Incendies : Le rapport des experts français transmis au Gouvernement togolais et mis sous embargo

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La France prendra-t-elle la responsabilité de le rendre public ?

L’affaire des incendies des marchés au Togo, on n’en finira jamais d’en parler tant que les vrais auteurs courent les rues et que des innocents sont jetés en prison. Au lendemain de ce sinistre qui a frappé les deux principaux marchés du pays avec des dégâts d’une ampleur sans précédent, le gouvernement togolais a adressé une requête au gouvernement français pour solliciter l’assistance d’expert en incendie en vue de faire des recherches pour déceler les causes profondes des sinistres.

Quelques jours après, l’ambassade de France au Togo a annoncé par un communiqué l’arrivée d’une équipe de deux experts conduite par Hervé Bazin, ingénieur, chef section ingénierie de feu au pôle des mesures physiques et sciences de l’incendie du laboratoire central de la préfecture de Police, expert près la Cour d’Appel de Paris. Il était accompagné d’un responsable de la cellule d’investigation de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Ces experts avaient pour mission, à partir de l’étude des lieux sinistrés, de comprendre les causes de ces drames. Ils devraient analyser les éléments permettant d’établir le point de départ des incendies, d’en expliquer la ou les causes et d’en comprendre la propagation. Ces deux spécialistes ont séjourné au Togo du 19 au 26 janvier. Ils ont visité les marchés de Lomé, d’Adidogomé et de Kara et effectué des prélèvements pour les analyses. Le rapport de ces deux experts constitue l’élément clé devant permettre d’élucider ces drames et de remonter vers les criminels. En d’autres termes, ce document est attendu avec beaucoup d’impatience par les uns et les autres.

Le 21 février 2013, lors d’une séance d’explication entre le groupe des cinq ambassadeurs et le gouvernement togolais, l’ambassadeur de France au Togo, Nicolas Warnery avait promis que ce rapport déjà prêt sera transmis « incessamment au gouvernement togolais ». On se rappelle le communiqué au goût d’injonction du Parti Socialiste Français qui a exigé la libération immédiate de tous les responsables de l’opposition arretés dans le cadre de cette enquête. Le pouvoir de Lomé n’avait pas apprécié, mais tout portait à croire que le parti de François Hollande avait eu échos des conclusions de ce rapport qui disculpait certainement les responsables du CST. Plus tard, c’est « La Lettre du Continent », un journal bien renseigné qui a fait échos dans l’une de ses livraisons des auteurs de ces drames qui seraient au sein du pouvoir, et précisant que le combustible utilisé pour ces crimes était du kérosène qu’on ne pouvait trouver que sur la base militaire à l’aéroport de Lomé fortement sécurisée par les FAT.

Le rapport a été transmis aux autorités togolaises qui gardent un mutisme suspect

Plus de six semaines après cette promesse de l’ambassadeur de France, on apprend de sources concordantes que le rapport des deux experts français remis au Quai d’Orsay, c’est-à-dire au Ministère des Affaires Etrangères français, a été transmis au gouvernement togolais à la veille du départ de Faure Gnassingbé pour la messe d’intronisation du Pape François qui s’est déroulée le 19 mars à la Place Saint-Pierre à Rome. Au moment où le jeune manipulé Mohammed Loum a fait le déballage sur les dessous de ce montage grotesque, le silence entretenu par les autorités togolaises sur ce rapport qui se trouve être l’élément principal devant éclairer les contours de ces incendies et remonter à leurs auteurs est plus que suspect et laisse des Togolais perplexes.

Dans un pays où des personnalités au sommet de l’Etat ont eu le courage de charcuter un rapport d’une institution constitutionnelle, la CNDH, pour protéger les tortionnaires, il n’est pas exclu qu’on réserve le même sort aux conclusions des experts français. Peut-être le mercenaire à col blanc, Charles Debbasch, le cerveau de tous les coups, même les plus inimaginables est à pied d’œuvre pour expurger de ce document des parties qui compromettent le pouvoir de Faure Gnassingbé. Qu’on ne soit pas étonné que le sorcier blanc remplace le kérosène par le carburant illicite (boudè) ou intègre dans ce rapport des allumettes, briquets, des cocktails Molotov, bref, tout ce qui peut accabler le CST. Au lieu d’adopter une stratégie de chantage vis-à-vis de la France en faisant croire que la publication de ce rapport peut entraîner des troubles dans le pays qui peuvent déborder, le pouvoir RPT-UNIR/UFC ferait mieux de mettre sur la place publique ce document afin que les vrais auteurs des incendies soient mis aux arrêts.

Si la réticence des autorités togolaises à rendre public ce rapport se comprend du fait qu’il ne leur est pas favorable, la France qui a envoyé des experts au Togo doit prendre ses responsabilités pour ne pas se rendre complice d’un régime dictatorial sans foi ni loi qui a prétexté de cette affaire pour décapiter l’opposition et les leaders d’opinion qui refusent de regarder dans la même direction. L’ambassade de France au Togo avait annoncé l’arrivée des experts, il n’y a pas de raison qu’elle observe un silence sur les conclusions du rapport.

C’est en refusant de céder au chantage en cours que le pouvoir de François Hollande qui a promis la rupture dans les relations franco-africaines que la France fera honneur à son statut de pays des droits de l’Homme et de liberté. Le reste ne sera qu’une complicité choquante au moment où plus d’une trentaine de personnes sont privées depuis des mois de leur liberté. A suivre.
Mensah K.

source: L’Alternative Togo

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