Faure, des mots, loin des maux Le silence d’un discours

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Le président Faure Gnassingbé

Très attendu par l’opinion nationale et après de multiples appels dans ce sens, le président de la République Togolaise, Faure Gnassingbé a enfin parlé aux populations togolaises qui sont, faut-il le rappeler, sous une peur panique, se sentant désorientées et abandonnées par ceux qui sont censés les rassurer en cette période de crise sanitaire, la pandémie du COVOD-19. Mais de l’analyse de cette adresse à la Nation le 1er avril dernier, toute appréciation de cette sortie médiatique se résumera au « silence des mots » vu que ce discours manque crument de précisions et consistances sur des sujets qui demandent à être plus évoqués et mieux élucidés.

Après son discours à la Nation du 17 avril 2009 au cours duquel il a dénoncé une « tentative de coup d’état » impliquant son demi-frère, Kpatcha Gnassingbé, le Chef de l’Etat togolais qui ne parle en réalité que deux fois l’an (26 avril, veille de célébration de l’indépendance du Togo et 31 décembre, discours-vœu de nouvel an), s’est presque vu contraint de s’adresser ce 1er avril 2020 à son peuple qui d’ailleurs réclamait cela à cor et à cri en cette difficile période de lutte commune contre la pandémie du COVOD-19. Peut-être que ledit discours a été conçu dans une précipitation inouïe ce qui par moments, lui enlève son degré de consistances et de précisions, l’on ne saurait le dire, mais ce qui est constant, c’est que le discours du Président Faure est enfin effectif. Dès lors, l’on peut le scruter à volonté.

Ainsi, si sur la forme, il n’y a véritablement rien n’a signalé puisqu’on a tous suivi sur nos écrans un président au visage fermé dont les termes choisis du discours expriment peut-être ses sincères ressentiments face à une situation qui embarrasse tout type de régime politique sur tout l’Univers, sur le fond, l’on a au moins des choses qui méritent l’attention, mais attention, pas du fait de leur magnificence, mais de l’aspect très particulier de leur absence ou du silence des mots.

Les promesses du Président !

« La bataille pour venir à bout de la pandémie ne fait que commencer ». Cet extrait du discours peut vouloir traduire une certaine décision, un solide engagement de Mister Faure à œuvrer pour l’éradication de cette pandémie. D’ailleurs, il en a fait une promesse à la fin de son discours : « Je voudrais vous rassurer que cette bataille nous la mènerons et nous la gagnerons … ».

Dans la foulée, le président togolais a annoncé une foultitude de mesures : « Face à la pandémie, notre stratégie est d’intensifier la surveillance et les tests en laboratoire de sorte que les porteurs du virus puissent être rapidement identifiés et pris en charge de manière adéquate afin de rompre la chaîne de transmission. Pour démultiplier les dépistages, nous renforcerons le dispositif d’une part avec l’acquisition de tests rapides, et d’autre part avec des laboratoires mobiles à l’intérieur du pays. Le gouvernement a pris par ailleurs toutes les dispositions pour doter les personnels soignants qui sont au front de matériel de protection afin d’éviter qu’ils soient contaminés ». Or, pendant qu’il parlait, 04 praticiens hospitaliers ont été déjà contaminés.

Face à l’immensité de l’épreuve, le Chef de l’Etat a aussi annoncé une solidarité nationale pour aider les plus démunis, les plus faibles, les plus défavorisés. Il dit avoir instruit le Gouvernement d’étudier toutes les possibilités pouvant permettre de préserver au mieux l’activité économique des conséquences de la crise. Nous prendrons, dit-il, en relation avec les institutions de

l’Union économique et monétaire ouest africaine, des mesures pour soutenir les entreprises en particulier les PMI/PME affectées par les conséquences de la pandémie. Une attention particulière sera accordée à la situation de nos aux jeunes entrepreneurs qui viennent de lancer leurs activités, et ce, de manière courageuse.

Tout ceci est bien beau, c’est ce qu’on peut appeler les promesses du Président. Or, dans cette situation, les plus avertis sauront que les promesses du président de la République Togolaise sont des prophéties. Même si elles tardent, l’on doit toujours espérer sa réalisation. C’est une question de foi pour les croyants. Nous n’en voulons pour preuve la litanie de promesses éditée depuis son ascension à la magistrature suprême, entre autres, le Forum Présidentiel de la Jeunesse annoncé tambour battant en 2017 pour 2018, mais qui n’a jamais eu lieu ; la construction annoncée mais jamais réalisée des fermes avicoles dans la préfecture de l’Avé, à Badja notamment. Il y a cinq ans que la pose de la première pierre de ce projet a été faite en présence du Chef de l’Etat. La cerise sur le gâteau, c’est la construction de l’Hôpital Saint-Pérégrin dans de la préfecture d’Agoè. Un an après la pose de la première pierre, l’édifice peine à sortir de terre.

En conclusion, en ce qui concerne les promesses du président togolais, nul ne saurait quoi en faire en réalité. Car, la plupart des engagements de Faure Gnassingbé ne sont souvent pas honorés. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup ne croient plus en rien.

L’enfumage…

« Nous allons lancer dans les tout prochains jours un programme de transferts monétaires pour aider nos concitoyens qui seront les plus affectés par la crise et les mesures annoncées. Nous allons également rendre gratuits pour trois mois, l’eau et l’électricité pour les tranches sociales ».

Ces extraits du discours restent trop beaux. Beaucoup ont même applaudi le Chef de l’Etat. Plus tard, de manière plus posée, lorsqu’on leur explique les contours de ces deux mesures, dépités, ils s’adonnent à des jurons. « Le gars nous a bien eus ». C’était leur seule conclusion.

En effet, en aucun cas, le président togolais n’a annoncé que le gouvernement prendra en charge les factures d’eau et d’électricité contrairement à ce que beaucoup ont véhiculé à chaud au sein de la masse profane. Faure Gnassingbé a bel et bien précisé que la gratuité pour trois mois de l’eau et de l’électricité est juste pour les tranches sociales. En clair, cette mesure n’est qu’un effet d’annonce, point barre. La tranche sociale pour l’eau s’arrête à 10m3 et le prix du m3 à 190f, soit 1900 par compteur et pour trois mois, 5700f. Pour l’électricité, la tranche sociale est à 40kw pour 63f le kw, soit 2520 le mois, ou 7620 les trois mois. Et, explique M. Gerry Taama, il ne faut pas oublier que très peu de personnes ont des factures qui se limitent aux tranches sociales car les personnes en précarité habitent des maisons en location où les factures sont cumulées.

En résumé, cette annonce du Président n’a été qu’une pure communication, où il a tenté de faire miroiter à l’opinion un bonheur qui en réalité n’existait nulle part. Puis, par quelle alchimie ou par quelle formule de calcul mathématique, les concitoyens les plus affectés par la crise sanitaire seront-ils identifiés pour bénéficier dans les tous prochains jours un programme de transferts monétaires ? Aussi quel crédit doit-on accorder à cette annonce au moment où le Gouvernement maintient le prix du carburant à la pompe alors que le prix du baril de pétrole a considérablement chuté à l’international ? Voilà autant d’éléments qui font croire à de l’enfumage ou à un poisson d’avril encore que le discours a été tenu le 1er avril dernier.

Le silence d’un discours

De l’analyse du discours de Faure Gnassingbé, l’on ne peut qu’aujourd’hui croire à l’expression, « être ou mettre à côté de la plaque », car l’essentiel ici, est oublié. Car, l’opportunité de sa sortie médiatique devrait non seulement rassurer les populations togolaises sur les dispositions prises par le Gouvernement pour juguler les conséquences économiques de la crise sanitaire, mais aussi et surtout soulager le peuple quant aux « armes » données aux praticiens hospitaliers qui sont au front de la lutte pour gagner la bataille. Là, c’est la déception totale.

Tout au long de ce discours de 25 minutes du Président, seul un paragraphe est essentiellement consacré aux médecins : « Le gouvernement a pris par ailleurs toutes les dispositions pour doter les personnels soignants qui sont au front de matériel de protection afin d’éviter qu’ils soient contaminés. Et ceci se fera de manière continue tout au long de la bataille que nous menons ensemble contre le virus. Je voudrais ici rendre hommage aux personnels soignants pour les sacrifices et le dévouement dont ils font preuve en ces moments difficiles. Je comprends qu’il y ait eu des moments de doute et de frustration au début de cette crise. Mais je voudrais les rassurer que toutes les dispositions sont prises pour les accompagner dans leur délicate mission ». Encore des promesses du Président, n’est-ce pas ? Mais au-delà, les médecins avaient pour principale doléance, souhaiter que le centre hospitalier qui traite les patients atteints du virus, soit équipé de respirateurs artificiels, reconnus aujourd’hui dans le monde comme clés de voûte de la riposte contre la pandémie. Mais un seul mot n’a été dit par le président à ce sujet. Et c’est le ministre du commerce et non celui de la santé qui, plus tard, a déclaré sur une chaine de radio que 250 respirateurs ont été commandés et seront livrés dans les tout prochains jours. C’est une constance du Gouvernement togolais qui n’a jamais été précis sur des choses urgentes et qui toujours, remet tout dans le temps et dans l’espace, c’est-à-dire dans les tout prochains jours, or il y a urgence. C’est vrai que le Togo n’est ni la France ni les États-Unis. Mais quand les dirigeants de ces pays parlent à leur peuple, ils sont précis et concis. Dans deux semaines ou trois, on fera ci, on fera ça.

Aussi, pour inciter les médecins à se dépasser en ces temps difficiles, l’État devrait leur octroyer une prime particulière vu qu’au-delà des heures supplémentaires, ils soignent au péril de leur vie.

Sur d’autres sujets, voici ce que dit Gerry Taama : « Je regrette que le Gouvernement n’ait pas pris des mesures pour rendre plus disponibles les masques. Aujourd’hui, il est établi qu’ils sont une étape importante dans la lutte contre la pandémie. Je déplore aussi qu’on n’opte pas dès à présent sur les tests de masse. Il ne faut pas attendre de présenter les symptômes avant de se faire tester. A ce moment, vous avez déjà contaminé plusieurs personnes… je constate que la communication (téléphonie et internet) n’a pas été prise en compte. Or, plus les gens restent à la maison, plus ils communiquent. Mais les opérateurs peuvent aussi participer à l’effort de guerre en proposant des tarifs attrayant. Curieux ».

Pour renchérir, M. Binafame, cadre des FDR se pose une série de questions. Que prévoit le Chef de l’Etat pour les Togolais qui sont contraints au chômage. Je pense notamment aux milliers de personnes qui servent dans les restaurants et les bars qui ont été fermés. Que prévoit le Président Faure pour les milliers de femmes revendeuses de nourriture dans les écoles et universités et qui ont vu leurs activités génératrices de revenus brusquement arrêtées ? Rien. Concernant l’électricité, qu’est ce qui est prévu pour les millions de Togolais qui ont des compteurs prépayés (cash power)? Ici aussi, rien, déplore M. Binafame.

Pour tout conclure, certes, le Chef de l’Etat a parlé, mais il a oublié de dire. Il n’est jamais tard pour mieux faire. Faure Gnassingbé peut encore corriger le tir. Car pour l’heure, ce ne sont que des mots, rien que des mots, loin de réels maux qui agacent et assomment les Togolais dans leur quotidien rendu encore plus difficile par la crise sanitaire. Voilà tout le mal-être intérieur des populations togolaises en face d’un discours muet, un discours du silence de leur cher Président.

Sylvestre BENI

La Macnhette

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