Faure aura du mal à se dédire


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Dans la soirée de ce dimanche 20 août 2006 au défunt hôtel du 2 février, tout le monde était là. Blaise Compaoré et Faure Gnassingbé aussi.

Et c’est donc devant eux que Fambaré Ouattara Natchaba, le baron des barons, en boubou blanc et avec sa longue barbuchette, avait signé ce fameux accord politique global pour le compte du pouvoir en place.

Seul Fo Gil était physiquement absent mais dûment représenté par le feu Eric Amerdine qui a apposé sa signature au nom de l’UFC d’alors.

C’était une grande fête pour le Togo et les togolais. Le décor planté ainsi que l’ambiance qui régnait dans cette salle le prouvaient à suffisance.

Le Togo a enfin trouvé la panacée pour s’apaiser, se réconcilier et amorcer la marche vers son développement.

Les discours développés ce jour par Blaise Compaoré et Faure Gnassingbé en personne ne laissaient aucun doute sur les nouvelles perspectives qui s’ouvraient pour le Togo.

Et c’est à juste titre Faure Gnassingbé va combler Blaise Compaoré d’éloges, de reconnaissance et d’infinis remerciements pour sa disponibilité, son engagement, son sens de médiation et son savoir-faire qui ont permis aux acteurs politiques togolais de s’accorder enfin sur l’essentiel.

Il a promis qu’il veillerait personnellement à l’application effective des conclusions et recommandations de cet APG qui est perçu comme la clé de voûte qui va désormais baliser la voie d’une nation retrouvée.

Mais justement que préconisait cet Accord historique pour le Togo et dont le fils d’Eyadema s’était réjoui ce jour ?

Entre autres choses, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dont la mission sera justement de mettre en œuvre les prescrits de l’APG.

La mise en place d’un cadre permanent de dialogue et de concertation chargé justement d’éplucher de façon consensuelle les grandes réformes institutionnelles et constitutionnelles.

Personne à l’époque ne pouvait soupçonner Faure Gnassingbé de vouloir jouer au dilatoire, aux dribbles. Tant l’homme semblait inoffensif, naïf et à la limite désintéressé du pouvoir.

Voilà alors pourquoi, les partenaires du Togo n’ont pas hésité à mettre la main à la patte pour soutenir le pays et son régime dans sa marche vers l’apaisement définitif, la réconciliation nationale et la relance de son économie.

La coopération qui était interrompue depuis une quinzaine d’années a repris progressivement jusqu’à déboucher à l’atteinte par le Togo du point d’achèvement de l’initiative PPTE en décembre 2010.

Certes les difficultés ont apparu dans la mise ne œuvre de certaines recommandations de l’APG, mais jusque-là, les partenaires et beaucoup de leaders de l’opposition croyaient encore à la bonne foi de l’héritier d’Eyadema qui n’était autre chose qu’un président de mission, chargé justement de redonner une identité au Togo après tant d’année de passage du désert.

Qui l’aurait cru ? Qui l’aurait cru que Faure Gnassingbé allait autant jouer sur le temps pour enfin plonger à nouveau le Togo dans une autre impasse sans merci ?

Comment un président digne et responsable peut s’expliquer à lui-même et à la communauté internationale qu’il a mis huit ans sans bouger d’une seule ligne dans la mise en œuvre des recommandations de l’APG dont il s’était porté garant devant témoins ?

Il y a péril en la demeure. Qu’aujourd’hui, le pouvoir que ce dernier incarne ainsi que lui-même tentent un dribble de plus pour transférer le débat sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles à l’Assemblée Nationale est un faux-fuyant qui ne trompe personne sauf peut-être les naïfs.

En août 2006 au moment où l’APG préconisait des réformes consensuelles, l’Assemblée Nationale était là, elle aussi élue par le peuple. Et tout le monde le savait y compris Faure Gnassingbé qui a d’ailleurs été le principal bénéficiaire des actes posés par cette Assemblée.

Et après, en 2007, une autre Assemblée, cette fois-ci bien plurielle était aussi élue à la suite des élections législatives d’octobre, unanimement saluées par l’ensemble des partenaires du Togo.

Jamais il n’a été question d’attribuer à cette Assemblée les compétences dévolues au cadre permanent de dialogue et de concertation.

Mais alors de quoi veulent parler Faure Gnassingbé et ses affidés ? De toute évidence, il leur est quasi impossible de tenir un raisonnement rigoureux qui tienne la route sur le passage en force qu’ils tentent malhonnêtement d’engager.

Faure Gnassingbé aura du mal à se dédire sans plonger à nouveau dans la mauvaise foi flagrante, dans l’inconstance et la lâcheté. Les réformes institutionnelles et constitutionnelles devront se faire de façon consensuelle, rien d’autre.

Et donc au pire des cas, l’ensemble de la classe politique devra se résoudre à adopter le travail déjà élaboré par le CPDC rénové et dont les recommandations étaient tout aussi claires. Il n’y a aucune autre issue possible.

 

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