Faure Gnassingbé en visite hier au Vatican : Et si les vraies motivations étaient ailleurs ?

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Faure Gnassingbé a boudé Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro, Archevêque Emérite de Lomé et président de la Conférence nationale souveraine. Alors que le prélat sollicitait une rencontre avec le Chef de l’Etat, il a été simplement ignoré. Mais le Chef de l’Etat s’est rendu directement au Vatican, confirmant ainsi son mépris pour toute la communauté catholique du Togo. Et, le plus cocasse, la Présidence de la République rapporte qu’il y a été béni.

Il y était encore. Hier, le chef de l’Etat togolais a été reçu en audience par le Pape François. Une seconde visite au Vatican après celle qu’il y a effectué en janvier 2016 en compagnie de sa mère que les médias ont vite prise pour la première dame du Togo. Cette fois-ci, le scandale a été évité, la mère de Faure Gnassingbé n’ayant visiblement pas effectué le voyage du Saint Siège.

Dans un communiqué rendu public sur le sujet, la présidence de la République indique que les deux personnalités ont échangé, entre autres, sur la situation socio-politique au Togo et les questions de paix et de sécurité en Afrique de l’Ouest. « Sur la situation politique au Togo, les deux personnalités ont fait le tour d’horizon des derniers développements de l’actualité sociopolitique du pays, notamment des élections législatives du 20 décembre 2018. Au plan sous-régional, les deux personnalités se sont penchées sur les questions de paix et sécurité, en référence notamment aux attaques terroristes et aux menaces sécuritaires. Le Saint Père a souligné, dans ce contexte, la contribution de l’Église dans la construction des nations et le rôle des institutions catholiques dans l’éducation à la culture de la paix en vue d’un monde de justice et de paix pour tous », lit-on dans le communiqué.

Autre point, la Présidence de la République rapporte que « le Pape François a salué l’engagement du chef de l’Etat à renforcer le processus démocratique et le dialogue au Togo. Il a encouragé la volonté du Président de la République à promouvoir la paix et la stabilité dans la sous-région et sur le continent ».

Que va encore chercher Faure Gnassingbé au Vatican ? La réponse à cette question est donnée par la cellule de communication de la présidence de la République. Elle a mis en titre du communiqué : «Faure Gnassingbé reçoit les bénédictions du Pape François pour le Togo ». C’est donc la seconde bénédiction que le fils de Gnassingbé Eyadéma reçoit du locataire du Saint Siège.

Mais déjà, on peut douter de la sincérité des termes utilisés pour évoquer cette visite au Vatican. D’abord, si le chef de l’Etat a reçu une bénédiction, il faut savoir qu’il n’acceptera jamais de la partager avec tous les fils et filles de ce pays. Lui dont le régime tue les populations aux mains nues dont les enfants. S’il en avait la possibilité, il bloquerait même le ciel pour qu’en dehors de son clan, plus aucun Togolais ne soit béni.

Ensuite, le contexte togolais ne plaide pas en faveur d’échanges cordiaux entre Faure Gnassingbé et le Saint Père comme l’insinue le communiqué officiel. Sauf hypocrisie de sa part – ce dont nous nous permettons de douter – le Pape François doit avoir manifesté sa désapprobation vis-à-vis de l’attitude de l’«homme simple » envers la communauté catholique au Togo. Et pour cause. Depuis plusieurs mois, sinon plusieurs années, Faure Gnassingbé s’est refusé de recevoir les conseils des représentants du Pape et leaders de l’Eglise catholique dans son pays.

A de nombreuses reprises, la Conférence des Evêques du Togo (CET) a alerté le chef de l’Etat sur les risques que court le pays s’il persistait dans sa volonté de s’imposer aux Togolais. L’Eglise catholique a porté les aspirations des populations à une meilleure vie. Elle a appelé aux réformes, à la fin des violences et au respect de la vie humaine. Ses appels sont tombés dans des oreilles de sourd et ses propositions foulées aux pieds par Faure Gnassingbé.

Depuis la mise en place de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) en mai 2009 jusqu’à ce jour, les leaders de la communauté catholique ont été méprisés par Faure Gnassingbé. Le Livre Blanc issu des travaux de la CVJR conduits par Monseigneur Nicodème Barrigah a servi à orner les archives de la présidence. Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro, Archevêque Emérite de Lomé et président de la Conférence nationale souveraine, est soigneusement boudé. Son « crime », avoir défendu les aspirations des Togolais et appelé Faure Gnassingbé à se retirer après son mandat en cours, le 3ème .  Ses nombreuses demandes d’audience ont été rejetées.

Excédé, le prélat a révélé avoir été empêché de rencontrer le chef de l’Etat. « Depuis plusieurs semaines, mes efforts pour obtenir auprès de votre Excellence une audience pour vous exposer des sujets brûlants et d’intérêt commun, se sont heurtés à une impasse. J’ai usé de tous mes moyens sans succès. J’ai même tenté de joindre directement votre Directrice de Cabinet qui n’a daigné faire accueil favorable à mon appel », s’est-il plaint dans la lettre envoyée à Faure Gnassingbé. « Et pourtant, a-t-il poursuivi, les sujets dont je voudrais vous entretenir me paraissent graves et nécessitent une prompte et rapide action de votre part pour éviter le pire ». Et de préciser : « Ma démarche est simplement celle d’un pasteur qui désire vivement s’entretenir avec un de ses files sous l’autorité du l’Esprit saint».

Depuis le 24 avril 2019, date de la conférence de presse au cours de laquelle les révélations ont été faites, rien n’a filtré. Au lieu de répondre aux sollicitations de l’Archevêque, Faure Gnassingbé s’est envolé, direction, le Vatican. Histoire de dire au prélat qu’il préfère s’entretenir avec le Pape lui-même. Pour une énième fois, l’héritier de Gnassingbé Eyadéma s’est foutu de la communauté catholique au Togo. C’est en tout cas ainsi qu’apparait la chose. Mais le Pape l’a-t-il vraiment béni, comme l’insinue le communiqué officiel de la Présidence de la République ?

Il faut avouer que l’une des premières fois qu’au terme d’un voyage, la Présidence de la République croit devoir communiquer autour. C’est curieux et il faut prendre la communication présidentielle avec des pincettes. Il y a des raisons de croire que les vraies motivations sont peut-être ailleurs.

G.A.
 
source : Liberté
 

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