Incendies des deux grands marchés du Togo Gilchrist Olympio : « Je suis d’accord pour une enquête internationale »

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Gilchrist Olympio, le président du parti symbolisé par le palmier rouge sur fond jaune, vient de boucler une tournée au nord du Togo. Le leader de l’UFC multiplie les tournées depuis la crise au sein de son parti et le départ des principales élites.
Après cette tournée, il raconte la misère qu’il a cotoyé de près, ce qu’il a contaté dans le déroulement du récensement électoral, et évoque avec nous l’ambiance dans laquelle les élections se préparent actuellement. Lisez plutôt !


pa-lunion.com : Monsieur Gilchrist OLYMPIO, bonjour !

Gilchrist OLYMPIO : Bonjour !

Pa-lunion : Vous êtes le président national de l’Union des Forces du Changement, nous sommes dans la fièvre électorale. Vous avez fait il y a quelques jours encore le tour du Nord du pays. Au finish, quelles sont vos conclusions après avoir fait le tour du Nord en cinq jours ?

Gilchrist OLYMPIO : Vous savez, je connais bien le Nord du Togo. Notre parti est en existence depuis 22 ans. Et avec ces 22 ans, nous avons nos antécédents très actifs au Togo ! Les antécédents que nous appelons, les nationalistes. Je suis allé dans le Nord du Togo, notamment dans le Tone, le grand Tone. Et j’ai eu à visiter quatre préfectures. Quatre préfectures où j’ai confirmé les opinions des fans pléthoriques que nous avons. Parce que dans le passé, j’ai fait le tour de cette région. Il y a des problèmes. Même l’année passé, j’ai encore fait un petit tour, et je vois que les choses n’ont pas beaucoup évolué. Mais je suis content de faire le tour du Tone, de voir des amis que je n’ai pas vus depuis très longtemps et des coins que j’ai visité plutôt pour des raisons nostalgiques. Je suis content de voir qu’il y a un engouement pour les élections qui vont venir. Les gens se font enrôler. Il y a des queues qui commencent à quatre heures du matin et finissent à vingt heures quand on coupe le courant. Disons que je suis satisfait avec ce que j’ai vu. Je ne suis pas satisfait avec l’état des choses que j’ai vu sur le plan économique et social. Et le pays s’est considérablement apaisé. Les gens sont sortis en grande vague nous voir, chantant, scandant des chants parfois pas très polis, mais ça, c’est la nature de la politique, et à mon retour j’ai fait quelque plan en tête. Si toute fois, notre formation politique est élue, il faut un plan spécial pour ce coin du Togo.

Pa-lunion : Monsieur le Président, on a lu une des dépêches de certains de nos confrères qui vous citait en ces termes, « ce que nous avons vu au Nord du pays, ce n’est pas de la pauvreté, mais de l’esclavage ». Comment l’expliquez-vous ?

Gilchrist OLYMPIO : Mais c’est très simple ! Il y a un constat. Et ce constat je l’ai fait. Je ne peux pas expliquer pourquoi les choses sont à ce niveau là. J’ai vu des femmes qui sont au bord des petits ruisseaux et entrain de laver leurs robes et leurs pagnes sals. J’ai vu des enfants maigrichons avec des ventres enflés, j’ai vu des animaux très chétifs, des vaches, des bœufs. Le seul animal que j’ai vu qui soit en bon état, ce sont les bourricots, les petits ânes que j’ai vu qui tiraient des charrettes. Donc, j’ai fait la conclusion que tout le Togo est pauvre. Si le Centre et le Sud du Togo sont pauvres, c’est la pauvreté absolue dans l’extrême Nord du Togo. Pourquoi on en est arrivé là ? On est arrivé parce que les choses les plus élémentaires, formé l’infrastructure minimum qui vont dans le champ, trouver des sources d’eau. Parce ce qu’il y a par exemple à Mandouri un affluent de l’Oti. Il fallait la ménager pour donner de l’eau aux gens. Faire quelques forages et faire comme le Burkina. De l’autre côté de Cinkassé, j’ai vu pas mal de forages et des cultures. Du coté togolais, il n’y a rien. C’est pour cela que la pauvreté est très frappante quand on quitte Dapaong pour aller dans les autres préfectures.

Pa-lunion : Un problème de mal gouvernance vous voulez dire ?

Gilchrist OLYMPIO : On peut lui donner le nom qu’on veut ! Disons que ceci n’a pas été la priorité des régimes jusqu’à maintenant. Maintenant que nous sommes dans le gouvernement, et nous comptons avoir une très forte majorité au parlement après les élections, on va se pencher sur ce problème. Ce n’est pas mal gouvernance tellement, c’est un manque de priorité qui soit à l’avantage des plus pauvres de notre pays.

Pa-lunion : Monsieur le Président, vous dites que vous avez constaté pour le recensement en cours, beaucoup d’engouement, des rangs qui commencent le matin à quatre heures, mais qui finissent le soir tardivement à 20 heures après la coupure de courant. Mais est-ce que c’est l’engouement ou c’est le travail qui ne se déroulait pas bien ? Puisqu’on a cru entendre que beaucoup de personnes ne se font pas inscrire dans le Nord.

Gilchrist OLYMPIO : Non, on a eu à augmenter considérablement, je crois de sept jours la période qu’il faut pour enrôler des gens. C’est très nécessaire. Par exemple, les personnes recrutées pour inscrire des gens, n’étaient pas équipés pour. J’ai vu des filles qui tapaient la machine avec un seul doit, et qui demande beaucoup d’argent d’ailleurs. Je crois qu’on est payés dix mille francs, ils ont demandé vingt mille francs. Donc, ça a été très lent. Les formateurs sont sur place, mais ne sont pas très nombreux. Et ces formateurs qui sont assis à côté des gens qui manipulaient la machine, disons que la première semaine, ça a été très lent. Je comprends que le rythme a considérablement augmenté à partir de la deuxième semaine.

Pa-lunion : Monsieur le président, quelles sont les chances pour l’opposition d’avoir une majorité à la prochaine assemblée dans cette condition de préparation des élections.

Gilchrist OLYMPIO : Je ne dis pas les préparations sont mauvaises. Je dis qu’il y a des disfonctionnements qu’il faut corriger ! Et ces disfonctionnements, nous sommes entrain de les corriger en tant que parti politique en discutant avec le gouvernement. Parce que nous sommes des partenaires minoritaires dans ce gouvernement. Deuxièmement, on parle d’opposition en terme global dans ce pays. Je crois que ce genre de concept, nous devons petit à petit les abandonner. Nous avons des gens qui se disent de l’opposition, qui croient qu’il faut une confrontation perpétuelles pour les choses qui sont bien et les choses qui sont mauvaises. Il y a d’autres qui croient qu’il faut les corriger au fur et à mesure qu’on avance. Il y a des gens qui croient que la situation n’est pas mauvaise après tout. Il vaut mieux laisser les choses comme telle. Donc, ce concept de l’opposition global est un peu dépassé, je crois, au Togo. Nous sommes à quelque mois je crois des scrutins. Nous devons avec les résultats qui vont sortir des élections, et on fait de notre mieux, avec l’aide de la communauté internationale pour que des choses se passent avec le minimum de fraudes et de disfonctionnement. On ne peut pas éliminer les fraudes complètement, mais on peut les diminuer considérablement en mettant des rampes. Et c’est ce que nous sommes entrain de faire. Il y a le découpage qui a été revu. Nous avons 91 membres. C’était 81 avant. Il y a le code électoral qui a été revu de font en comble par nous même, par le gouvernement, par la communauté internationale, et je crois qu’on a un certain satisfécit de la part de tout le monde que c’est un code électoral qui tien la route. Donc, il y a ce genre de chose. Il y a nos partenaires de la communauté internationale qui ont mis en place, une certaine police, ce n’est pas la meilleure des choses, qu’ils financent pour encadrer les choses. Il y a nos partis politiques à qui on demande de former des gens, d’abord pour les bureaux de vote, et après pour les CELI, et la commission des cartes. Nous avons des problèmes ! Par exemple on demande une transmission électronique, alors qu’il n’y a pas d’électricité dans plusieurs de nos villages. Et tout ça pose des problèmes. Il faut apporter des solutions. Ce n’est pas des solutions qui sont parfaites ! Mais ce sont des solutions qui tiennent la route et qui nous permettent d’avoir des élections plus ou moins acceptable, nous permettant une fois en 50 ans, de sortir de la crise.

Pa-lunion : Donc, Monsieur Olympio croit à un minimum de fraudes, c’est-à-dire qu’on va réduire sensiblement des fraudes s’il doit y en avoir.

Gilchrist OLYMPIO : C’est exact ! Tout à fait ! C’est mon opinion. Malgré le régime qu’on avait connu sous le régime de Gnassingbé Eyadema, regardez les résultats officiels obtenus au cours des dernières législatifs. 900 milles voix pour mon parti, et 900 milles voix pour le parti gouvernemental ! Ca veut dire, avec un peu d’effort, avec le soutien que nous avons en ce moment de la communauté internationale, des pays voisins, nous pouvons avoir des élections plus ou moins acceptables. Si on était à parité avec le gouvernement cinq ou sept ans, je crois qu’aujourd’hui, avec des efforts, avec des rampes, avec le contrôle de ces choses, nous pouvons tout seul ou avec nos partenaires associés à l’UFC, avoir la majorité.

Pa-lunion : Monsieur le Président, nous sommes dans le dernier virage vers les élections et aussi aujourd’hui, vous savez qu’il y a des faits, des actualités ou des choses qui se passent dans le pays, qui pollue l’environnement ou l’ambiance même des élections. Il y a cette affaire d’incendie que vous avez condamné il n’y a pas longtemps à nos micros, aujourd’hui, est-ce que vous êtes satisfaits de la manière dont les enquêtes sont conduites, où les opposants sont inquiétés au jour le jour par rapport à comment les choses évoluent.

Gilchrist OLYMPIO : Je crois qu’il ne faut pas confondre trop de choses. Si demain il y a une irruption volcanique dans notre pays il aura beaucoup de morts. Des soucis ne veulent pas dire qu’on ne doit pas organiser des élections. Des élections sont nécessaires pour qu’on sorte de la situation actuelle du pays et qu’on assigne des responsabilités et des poids à une centaine de partis politiques et une centaine d’associations politiques qui se trouvent dans notre pays. Oui, je suis d’accord avec vous qu’on aurait souhaité aller à ces élections sans ces incendies malheureux des marchés de Lomé et de Kara et je crois qu’on a même un peu essayé les mêmes pyromanes d’incendie des marchés dans le Sud du pays dans d’autres régions. Ce sont des incidents malheureux. Mais, nous devons remettre ces choses à la justice. Personnellement, j’aurais souhaité qu’on ait un groupe international qui recherche les responsables, et pourquoi pas, trouver des détecteurs de mensonges qu’on utilise dans des grandes administrations aujourd’hui aux Etats-Unis au département d’Etat. Les grandes sociétés, l’utilisent, et que petit à petit, qu’on l’utilise, et que petit à petit qu’on arrive à mettre la main sur les pyromanes qui ont fait ces choses terribles.

Pa-lunion : Souhaitez-vous une enquête internationale, vous ?

Gilchrist OLYMPIO : Oui ! Je suis d’accord pour une enquête internationale dans cette affaire d’incendie. Si le gouvernement est d’accord, nous n’avons pas le poids de faire la loi pour le gouvernement du Togo, mais on peut toujours donner notre opinion.

Pa-lunion : Monsieur le Président, est-ce que vous avez aujourd’hui, une bonne relation avec les autres partis de l’opposition avant les élections ?

Gilchrist OLYMPIO : Vous savez, je vous ai dit toute de suite qu’il y a presqu’une centaine de partis d’opposition ! Il y a des partis qui sont réels. Je parle de la CDPA, du CAR, entre autre, et il y a des partis qui n’existent que sur papier ! Alors, vous me posez une question que je ne peux pas répondre, parce que beaucoup de nos soit disant partis, ne sont que fictifs. Il y a papa, maman ou deux neveux et puis c’est tout ! Mais le problème qui a été crée au Togo, c’est que, dès qu’on crée un parti, on signe soit devant un notaire, soit devant un ministre de l’intérieur, ce parti veut imposer sa loi à la majorité. Ceci n’est pas acceptable ! Il faut que les règles de la démocratie disent que, voila, la majorité est là, et la majorité ne peut pas subjuguer. La minorité doit les respecter. Mais on ne peut pas avoir une situation où une petite minorité veuille imposer la loi à la majorité. Comme on le dit vulgairement, la queue ne doit pas renier le chien.

Monsieur Gilchrist OLYMPIO, merci
Merci !

source : pa-lunion