Fête du 1er mai 2020, impact du Covid-19 sur le monde du travail… Adrien Béléki Akouété : « Le plus dur reste à venir au lendemain de la crise sanitaire »

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Demain vendredi sera célébrée la journée du travail. Coronavirus oblige, le 1er mai ne sera pas célébré comme d’habitude, dans la bonne humeur, avec observation des festivités traditionnelles. Adrien BélékiAkouété, ancien Secrétaire Général de la Confédération syndicale des travailleurs du Togo (CSTT) et actuellement Conseiller spéciale du Secrétaire Général de la Confédération syndicale internationale (CSI) Afrique dont le siège est à Lomé, aborde dans cet entretien à nous accordé, ce 1er mai 2020 particulier, l’impact du Covid-19 sur le monde du travail, ses appréhensions…

Demain vendredi, c’est le 1er mai, la fête des travailleurs. Rappelez-nous brièvement l’origine de cette journée.

La révolution industrielle fait basculer de manière plus ou moins rapide selon les pays et les régions, une société à dominante agraire et artisanale vers une société commerciale et industrielle. A partir de cet instant, les industriels pensaient plus à leur profit qu’aux conditions décentes de travail des ouvriers. La grogne augmentait chez les ouvriers qui réclamaient plus de social et surtout plus de mieux–être. La date du samedi 1er mai 1886 à Chicago a été fixée par  les syndicats afin d’organiser une manifestation revendicative de 8 heures de travail par jour. Cette manifestation a été durement réprimée par la police et il y a eu plusieurs morts. La fête internationale du travail ou la fête du travail, comme nous la connaissons aujourd’hui, a été inventée par un Français du nom  de Jules Guesde. Sa reconnaissance en France est faite après la libération par la loi Belin qui en a fait officiellement un jour chômé et payé. Cette journée est célébrée en souvenir de  ce 1er mai 1886.

Habituellement le 1er mai, c’est le défilé des travailleurs en blanc, la remise du cahier des doléances, la fête. Toutes ces activités pourront-elles se tenir cette année, au vu de la crise sanitaire ?

Comme nous l’avons dit dans le rappel sommaire, le 1er mai à son origine est une journée de réclamation des droits pour un mieux-être des ouvriers et des travailleurs en général. On doit toujours se référer à cette journée par les réclamations qui sont contenues dans le cahier de doléances que les responsables syndicaux remettent à leurs employeurs. Le défilé en tenue blanche et les manifestations de joie qui s’en suivent ne sont que la manifestation d’une victoire obtenue après des années de lutte. Rappelons que le 1er mai est la journée dédiée comme fête du travail et toute fête se célèbre dans l’allégresse. On oublie pour quelques instants les difficultés. Pour cette année, vu la situation de la crise sanitaire et les mesures barrières, il faut être sobre car nous devons être solides, en bonne santé pour une bonne productivité de nos entreprises.

A quoi ressemblerait un 1er mai sans ces activités régaliennes ? Comment cette journée pourra-t-elle être meublée ?

Chaque pays s’organisera compte tenu de la situation sanitaire.

Le Covid-19 affecte tous les secteurs. Quel est son impact réel sur le monde du travail au Togo et en Afrique ?

Selon les estimations du Bureau International du Travail (BIT) en collaboration avec la Confédération Syndicale Internationale (CSI), il y aura 25 millions d’emplois formels qui seront perdus. L’Afrique est le continent où il y a moins d’industrialisation, moins d’entreprises propres, sauf plus de multinationales,  et ces entreprises ou multinationales ne sont pas là pour nous, mais pour leurs profits. Sur  la plate-forme que la CSI-Afrique a installée pour suivre la situation et ses impacts sur l’emploi, le lendemain de la crise sera très difficile. Nous ne voulons pas nous aventurer sur quelques statistiques pour le moment.

Au Togo, nous sommes heureux que le Conseil National du Patronat fasse déjà des propositions pour la reprise.Notre souhait est qu’en Afrique et au Togo, il y ait une implication des travailleurs dans les négociations pour des résultats qui satisfassent toutes les parties.Je voudrais inviter mes camarades à faire eux-mêmes une étude scientifique sur la situation. C’est pour cette raison que la CSI-Afrique, par l’un de ses programmes, a mis en place dans certains pays, un Comité d’Analyses et de Recherches Syndicales (CARES), un outil efficace.

La CSI-Afrique dispose-t-elle de quelques chiffres à l’appui ?

Nous suivons par le truchement de la plateforme mise en place à cet effet,  l’évolution de la situation. Nous disposons de beaucoup d’informations sur l’évolution de la situation de nos pays. Exemples : le Burkina ; 638 cas confirmés dont 253 hommes 385 femmes et 42 décès ;Sénégal : 823 cas positifsdont 296 guéris, 9 décès,1 évacué et 517 sous traitement ; Madagascar : pas de décès aujourd’hui ; Sierra Leone :4 décès, 93 positifs, 889 mis en quarantaine, etc. Donc nous suivons la situation de très près.  Pour cette raison, le Secrétaire Général de la CSI-Afrique a lancé un SOS à l’Afrique toute entière par ces termes : «  Mettons l’Afrique sur un pied de guerre ».

Les doléances des travailleurs ont-elles changé ?

Les doléances n’ont pas changé. Elles ont plutôt évolué compte tenu du capitalisme et du libéralisme poussés de l’économie mondiale.Avec cette crise mondiale où on replace l’Etat dans son rôle de régulateur, nous espérons qu’une ère mondiale va voir le jour et ce ne serait plus le marché qui régule tout.

La situation sanitaire et surtout l’état d’urgence décrétée au Togo affecte plus le secteur informel. Quelle appréciation faites-vous du programme Novissi initié par le gouvernement pour soulager ses acteurs ?

D’abord, il faut apprécier les efforts faits dans plusieurs de nos pays pour sauver des vies humaines. Des initiatives prises et qui vont désorganiser les programmes de tous les gouvernements sont des mesures à encourager. Le plus dur reste à venir au lendemain de la crise sanitaire. Beaucoup d’industries et d’entreprises seront fragilisées économiquement et financièrement. Donc il faut que les organisations des travailleurs y réfléchissent pour sauver les emplois et faire moins de dégâts sociaux.

Comment appréhendez-vous à la longue l’impact du Covid-19 sur le monde du travail si la crise devrait durer?

Attention, ne le souhaitons même pas. L’impact sera très amer. Donc il faut renforcer le dialogue social avec des expertises fortes et des analyses pour des propositions concrètes pour une relance dans la paix sociale. Le développement en a besoin en ce moment.

Un message à l’endroit des travailleurs ?

Beaucoup de courage. Relançons ensemble avec les autres partenaires une nouvelle dynamique de discussions, de concertation pour une nouvelle Afrique émergeante.

Propos recueillis par Tino Kossi / Liberté

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