ce décor pour le moins lugubre, relevons que des coups de feu assassins qui endeuillèrent la paisible population de Mango retentirent à plus d’une fois pour briser définitivement toute harmonie.
 
Sept (07) morts, des dizaines de blessés, plusieurs jeunes détenus et un nombre indéterminé de personnes en fuite pour se mettre à l’abri d’éventuelles représailles: tel a été l’horrible bilan de la violente répression militaro-policière dont à été victime les populations de Mango suite à leur désapprobation du projet de réhabilitation de la réserve naturelle sur les bords du fleuve Oti. La raison évoquée pour justifier cette atrocité qui n’est autre chose qu’un crime ignoble: l’illégalité de l’association «One Block», organisatrice de la manifestation. Un pauvre alibi qui ne pèse pas plus que la plume d’une perdrix aux yeux de plusieurs observateurs de la vie sociopolitique du Togo.
 
La massacre de Mango venait donc de mettre à nu, une fois de plus, le caractère cynique et tyrannique des corps habillés de notre pays vis-à-vis de la population qu’ils sont sensés protéger. Le degré d’implication des autorités administratives et politiques de la localité dans la dégradation de la situation, en l’occurrence les propos va-t-en guerre du Préfet-Colonel Awade Hodabalo, et le zèle à outrance du Commissaire de la ville, ainsi que la violence démesurée employée pour interrompre la manifestations des manifestants prouvent à suffisance combien de fois le Togo est encore loin d’être un pays moderne, et ses dirigeants, très peu respectueux des libertés collectives et individuelles.
Malgré le sang versé et en dépit des déplorables pertes en vies humaines, Faure Gnassingbé, le chef de l’État, est resté impassible, je dirais même stoïque. Le supposé président de tous les Togolais, fidèle à ses habitudes, s’enferma dans un silence de tombeau qui dénote du cynisme de l’homme. La gravité des faits l’obligeait, cependant, à se prononcer personnellement en vue de faire ramener la paix sociale. Hélas…! Faure Gnassingbé vient de démontrer une fois encore qu’il n’est point et ne saura jamais être un véritable homme d’État capable de garantir l’unité nationale.
 
Il revenait donc à Yark Damehane, (l’officier endurci du gouvernement togolais), d’accomplir la sale besogne de défense de l’indéfendable. Bien évidemment, les tentatives d’explication du Ministre de la Sécurité pour nous faire avaler l’innommable n’ont pas su convaincre les Togolais; pas même certains caciques de son propre camp. Tellement les explications ont été tortueuses, vaseuses ; elles n’ont, en définitive, que trahi toute la perfidie du pouvoir.
Quoi qu’il en soit, rien ne saura justifier cette répression sanglante mettant en scène des policiers tirant à bout portant sur des manifestants aux mains nues.
 
Même en admettant l’hypothèse selon laquelle le projet de la faune ou des espaces protégés pourrait s’avérer bénéfique aux populations de Mango, il est à reconnaître que ceux qui portent l’initiative de ce projet ont indéniablement péché dans leur procédé. Quelle utopie, quelle chimère que de croire que de nos jours, l’on pourra réaliser avec succès une œuvre, aussi humanitaire, sociale et économique soit-elle, sans tenir compte de l’adhésion de la population locale et sans avoir son approbation préalable? Ce n’est, en effet qu’une des notions élémentaires en sociologie comme en anthropologie. Il est évident que le gouvernement n’a pas su gérer la phase de sensibilisation liée au projet. Je n’en veux pour preuve que le nouveau discours du gouvernement après ces événements tragiques, adoptant entre autres «mesures d’apaisement», la suspension du projet en faveur d’un dialogue inclusif avec les populations afin de trouver un accord commun pour sa réalisation. Une reconnaissance tacite du manque de communication autour d’un projet controversé. C’est-à-dire l’imposition aux habitants de la région de la réhabilitation d’une faune dont la préfecture de l’Oti et tous ses habitants gardent encore un très mauvais souvenir.
 
Enfin, les autorités togolaises doivent comprendre, une fois pour de bon, que les pauvres paysans agriculteurs, pêcheurs et éleveurs de l’Oti ont besoin de leurs terres pour assurer avant tout leur survie. Vouloir les leur usurper, est un exercice délicat ou la sagesse est appelée à triompher. Une question de tact, de négociations intelligentes, de propositions viables à même de compenser la perte encourue; et non une quelconque exhibition du «droit de la force». Encore qu’à Mango, l’histoire de la faune, on le sait bien, c’est l’histoire d’une frustration avilissante dans la mémoire collective des filles et fils de cette région du Togo; un cauchemar suffisamment traumatisant dans lequel ils ne semblent pas prêts de retomber de si tôt.
La Rédaction de FSA
Radio Kanal K, Suisse

 
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Sylvain Amos
Journaliste, Présentateur de « Fenêtre sur l’Afrique »
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