Accueil TOGO ACTUALITÉ POLITIQUE Faure Gnassingbé embarque le Togo dans une périlleuse aventure islamiste sunnite

Faure Gnassingbé embarque le Togo dans une périlleuse aventure islamiste sunnite

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L’information est reprise mardi par le site de propagande du pouvoir republicoftogo.com. Le Togo fait désormais partie d’une coalition de pays « islamiques » pour « combattre le terrorisme » et Daesh.
 
Le Togo vient ainsi de s’engager dans une hasardeuse et improbable guerre contre une nébuleuse que personne n’est encore arrivé, depuis des années, à gagner. Mais qui occasionne, quotidiennement, des dégâts énormes et des pertes en vies humaines à plusieurs pays dont les plus puissants au monde (la France et les USA notamment).
 
« Depuis Riyad, le ministre de la défense et vice-prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salman, le nouvel homme fort du royaume, a annoncé, mardi 15 décembre, la formation d’une coalition de 34 pays musulmans « contre le terrorisme ». Par ce groupement « de volontaires » aux objectifs et aux moyens encore vagues, qui vise notamment l’organisation Etat islamique (EI) sans la nommer, le royaume entend se présenter en rempart du monde sunnite contre l’extrémisme et répondre aux critiques occidentales sur son manque d’engagement dans la lutte contre l’EI », écrit sur son site le journal français « Le Monde ».
 
« Un centre de coordination doit être mis en place à Riyad dans les prochaines semaines. La coalition comprend un volet sécuritaire et militaire : échange de renseignement, entraînement, équipement et déploiement de forces « si nécessaire », selon les demandes et les moyens disponibles, au cas par cas.Un volet « idéologique » doit permettre de développer des outils pour contrer les capacités d’endoctrinement des groupes djihadistes, omniprésents sur les réseaux sociaux, mais également la propagande du califat autoproclamé d’Abou Bakr Al-Baghdadi, en rivalité ouverte avec l’Arabie saoudite pour le leadership sunnite », précise lemonde.fr.
 
« Cette coalition s’inscrit dans le cadre du conflit qui oppose l’Arabie Saoudite (Sunnite Salafiste) et l’Iran (Chiite) pour la domination du Moyen Orient », renchérit 20minutes.fr. « Son triomphe ne ramènerait nullement la paix dans la région, car les régimes qu’elle instaurerait n’auraient rien de démocratique », analyse le site.
 
Il apparaît bien que cette nouvelle coalition à laquelle Faure Gnassingbé a choisi délibérément d’engager le Togo est loin de viser un objectif humanitaire. Il faut déjà se rappeler que, contrairement aux nombreuses missions de paix auxquelles le Togo participe, cette fois, on n’est pas dans le cadre des Nations Unies. On est bien dans une alliance « aux objectifs et aux moyens vagues », comme souligné par lemonde.fr et qui se présente beaucoup plus comme une alliance idéologique sunnite, sans le dire, contre l’influence chiite dans une région située à des milliers de kilomètres du Togo.
 
On voit mal l’intérêt que peut avoir un petit pays comme le Togo dans une pareille coalition aux idéologies bien précises (islamique et sunnite). Pourtant, dès son article 1er, la Constitution togolaise, même plusieurs fois toilettée, est restée ferme : « La République togolaise est un Etat de droit, LAÏC, démocratique et social… ». Plus loin, dans son article 72, la même Constitution, tout en reconnaissant que le « Président de la République est le Chef des Armées », précise qu’il ne peut « déclarer la guerre (que) sur autorisation de l’Assemblée nationale ».
 
Une guerre pas contre le terrorisme
 
Avant de participer à une déclaration de guerre, qui pis est en dehors du cadre onusien, Faure Gnassingbé avait l’obligation de susciter un débat national (comme cela se fait ailleurs), solliciter l’aval de l’Assemblée (où son parti détient la majorité) en sorte que les Togolais soient clairement au courant des tenants et aboutissants de cette véritable aventure à laquelle leur pays participe. Car nous sommes là, non dans une quelconque guerre contre le terrorisme (comme on tente de le présenter), mais bien dans une alliance islamiste arabe pour défendre le leadership de l’Arabie Saoudite et quelques alliés comme le Qatar, eux-mêmes accusés d’être les principaux exportateurs du terrorisme dans le monde. « Riyad est notamment accusé de financer la diffusion à travers le monde des préceptes wahhabites (ndlr : une communauté présente au Togo, particulièrement à Cinkassé), un courant de l’islam ultrarigoriste, dont le salafisme djihadiste est une excroissance violente », écrit lemonde.fr.
 
« L’Arabie saoudite, avec les autres pétro-monarchies du Golfe, compte parmi les régimes les plus répressifs de la planète, le wahhabisme saoudien étant la forme la plus intégriste au monde de l’islam… Et l’idée que Riyad lutterait contre le terrorisme ayant, voici à peine une semaine, convoqué une grande conférence de plusieurs groupes djihadistes syriens, dont des salafistes notoires, est absurde », se convainc l’historien et philosophe britannique John Laughland, Directeur des Etudes à l’Institut de la Démocratie et de la Coopération en France.
 
« Car au fond, ce que Riyad reproche à l’Etat islamique, ce n’est pas son terrorisme, dont d’ailleurs ses propres mandataires en Syrie sont tout aussi coupables. C’est le fait qu’il a rétabli le califat, aboli en 1924 par Mustafa Kemal, et proclamé son chef spirituel celui de tous les musulmans. La force d’attraction incontestable que ce geste a générée dans le monde musulman se manifeste dans les dizaines de milliers de jeunes gens qui se sont portés volontaires et qui se sont précipités pour faire la guerre en Syrie. C’est une force d’attraction dont les rois du Golfe sont fort jaloux. Riyad veut donc, avec son alliance contre le terrorisme, récupérer le terrain perdu tant face à la Russie qu’à l’Etat islamique et réaffirmer sa primauté au sein de l’Islam. C’est la raison pour laquelle son grand rival chiite, l’Iran, ainsi que ses alliés, l’Irak et la Syrie, en sont rigoureusement exclus », explique le chercheur britannique.
 
Les implications pour les Togolais
 
Jusqu’ici épargné par les attaques terroristes, le Togo s’expose davantage avec de pareilles participations à des aventures périlleuses sans enjeux réels pour lui. Quels intérêts le Togo a-t-il à participer à une coalition dont la dénomination l’exclue pourtant de facto? Le Togo n’est ni un pays islamique, ni arabe ni à forte dominance musulmane comme le Nigeria, le Sénégal, même la Côte d’Ivoire. Que cherchent les autorités togolaise en engageant le pays dans une telle alliance ? A priori rien d’intérêt national.
 
On sait que depuis quelques années, la diplomatie togolaises s’est prise de passion pour certaines destinations curieuses. Particulièrement sous Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères le Togo s’est subitement rapproché de certains pays du Golfe, particulièrement les Emirats Arabe Unis où il séjourne régulièrement, selon les informations. Qu’est-ce qu’on peut bien aller chercher dans ces pays du Golfe, si ce n’est la seule et même chose qui attire (jusqu’aux joueurs de foot) dans ces pays : les fameux pétrodollars. Deux éventualités peuvent expliquer l’attitude du Togo : soit, liées par des anciens deals juteux, les autorités togolaises n’ont pas été capables de dire Non à l’invitation des Saoudiens à faire partir de cette coalition. Soit elles s’y sont invitées, dans l’espoir d’une suite favorable. Quoi qu’il en soit, il ne faudrait pas espérer une quelconque retombée majeure pour le pays. Si d’aventure l’Arabie Saoudite voudrait, à la suite de cette campagne, récompenser les pays africains, un pays comme le Togo se retrouverait parmi les derniers.
 
Au contraire, la participation à cette campagne expose énormément les Togolais déjà en proie au petit banditisme, sans secours. Les extrémistes, lorsque vous les affrontez, prennent le temps de vous analyser pour vous attaquer, en retour, avec des modes opératoires des plus traumatisants. Récemment, malgré que la veille le Mali ait dit avoir pris des mesures pour parer à toute attaque des terroristes, moins de heures, les mêmes terroristes ont pu réaliser leur carnage à l’Hôtel Radisson de Bamako.
 
Au Kénya, les Shebab ont été sans pitié contre le supermarché Westgate (68 morts) et les étudiants de l’Université de Garissa (147 morts)…En Egypte, Daesh (l’Etat islamique en arabe) a récemment signé l’explosion de l’avion russe. Aujourd’hui, plus personne n’est à l’abri. Les terroristes ont frappé à Paris, récidivé quelques mois plus tard et sèment la terreur au cœur des Etats-Unis. S’ils arrivent à réaliser avec autant de facilité leur coup sur des territoires aussi protégés que ceux des occidentaux, le Togo, incapable de mettre fin à une insécurité grandissante, ne saurait qu’être une proie facile.
 
Même les super-puissances mondiales, dans leurs représailles, y vont freins en main. En Irak et en Syrie, ils refusent jusqu’ici d’engager des troupes au sol et se contentent de frappes aériennes. Ce qui, selon les analystes, n’aura que des effets limités sur la nébuleuse. Et pourtant, ils hésitent à aller plus loin. L’Arabie Saoudite, le principal meneur de cette nouvelle alliance, s’entoure d’une muraille de plus 950 kilomètres qui sera dotée de tours de surveillance, de fossés, de caméras infrarouges et de radars (capables de détecter des mouvements à 18 kilomètres au sol et à 36 dans le ciel).
 
Ceux qui ont pris cette décision unilatérale de haute portée ne sont pas toujours les plus exposés. Leurs résidences sont relativement placées sous meilleure protection. L’accès à la résidence de la Caisse où ils vivent majoritairement sera par exemple bientôt soumis à la présentation de badge alors que la population, elle, est abandonnée à son triste sort. Les bénéficiaires de ce « business », puisque c’en est un, ne semblent pas se préoccuper outre mesure du risque qu’ils font peser sur leurs concitoyens, tant qu’eux-mêmes et leurs familles sont relativement à l’abri. Mais il faudra bien qu’un jour les autorités togolaises fixent un seuil à leur gloutonnerie qui commence par faire peser des risques énormes sur tout le pays. Et, les élus de tout bord sont interpellés et invités à interpeller à leur tour ceux qui prennent le plaisir de prendre des engagements périlleux au nom du peuple togolais. Pendant qu’il est encore temps.
 
source : Mensah K. (L’ALTERNATIVE)
 

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