vendredi 26 février 2021

Editorial de FSA du 11 juillet 2015 / Tournée de François Hollande en Afrique : peut-on y voir une certaine ostracisation du régime togolais ?


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Editorial de Fenêtre sur l’Afrique du 11 juillet 2015
 
 

Ecoutez l’éditorial de FSA du 11 juillet
 

 
 
Tournée de François Hollande en Afrique : peut-on y voir une certaine ostracisation du régime togolais ?
 
Du 1er au 3 juillet 2015, François Hollande a fait une brève tournée en Afrique où il a visité le Bénin, le Cameroun et l’Angola. Les médias et beaucoup d’observateurs se sont interrogés sur les vraies motivations de ce déplacement éclair et très serré d’un point de vue planning.
 
Comme à ce qu’on peut désormais appeler son « habitude stratégique », M. Hollande a de nouveau joué à l’équilibriste. Autrement dit, il y a mis une dose de « Monsieur le défenseur de la démocratie » et une autre de « VRP du business français ».
 
Pour le 1er volet, celui de la promotion de la démocratie, l’étape béninoise la symbolise. Pour preuve, son seul discours officiel de la tournée a été fait à Cotonou. On en retiendra entre autres ces propos de François Hollande : « Vous savez combien je suis attaché à ce que, en Afrique comme partout ailleurs, soit respecté les textes constitutionnels, les échéances électorales, les rythmes de la démocratie. Et si je suis ici, c’est pour montrer qu’il y a des exemples à donner. Avec trois alternances démocratiques en 25 ans, avec une Constitution qui a toujours été respectée, avec des élections régulières, autant de preuves que le Bénin a réussi, non pas sa transition, mais a réussi à donner à ces institutions, une pleine traduction démocratique ». On serait tenté de croire le Président de République française sur parole ; sauf que le pays des Lumières n’a finalement de lumière que chez lui. Ses lumières n’arrivent pas à se hisser au sommet de la colline afin d’illuminer les autres cotés. La France n’est finalement promotrice de la démocratie que dans le verbe. Depuis le « discours de la Baule » de Mitterrand le 20 juin 1990 aux allocutions de Hollande à Dakar et à Cotonou, il est un fait indéniable que les faits et les paroles suivent des directions diamétralement opposées.
 
Pourquoi la France a-t-elle pu vertement souhaiter le départ de Blaise Compaoré et obtenir la fin des ambitions de pouvoir pérenne de Yayi Boni et, en même temps, à quelques mètres du Faso et du Béni, cautionner le piétinement de toute idée démocratique par Faure Gnassingbé au Togo ? Traiter la diplomatie française au Togo d’ambigüe serait un euphémisme ; elle est en réalité hypocrite et malhonnête. Si les « opposants » de Faure pourraient être tentés de voir dans la non-inclusion d’une étape togolaise dans la tournée de François Hollande une certaine ostracisation du régime de Lomé pour déficit démocratique, toujours est-il que la France officielle a soutient ou cautionne toutes les forfaitures du régime en place depuis des lustres. Sa dernière onction en date fut celle donnée à l’hideuse mascarade électorale d’avril 2015. Ce double langage nous amène à nous demander à quel jeu joue la France au Togo ? Les Togolais sont complètement déroutés par la politique menée par la France dans leur pays.
 
Nous pensons que le second volet répond le mieux aux vraies motivations de la tournée de François Hollande. Il joue le VRP des entreprises françaises partout. Ce fut le cas à Pékin, New Dehli, Brasilia, Doha, etc. Pourquoi alors pas en Afrique ? Pour Preuve, à Cotonou, même en pleine promotion des valeurs démocratiques, François Hollande n’a pu s’empêcher de défendre les intérêts du groupe Bolloré. A Luanda, étape hautement symbolique de ce volet, le confrère leparisien.fr nous informe que « … plusieurs contrats commerciaux ont été signés pour près d’un milliard d’euros selon l’Elysée ». Le problème est que la France officielle n’assume pas ouvertement cette mission, surtout en Afrique. Les dirigeants français, tous autant qu’ils sont, pensent que l’Africain croit encore aux contes de fée politiques. Il est bien passé ce temps où on pensait à tort ou à raison que l’Africain ne maitrisait pas les rouages et contours de la politique internationale et encore moins de la realpolitik. Pour ceux qui en douteraient encore, L’Africain sait que les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts. Alors de grâce, épargnez-nous vos discours mielleux, creux, désuets et paternalistes de promotion et/ou de défense de la démocratie qui, en fin de compte, n’est que verbale.
 
Assumez votre diplomatie « affairiste » et arrêtez de susciter de vaines espérances démocratiques dans l’esprit des populations africaines martyrisées par vos suppôts. Ce faisant, ces populations n’attendront plus rien de vous et prendront davantage conscience de ce qu’elles sont les seules à même de se débarrasser de leurs bourreaux.
 
En assumant sans complexe la réalité de votre politique en Afrique, comme ailleurs dans le Tiers-Monde, on arrivera réellement, et comme M. Hollande la si bien exprimé, à ne « … plus parler de Françafrique, mais d’Africafrance ». Parce que, en vérité, l’Afrique profite à la France plus que cette dernière ne lui apporte.
 
« Le système néocolonial tremble quand le peuple devenu maître de sa destinée veut rendre sa justice »
 
Vivement que nous les africains méditons sur cette citation du panafricain feu Thomas Sankara.
 
Africains réveillons-nous.
 
 
La Rédaction de Fenêtre sur l’Afrique
 
Radio Kanal K, Suisse
 
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