Pourquoi Faure est-il allé à Ouaga ?


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« Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps » (Abraham Lincoln)

La visite éclair que Faure Gnassingbé a rendue à Blaise Compaoré au Burkina Faso lundi dernier a été sanctionnée par une déclaration curieuse et incompréhensible, selon les urgences du temps. En effet à la presse, le président togolais, réfractaire aux réformes politiques très urgentes malgré les conseils, les appels voire les pressions des missions diplomatiques et partenaires du pays et dont le pays s’apprêtait à ouvrir un énième round de dialogue politique le lendemain, confie : «Je suis venu répondre à l’aimable invitation de mon frère et ami Blaise Compaoré dans le cadre des relations que nous entretenons en ce moment entre deux pays voisins. Nous appartenons à des organisations communes et je peux vous dire que nous parlions justement du 20e anniversaire de l’UEMOA que nous allons célébrer ici à Ouagadougou… Nous avons parlé également de problèmes un peu plus bilatéraux, notamment des infrastructures dans notre région: le port de Lomé et comment nous pouvons renforcer des relations entre opérateurs économiques des deux pays, pour faire progresser l’intégration». Verbiage ! Par ces temps où des pressions fusent de toute part, tous les amis et partenaires du Togo étant exaspérés par une situation politique déplorable à la veille de la cruciale échéance électorale de 2015, c’est cocasse que d’entendre Faure Gnassingbé adopter une si maladroite langue de bois. Un véritable bazar s’il en est.

Pourtant la situation est telle que l’on doit désigner les choses par leurs noms. Ne nous voilons pas la face. Ce que l’on ne nous dit pas, c’est sans aucun doute que l’empressement de Faure Gnassingbé à rendre visite à son mentor Blaise Compaoré, est consécutif à la profusion des appels et pressions pour les réformes institutionnelles et constitutionnelles qui auraient dû se réaliser depuis des années, selon les promesses du régime de Lomé. Et ces propos du chef de la diplomatie togolaise en réponse au Représentant de la Délégation de l’Union européenne au Togo, à l’occasion de la journée du 9 mai : « Les réformes se feront, non pour faire plaisir à l’Europe, mais parce que le président de la République sait que c’est indispensable pour l’avenir du peuple », traduisent et trahissent bien la mauvaise posture de Faure quant à cette avalanche de pressions. Mais en même temps, ils masquent mal l’entêtement du Prince Gnassingbé à fouler au pied ses propres engagements. L’emploi du futur : « se feront », interpelle. En est-on encore à l’étape où il faut parler au futur comme si l’on reléguait à plus tard les réformes ?

Les faits majeurs récents qui ne sont pas passés inaperçus, en l’occurrence les montées au créneau des diplomates, devraient orienter Faure Gnassingbé et ses amis à saisir la balle au bond et à parler des réformes « indispensables pour l’avenir du peuple », au présent.

A cette allure, l’expérience du refus de faire des réformes risque de rattraper le Prince Gnassingbé, qui a été présenté à son avènement au pouvoir – et vraiment à tort – comme l’incarnation du renouveau démocratique. A force du refus, Faure Gnassingbé risque d’en sortir affaibli et obligé d’assumer l’image d’un homme champion en fausses promesses. De quoi faire profil bas.

Ivan Xavier Pereira

Liberté Togo

 

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