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Imposition du permis de conduire aux motocyclistes : Les insuffisances d’une mesure (a priori) sensée…

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Exigence de permis de conduire à tous les motocyclistes et début des contrôles à partir du 20 septembre. Cette décision à l’allure martiale annoncée par le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le 9 août à l’occasion de la présentation du bilan des accidents au cours du premier semestre 2019,  est devenue  LE sujet phare de conversation dans les rangs des motocyclistes et suscite une réprobation générale, mieux, la colère, particulièrement dans les rangs des conducteurs de taxi-moto. La mesure parait légitime, mais…

Colère dans les rangs des Zed

« Les motocyclistes ont jusqu’au 20 septembre 2019 pour passer et obtenir leur permis de conduire. Faute de quoi, leurs engins se feront saisir durant les contrôles routiers, et ils ne les retireront qu’après avoir présenté leur permis ». YarkDamehame est un des ministres de polémique certifié comme tel autour de Faure Gnassingbé, formant un duo de choc avec PayadowaBoukpessi de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales. Mais il devrait croire bien faire, en annonçant cette décision de façon martiale le vendredi 9 août dernier, au cours de sa traditionnelle conférence de presse de présentation du bilan macabre des accidents au cours du premier semestre 2019 et devant l’augmentation du nombre des sinistres. Il ne devrait en tout cas pas s’attendre à une telle fronde dans les rangs des motocyclistes. La mesure suscite de la réprobation générale, particulièrement chez les « Zed ». Mieux, elle suscite de la colère.

Aux plus lucides, rares d’ailleurs, qui reconnaissent un tantinet de légitimité à la décision de Yark, mais néanmoins fustigent le délai court donné pour obtenir ce permis – une quarantaine de jours -, s’adjoignent d’autres, les plus nerveux et de loin la grande masse, qui voient plutôt une autre manœuvre du pouvoir pour les saigner à blanc, râlant sur les frais d’obtention du permis – 5500 ou 10 000 F. « On nous oblige déjà à payer jusqu’à 50 000 F au moins pour l’immatriculation de nos motos alors qu’au Bénin à côté, c’est à 11 000 F, on le fait mais ça ne leur suffit pas. Ce qu’ils trouvent maintenant, c’est de nous obliger à dépenser encore jusqu’à 10 000 F pour obtenir un permis de conduire ! », peste un conducteur de taxi-moto, au cours d’une discussion entre collègues sur le sujet. « Il y a même une arnaque institutionnalisée. Dans les frais d’immatriculation, il y a un montant qu’on paie au titre d’assurance. Mais quand tu fais un accident et tu saisis la société d’assurance, c’est là-bas qu’on te racontera que tu n’as pas de permis de conduire et qu’on ne peut pas te prendre en charge. Ce qui veut dire que ces frais d’assurance obligatoires que tout le monde paie, ne servent en réalité à rien et ce sont des gens qui s’en mettent plein les poches », dénonce un autre qui semble avoir en partie raison …

A l’appui de cette conviction de saignement à blanc des propriétaires de motos, certains versent dans des calculs et se font déjà une idée de la fortune que va faire le gouvernement à travers le ministère des Transports. Ils estiment le pactole à environ 10 milliards, sur la base d’un nombre d’à-peu-près un million de motos immatriculées et en circulation…D’autres croient même dur comme fer que le pouvoir, par cette mesure, « cherche déjà des sous pour son élection de 2020 ». « Si c’est avec notre argent de souffrance qu’ils comptent financer leur élection-là, ils se trompent », râle un autre.

Une chose est certaine, dans les rangs des « Zémidjan », la colère est manifeste et on semble prendre des résolutions individuelles qui présagent des tensions dans la circulation avec le début des contrôles annoncé dès le 20 septembre et que l’on aurait bien aimer rapporter ici, dans l’intention noble de montrer toute l’étendue de la colère dans leur rang et ainsi permettre au gouvernement de prendre la mesure de la situation et calmer les tensions, mais l’on se retient de le faire pour éviterd’être taxé de faire l’apologie de la violence…

Les limites d’une mesure sensée

La décision annoncée par YarkDamehamen’est pas (a priori) insensée,comme l’opinion tente de le faire croire. Contrairement à ce qui se raconte dans la masse, l’obtention du permis de conduire n’est pas inutile. « L’examen du permis de conduire constitue une étape très importante dans le processus de mise en circulation d’un véhicule ; il doit valider la capacité du futur conducteur à maîtriser son véhicule dans un environnement donné en même temps que sa connaissance des règles du code de la route. Il n’est donc pas superflu de rappeler que quelle que soit sa maîtrise du volant, son habileté dans la circulation, sa prudence sur la route ; le citoyen qui ose circuler sans avoir préalablement passé et obtenu ce précieux titre est automatiquement en infraction. Il n’est en rien protégé par la loi en cas d’incident ou d’accident même si d’après les constats, il n’est pas en faute au regard du code de la route », lit-on sur le site de la Direction des transports routiers et ferroviaires. Mais cette mesure souffre d’insuffisances que l’honnêteté aussi recommande de relever…

C’est une évidence que la plupart des accidents impliquant les motocyclistes, particulièrement les conducteurs de taxi-moto, au-delà de l’excès de vitesse, de la conduite en état d’ébriété et autres causes, sont dus principalement au non-respect ou plutôt à la non maitrise du code de la route par les usagers. Et pour les observateurs avisés, ce qui doit être davantage mis en exergue ou plutôt exigé des motocyclistes, c’est plus l’apprentissage du code de la route que l’obtention du permis de conduire.  Mais voilà, , c’est l’obtention du permis de conduire qui s’impose comme une simple formalité, une question de papier, qui est mise en avant par l’autorité. « Le véritable problème, ce n’est pas l’absence de permis de conduire, mais plutôt la non maitrise ou plutôt l’ignorance du code de la route par les motocyclistes. Et à mon humble avis, c’est sur cet aspect de la chose qu’il fallait plutôt miser, si vraiment l’on cherche à régler ce problème de recrudescence des accidents. C’est sur ça que j’aurais voulu entendre le ministre insister plutôt que de donner à peine un mois aux gens pour obtenir le permis, sinon leurs motos seront saisies. Il faut donc créer les conditions pour que les motocyclistes apprennent le code de la route », confie une personne ressource, et de suggérer : « Une initiative de formation foraine gratuite par exemple aux Zémidjan ou dans des auto-écoles subventionnée totalement ou en partie par le gouvernement serait la bienvenue… »

Parallèlement, il y a un manque notoire de pédagogie autour de cette affaire. On devrait la privilégier la pédagogie plutôt que la force, comme s’est illustréYarkDamehame en donnant jusqu’au 20 septembre à tout motocycliste pour avoir le permis, au risque de voir son engin saisi.« Vous voyez un motocycliste, particulièrement un conducteur de taxi-moto,aller perdre son temps et son argent dans une auto-école pour apprendre le code de la route ? Et en plus, on lui demande de faire tout ça en 40 jours. Ne nous trompons pas, ça ne marchera pas. Autant le gouvernement avait imposé le port du casque et c’est rentré dans les habitudes après un moment de réticence – parce que les gens ont compris que c’est leur vie qui est ainsi protégée -,, autant la présente mesure de permis de conduire laisse à désirer », ajoute l’interlocuteur ci-dessus.« Le permis de conduire ne viendra pas régler le problème en tant que tel. Il y a la méconnaissance du code de la route et il y a l’incivisme qui sont en train de gagner du terrain. Il faut arriver quand même à ce que nous puissions maîtriser ces deux éléments. Et en sachant conduire les motos surtout», a confié au confrère de RFI François KomlanAgbo, le Coordonnateur national des organisations de taxis-motos.

Aux dernières nouvelles, YarkDamehame aurait fait un rétropédalage. Contrairement à son intervention du 9 août 2019 où il donnait  aux motocyclistes «jusqu’au 20 septembre 2019 pour passer et obtenir leur permis de conduire. Faute de quoi, leurs engins se feront saisir durant les contrôles routiers et ils ne les retireront qu’après avoir présenté leur permis », le ministre auraitdéclaré tout récemment que ce sont de simples contrôles suivis de sensibilisation qui auront lieu à partir de cette date,mais que c’est dès le 1er décembre 2019 que les saisies devraient commencer. Voilà qui est mieux, même si là aussi…

Tino Kossi

source : Liberté

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